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    En résidence d'écriture à Sallaumines: Escales / Odyssées

    (Vue au loin sur le collège Paul Langevin et le terril de Méricourt)

     

    Début de ma deuxième semaine de résidence à Sallaumines. Pas très long de retrouver mes petites habitudes, ma chambre sous les toits, la maison de briques rouges dans la rue de briques rouges, le collège où je travaille avec quatre classes de 6ème, les visages connus, leur place dans la classe, leurs timidités et leurs facilités.

    A l'origine, une proposition conjointe de la Comédie de Béthune, du Louvre Lens, de la MAC de Sallaumines et de la ville de Bruay-la-Buissière. Quatre auteurs, chacun en lien avec une commune et un collège, travaillent avec les élèves autour de l'Odyssée.

    Et puis chacun écrit son écho à l'Odyssée. Une Odyssée pour aujourd'hui. Une Odyssée pour ces enfants-là. Un Ulysse à Sallaumines. Ville que je découvre, et où j'imagine qu'Ulysse remettrait les pieds, des années après son départ. Comment changent-ils, ces paysages-là, d'anciennes mines, de résidences calmes, de quais de gare? Comment écrire un retour dans le Nord (moi qui ne fais qu'y passer)?

    Il y a deux semaines, c'était la rencontre, sous forme d'atelier d'écriture. Voyages réels et voyages rêvés de ces adolescents, rapport à leur ville et comment ils la projettent dans le futur. Un portrait d'eux, par le prisme de la fiction. Ceux qui ont encore les deux pieds dans l'enfance, ceux qui en sortent doucement ou brutalement. Du rêve d'un pays de bonbons et de licornes, à celui de l'argent et du clinquant de Dubaï. Des voyages passés qu'on voudrait refaire, à ceux, promis par la famille, qu'on n'a pas encore faits.

     

    En résidence d'écriture à Sallaumines: Escales / Odyssées

    (c) MAC de Sallaumines

    Pendant cette deuxième semaine, nous passons au plateau sur de courts dialogues écrits par les élèves, et puis je leur livre à mon tour des extraits de ma pièce en chantier.

    Ça s’appellerait La fille d'Ulysse. Et voici ce que pourraient en être les toutes premières lignes:

     

    Celle qui raconte

    Il y a les vivants, il y a les morts, et il y a les marins, sans cesse à naviguer entre les deux.

    Chacun sait au fond de lui à quelle catégorie il appartient.

    Ulysse, un peu vivant, un peu absent, est de ceux-là.

    Ulysse est un marin.

    Mais aujourd'hui Ulysse est de plain-pied dans le monde des vivants.

    Sur un carrelage blanc.

    Dans une cuisine équipée.

    Avec dans les mains un accessoire de cuisine dont il ne sait pas quoi faire.

     

    Léna

    Papa? Tu bloques encore.

     

    Celle qui raconte

    Ulysse a le mal de terre. Tout semble bouger autour de lui. On dirait que l'évier bascule d'un côté puis de l'autre, même quand il se raccroche à la chaise.

     

    Léna

    Papa?

     

    Ulysse

    Oui?

     

    Celle qui raconte

    C'est ce qui arrive quand on est resté en mer trop longtemps.

    Le corps d'Ulysse a pris tout entier le rythme des vagues. Le corps d'Ulysse ne comprend pas que le paysage reste si stable à travers la fenêtre.

    Les yeux d'Ulysse cherchent le soleil, qui est son repère et son allié, normalement, quand il ne sait plus l'heure qu'il est, quand il ne sait plus où il se trouve.

    Et la tête d'Ulysse...

     

    Léna

    Papa?

     

    Ulysse

    Oui?

     

    Léna

    Tu pleures encore, Papa?

     

     

    En résidence d'écriture à Sallaumines: Escales / Odyssées

     

    En résidence d'écriture à Sallaumines: Escales / Odyssées

    Vues de Sallaumines, mars 2019

     

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    2019

    (c) Howard Lau

     

    Qu'elle vous soit douce et remuante, cette année, ce qu'il faut pour regagner en acuité, pour faire de nos colères des feux en point de repère, et sur les déceptions la page blanche de janvier.

    Et surtout, qu'elle soit propice à prendre la hauteur.

    La clarté de l'envol, comme horizon artistique et intellectuel.

     

    2019, pour les spectacles, sera traversée par quelques lignes fortes, quelques points communs thématiques.

    D'abord, pour attaquer l'année en pleine forme, la performance physique, avec Training, la nouvelle pièce spectacle de Marion Lévy pour qui j'ai eu plaisir à écrire de nouveau quelques textes, mais aussi avec Scoreuse, que mettra en scène Hélène Soulié dans le cadre du projet MADAM, suite à notre rencontre avec l'équipe des basketteuses de Lattes en avril dernier. Dans chacun de ces textes, le sport et les injonctions de performance sont au centre, et les mécanismes de concurrence, ceux dont on est conscient, ceux qu'on intériorise. Pour qui me connaît un peu, que j'écrive autant sur le sport est une des grandes surprises de la vie.

