• Actualité du Loup

     

    Voilà, comme souvent, que l’actualité rejoint le thème de la pièce en cours: depuis quelques jours, partout  Sarkozy s’affiche au milieu des moutons, et, ultime diversions aux scandales qui minent son gouvernement, ouvre la chasse aux loups. Il s’attaque aux symboles, aux peurs ancestrales, sur le même ton que lorsqu’il va chercher le populisme jusqu’au ras des pâquerettes xénophobes, racistes et violentes, à coups de fait divers.

    Les loups ont rencontré plus méchant qu’eux, on peut en être certain.

     

     

    Loup, Gévaudan

    [Parc du Gévaudan, automne 2008]

     

    Ce qui m’interpelle, dans ce hasard de l’actualité, c’est à quel point le Loup est encore présent, actif dans les imaginaires, combien il est encore une peur qu’il faut affronter, contrôler, un élément à part entière du grand Tout sécuritaire.

     

    C’est que la relation entre l’Homme et le Loup a toujours été ambivalente troublante, terrifiante. On dit que c’est le prédateur le plus proche de l’Homme, l’un et l’autre se pourchassent tout autant qu’ils se craignent et d’évitent. Symbole guerrier dans l’Antiquité, il est aussi celui qui a nourri les fondateurs de Rome. S’il tue nos moutons et nos pairs, il est donc en mesure, dit-on, d’adopter nos petits, service que nous ne savons lui rendre qu’en le mettant en cage…

     

    L’objet de ce billet n’est pas de faire l’apologie d’un animal dont je ne connais rien et que je ne rêve pas de croiser au recoin d’un sous-bois, à la tombée du jour, mais je m’étonne de voir comme la peur du loup remontre son museau dans les périodes de peurs plus générales.

     

    Dans le texte de Christophe Pellet, ce visage équivoque du loup est bien sûr présent, c’est même ce qui structure la pièce : les enfants sont attirés par lui, par la liberté qu’il représente, sa force. Devenir un loup est la seule chose qui peut permettre à Dimitri de quitter la forêt, de s’extraire de sa réalité. A la fin de la pièce, Flora se réjouit que les loups soient devenus une espèce protégée, elle garde ainsi espoir de retrouver son ami disparu. Mais les adultes ne voient pas les choses de la même façon. Ils sont encore dans une logique de guerre. Pour Sandor, le père de Dimitri, le loup reste l’ennemi héréditaire. Il ne comprend pas que c’est son propre fils qu’il tue en tuant le petit loup.

     

    Je suis curieuse de pouvoir débattre avec les jeunes spectateurs de la pièce, à l’issue de notre travail, sur cette fameuse peur du loup, et de voir de quel côté ils se placent : peur ancestrale ressurgissant dans les cauchemars, ou réhabilitation sous-tendue de discours écologique… Sans doute un trouble mélange des deux, qui fait que cette attraction-répulsion n’est pas encore prête de déserter les inconscients humains, et la pièce de Pellet d’en brasser les contradictions…

     

     

    « Sans carte sans boussole sans équipement, de Noëlle RenaudeIntérieur / Extérieur »
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  • Commentaires

    1
    ClaudeV
    Mardi 31 Août 2010 à 00:16

    Bien dit !

    2
    Qui a peur du panda
    Vendredi 3 Septembre 2010 à 15:37

    J'aime bien cet article qui fait vraiment plaisir à lire !

    En te lisant, je ne peux m'empêcher de repenser à cette nouvelle de Christian Bobin où une jeune fille est irrésistiblement attirée par un loup... Un très beau conte dont j'ai oublié le titre.

     

    En attendant, bon séjour à Angoulême

    3
    Qui a peur du panda
    Vendredi 3 Septembre 2010 à 15:38

    Oui, j'ai oublié de dire que l'image de Mariette faisant face au loup au coin du sous-bois m'a fait sourire...

     

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