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    Ce soir et demain, à Poitiers, les étudiants du Conservatoire, de l'Essi, de l'Université,  présentent le travail qu'ils ont fait ensemble autour d'Alors Carcasse, sous la direction de Jean-Luc Verna. C'est au TAP, et dans le cadre du festival A Corps. (ce qui sonne plutôt bien, pour Carcasse).

    J'avais eu la chance de passer quelques jours avec les étudiants du Conservatoire en janvier, autour, particulièrement, de Carcasse et de Nous les vagues, sur lesquelles ils vont continuer à surfer cette fin de saison avec Etienne Pommeret. Un groupe sympathique, exigeant et ouvert aux écritures d'aujourd'hui. Une rencontre précieuse, qui n'aurait pas été possible sans Jean-Pierre Berthomier.

    Une grande pensée à tous pour ce soir.

    (Et merci pour cette photo, reçue pour mon anniversaire!)

     

    Alors Carcasse à Poitiers

     

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    Attention, Alors Carcasse est de retour, au mois de décembre à Fontenay-sous-Bois. C'est la suite de la rencontre de ce texte avec Stéphanie Daniel et Frédéric Andrau. C'est à la Halle Roublot les 3, 10 et 13 décembre.

    J'y serai le 13, pour un temps de rencontre à l'issue de la représentation.

     

     

    Alors Carcasse en décembre

     

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  • Voici des nouvelles de Carcasse, parti un jour de décembre découvrir le monde, les autres villes et peut-être même... la mer.

    (Les épisodes précédents ici).

     

    "Samedi 21/12/2013 et depuis

    Au revoir. Adieu. Je pars me nourrir des confins du Monde. Moi l'ogre Carcasse, le mange-monde, un festin immense et inimaginable de saveurs m'attend. J'ai faim!
    Au pied de mon immeuble, vous êtes venus me saluer, m'encourager, et nous cheminons ensemble et vous avez plein de questions " et où tu vas dormir? ", " tu vas chercher un travail? ", " comment tu vas manger? ", " t'as pas peur? ", " tu vas où? ", " tu vas te marier? " et j'ai l'impression de vous emmener avec moi, sur mon dos, dans ma poitrine. 
    Et puis, arrive le carrefour où tout le monde s'arrête. Pour vous, le voyage est déjà fini, Monplaisir est votre refuge et c'est là que vous voulez être. Pour moi... pour moi... la suite, l'infini, l'ailleurs. J'emporte vos sourires, vos interrogations. Je vous donne mon dos, point mouvant qui diminue, diminue jusqu'à disparaître. 
    Au revoir. 
    Adieu.

    Dimanche 22/12/2013

    Première nuit dehors, premier constat :
    Mais pourquoi fallait-il que je sorte en plein hiver? Voilà qui vous remet les pieds sur terre.
    Mais pourquoi fallait-il que je sorte en plein hiver? Voilà ce que c'est que d'avoir une connaissance parcellaire des choses! Qu'est donc la connaissance sans l'expérience? Bien sûr que je sais que l’hiver a plutôt tendance à être froid et humide. Je l’ai lu quelque part. Je l’ai vu et ressenti à la fenêtre de mon dixième. Mais une fois refermés livres et fenêtre, la chaleur saine de ma chambre reprenait le dessus.
    Ainsi, cette nuit, j’ai bel et bien dormi debout, après que mon tapis, matelas de fortune, s’est retrouvé imbibé jusqu’à la trame et même au-delà ! Alors je me suis mis à écouter les chants de la nuit : clapotis, cliquetis, grincements, frôlements, fouissements, tapotements, souffles, sifflements, suintements, gargouillis, vibrations, crac, clac, toc, plic, ssss, sssshh, glou, vrrr, titititititi… la symphonie nocturne qu’un chef d’orchestre fantôme dirige d’une main sûre et précise, variant les tempos, exposant tel ou tel solistes sans jamais une fausse note. Harmonie sauvage, cacophonie maîtrisée, j’en oublie tous mes chagrins et m’envole, direction la lune.

    Quelques jours plus tard, quand mes carnets ont séché

    semelles de plumes quand rien n'empêche mes pas d'aller où bon leur semble
    semelles de plumes découvrant une aventure à chaque millimètre parcouru, c'est mon voyage au centre de la Terre, ma ruée vers l'or, mon odyssée
    semelles de plomb face à la mocheté du monde, la paresse de l'homme, la saleté et la misère, la méchanceté et la peur
    semelles de plumes quand les portes s'ouvrent, quand les tables sont accueillantes et joyeuses
    semelles de plomb quand ma carcasse rebute et attise moqueries et rebuffades
    semelles de plomb et à la fois de plumes quand l'inconfort devient source de jeu, d'ingéniosité, de créativité
    semelles de plumes au gré du souvenir d'un Monplaisir déjà loin mais tellement en moi – je n'oublie pas d'où je viens - que j'en dépose un petit bout à chaque coin de mon périple
    semelles de plomb sous le poids d'un barda décidément envahissant et suscitant parfois des convoitises désespérantes
    semelles de plumes à la vue d'embarcations glissant en cadence sur le dos d'une rivière calme et douce, embarcations qu'un salut fraternel rapproche des berges

    Nous sommes désormais en 2014

    Ne m'en voulez pas, je n'arrive déjà plus à écrire. Je ne retiens que des bribes. Chaque pas est un univers entier à consigner dans mon encyclopédie intime.