    Et puis ce sera également une année Carcassienne: à l'opposé de ces sportives, de ces obstinées de l'action, Carcasse se tient là, immobile sur son seuil, depuis dix ans, et maintenant reprend du service sur les plateaux de théâtre. Alors Carcasse sera l'objet de la nouvelle création de Bérangère Vantusso et de la Cie Trois six trente, et rencontrera aussi le public grâce à la Cie Amphigouri et Nathacha Picart.

    Tandis que ce n'en est pas fini de la sorcellerie et que Les Hérétiques partent en tournée dès le mois de février.

    Et, pour l'heure, je rencontre pendant deux semaines les étudiants de deuxième année du Cnsad, pour qui j'écrirai une pièce, qui explorera encore d'autres terrains pour la saison suivante.

     

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    (En route pour Carhaix, juillet 2018)

     

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    Les périodes les plus denses ne sont pas les plus propices au journal de travail, et voilà que le fil est lâché, que de quelques étapes importantes de ces derniers mois il n'est aucun écho ici.

    Alors, en guise de lecture d'été, et toujours, avant tout, pour mémoire et archivage, quelques moments de rencontres et de travail depuis le mois de mai dernier...

     

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    D'abord, dire que je continue à travailler régulièrement à la Comédie de Béthune, et qu'a eu lieu, le 22 mai, la remise du prix Scenic Youth des lycéens pour les nouvelles écritures de théâtre. Quatre auteurs français cette année parmi les finalistes:

    Sylvain Levey pour Michelle, doit-on t'en vouloir d'avoir fait un selfie à Auschwitz?,

    Magali Mougel pour The Lulu Projekt,

    Michel Simonot pour Delta Charlie Delta

    et Yann Verburgh pour HS Tragédies ordinaires.

    Près de 250 lycéens de la région réunis à la Comédie pour une journée dense en ateliers et rencontres avec les auteurs. Le parrain de l'édition était le journaliste et critique Manuel Piolat Soleymat.

    C'est cette année le texte de Yann Verburgh qui remporte le prix.

     

    Back & Flash

     

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    (c) Thomas Faverjon, rencontre avec les auteurs du prix Scenic Youth le 22 mai 2018.

     

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    Au mois de juin, et toujours à la Comédie de Béthune, nous avons présenté la très belle saison 18-19, que je vous invite à découvrir ici. En ce qui me concerne, vous pourrez y retrouver mon travail et celui de François Rancillac avec Les Hérétiques, ou encore voir ou revoir Une île, texte coécrit avec Samuel Gallet, mis en scène par Arnaud Anckaert et Julien Fisera, et dans lequel jouent mes camarades Céline Dupuis, Maxime Le Gall et Noémie Rosenblatt.

     

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    Back & Flash

    (Sur le chemin du Théâtre des Amandiers, Nanterre)

     

    De retour à Paris, après la résidence du mois d'avril à Montpellier, quelques jours de travail à la table avec Hélène Soulié et Juliette Plumecocq-Mech autour de SCOREUSE - Parce que tu ne peux que perdre si tu n'as rien à gagner, texte écrit pour l'occasion.

    Pour mémoire, il s'agit d'un monologue d'une demie-heure écrit suite à notre rencontre avec les basketteuses professionnelles de l'équipe du BLMA de Lattes. C'est dans le cadre du projet MADAM (Manuel d'Auto Défense à Méditer), où 6 autrices écrivent pour 6 actrices à partir des rencontres avec 6 groupes de femmes.

    Création les  1er et 2 février prochains au théâtre de Lattes.

     

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    Et dans les créations qui se préparent, il y a donc, comme mentionné plus haut, Les Hérétiques, dont nous avons fait la première lecture avec les actrices réunies pour la première fois, au théâtre de l'Aquarium, et en présence d'une partie de l'équipe du théâtre et de l'équipe de création. Et pour la première fois mettre des visages et des voix sur des personnages avec lesquels je vis depuis presque deux ans, et  pouvoir projeter ces cinq corps hérétiques dans la superbe scénographie pensée par Raymond Sarti. Répétitions à la rentrée, et d'ici là encore quelques retouches de texte, ces Hérétiques continuent à me donner quelque fil à retordre. Ce sera mi-novembre au Théâtre de l'Aquarium.

     

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    (Première lecture avec les comédiennes des Hérétiques, le 4 juillet 2018)

     

    En ce moment même, les stagiaires de François Rancillac et Christine Guênon travaillent, toujours à l'Aquarium, autour de mes textes.

     

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    Enfin, pour clore ce mois de juin, j'ai eu le plaisir de rencontrer toute une équipe d'artistes autour de Marion Lévy à la Scène nationale de Narbonne, pour une "Surprise Party": une soirée déambulatoire de surprises et de découvertes pour les spectateurs. Outre le fait de présenter de nouveau notre première étape de Training, chaque artiste invité investissait un endroit du théâtre pour quelques minutes de performance. Un petit moment de grâce, où chaque proposition se répondait sans que nous l'ayons prémédité, et qui donne envie de renouveler l'aventure...

    C'était avec Marta Izquierdo, Johanne Saunier, Marion Lévy, Rami Khalife et le collectif Scale.

     

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    (c) Marion Lévy. Installation Ammonite du collectif Scale, avec le chanteur Rami Khalife.

     

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