    J'ai vu les fracas de la ville, rencontré les rejetés qui voulaient m'accueillir parmi eux mais je ne suis pas un rejeté je suis consentant, tout ce qu’il y a de consentant. Mais j’ai pris avec humilité tous leurs conseils pour (sur)vivre dans l’empire du béton. Car selon eux, la civilisation est bien plus cruelle, criminelle et pathogène que la simple nature. J’ai pris bonne note. Cependant, mon vécu en milieu urbain n’aura pas été si effrayant. Sans doute parce que je ne fais que passer.
    C’est vrai que la ville est dure. Pourtant elle sait charmer, affoler les cinq sens. Du mouvement permanent - tourbillon des Hommes décidés si sûrs de leurs errances - aux sonorités tonitruantes – capharnaüm de la musique d’un monde qui se cogne rebondit tombe se relève et vit ; pierre métal bitume verre plastique autant de matières d’aspérités de douceurs de rugosités de sensations ; senteurs de cuisine plus ou moins exotique - un voyage à chaque échoppe - odeurs de pierre chaude – un appel au farniente en contrepoint du flux et reflux de la circulation parce que, encore une fois, les gens savent où ils vont - parfums des passants, saisis à la volée, fruités floraux herbacés acidulés d’agrumes – le jardin de l’humanité ; tout cela je l’ai goûté goulument croqué à pleines dents suçoté du bout de la langue, moi l’ogre Carcasse/ le mange-monde.

    J’ai vu la mer. J’ai vu la mer ! J’AI VU LA MER ! Quel choc, quelle beauté, quelle majesté. Je suis entré dans la mer – maintenant je connais le froid et l’humidité – je me suis laissé envoûter par la mer. Je me suis allongé au bord de la mer, là-même où les vagues meurent. J’ai recueilli les derniers souffles des ondes sur mon corps caressé par l’écume. Les embruns m’ont giflé, griffé, grisé et j’ai hurlé de bonheur. J’ai rêvé d’Amérique, d’une traversée fantastique à la nage ou, mieux encore, sur le dos du Léviathan – quoi de plus confortable que la diligence du plus terrifiant des monstres marins pour explorer les profondeurs des abimes ? Et puis, las, l’océan s’est retiré, loin, bien loin derrière les digues d’algues, les contreforts rocheux, les marais boueux.
    Alors je suis reparti.
    Plus tard, on m’a dit que c’était dangereux.
    Je n’ai pas vu le danger.

    J’ai vu des gens. Quantité de gens. 
    Des grands des beaux des faibles des heureux. 
    Des gueules des ratés des vivants des joyeux. 
    Des sales des carcasses des vieux des ronds.
    Des rigolos des mauvais des sauvages des bons.
    Des cupides des stupides des avides des putrides.
    Des valides des intrépides des placides des lucides.
    Des blonds des bruns des roux des chauves.
    Des doux des féminins des fiers des fauves.
    Des oblongs des obtus des obscurs des obscènes.
    Des indifférents des indécis des intrus des indigènes.
    J’ai vu ces gens. 
    Certains m’ont vu, d’autres pas.
    Certains m’ont accueilli chez eux pour une journée, une nuit, quelques jours. D’autres m’ont ignoré.
    Parfois je me suis demandé ce que j’avais à voir avec ceux-là.
    Parfois je me suis convaincu que j’étais de ceux-ci.
    Souvent ma carcasse, ma poitrine, m’a tenu éloigné de quelques-uns.
    Quelquefois ma carcasse, ma poitrine, m’a servi de carte de visite.
    Toujours l’homme est un animal sauvage, indomptable, imprévisible.

    J’ai perdu ma théière et jeté mon tapis. Je continue de laisser des petits mots là où l’inspiration jaillit. Je voyage de plus en plus léger. Je ne garde rien avec moi ou si peu et je suis heureux."

     

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    Puisqu'on en est aux voyages, je me permets un voyage dans le temps et un retour avant Noël, du côté d'Angers. Voici une étape importante, et une montée en émotion dans le parcours de Carcasse. Voici des images de sa rencontre avec les enfants, et surtout de son départ, pour la première fois depuis 40 ans: sa sortie du quartier, et le début de son errance.

    Et voilà que d'autres fils se tendent: ce Carcasse cousin du mien rencontre le voyage que je cherche à écrire, l'eau qui lui fait face rejoint ce que je bricole avec mes petits bateaux, et, plus profondément,  la naissance d'un nouveau texte qui commence avec le fait de se rapprocher de l'eau, de tourner le dos à la ville, et vogue l'embarcation inventée pour survivre.

    En espérant que Carcasse nous donnera rapidement de ses nouvelles, je me repasse les images de son voyage de quelques pas, et de toute une vie. 

     

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    Pour faire le pont avec 2013, voici quelques images de Carcasse avant son départ d'Angers pour une errance, proche ou lointaine, dont nous ne savons rien pour le moment. Peut-être nous donnera-t-il de ses nouvelles?

     

    (c) Cie map.

     

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