• Voici des nouvelles de Carcasse, parti un jour de décembre découvrir le monde, les autres villes et peut-être même... la mer.

    (Les épisodes précédents ici).

     

    "Samedi 21/12/2013 et depuis

    Au revoir. Adieu. Je pars me nourrir des confins du Monde. Moi l'ogre Carcasse, le mange-monde, un festin immense et inimaginable de saveurs m'attend. J'ai faim!
    Au pied de mon immeuble, vous êtes venus me saluer, m'encourager, et nous cheminons ensemble et vous avez plein de questions " et où tu vas dormir? ", " tu vas chercher un travail? ", " comment tu vas manger? ", " t'as pas peur? ", " tu vas où? ", " tu vas te marier? " et j'ai l'impression de vous emmener avec moi, sur mon dos, dans ma poitrine. 
    Et puis, arrive le carrefour où tout le monde s'arrête. Pour vous, le voyage est déjà fini, Monplaisir est votre refuge et c'est là que vous voulez être. Pour moi... pour moi... la suite, l'infini, l'ailleurs. J'emporte vos sourires, vos interrogations. Je vous donne mon dos, point mouvant qui diminue, diminue jusqu'à disparaître. 
    Au revoir. 
    Adieu.

    Dimanche 22/12/2013

    Première nuit dehors, premier constat :
    Mais pourquoi fallait-il que je sorte en plein hiver? Voilà qui vous remet les pieds sur terre.
    Mais pourquoi fallait-il que je sorte en plein hiver? Voilà ce que c'est que d'avoir une connaissance parcellaire des choses! Qu'est donc la connaissance sans l'expérience? Bien sûr que je sais que l’hiver a plutôt tendance à être froid et humide. Je l’ai lu quelque part. Je l’ai vu et ressenti à la fenêtre de mon dixième. Mais une fois refermés livres et fenêtre, la chaleur saine de ma chambre reprenait le dessus.
    Ainsi, cette nuit, j’ai bel et bien dormi debout, après que mon tapis, matelas de fortune, s’est retrouvé imbibé jusqu’à la trame et même au-delà ! Alors je me suis mis à écouter les chants de la nuit : clapotis, cliquetis, grincements, frôlements, fouissements, tapotements, souffles, sifflements, suintements, gargouillis, vibrations, crac, clac, toc, plic, ssss, sssshh, glou, vrrr, titititititi… la symphonie nocturne qu’un chef d’orchestre fantôme dirige d’une main sûre et précise, variant les tempos, exposant tel ou tel solistes sans jamais une fausse note. Harmonie sauvage, cacophonie maîtrisée, j’en oublie tous mes chagrins et m’envole, direction la lune.

    Quelques jours plus tard, quand mes carnets ont séché

    semelles de plumes quand rien n'empêche mes pas d'aller où bon leur semble
    semelles de plumes découvrant une aventure à chaque millimètre parcouru, c'est mon voyage au centre de la Terre, ma ruée vers l'or, mon odyssée
    semelles de plomb face à la mocheté du monde, la paresse de l'homme, la saleté et la misère, la méchanceté et la peur
    semelles de plumes quand les portes s'ouvrent, quand les tables sont accueillantes et joyeuses
    semelles de plomb quand ma carcasse rebute et attise moqueries et rebuffades
    semelles de plomb et à la fois de plumes quand l'inconfort devient source de jeu, d'ingéniosité, de créativité
    semelles de plumes au gré du souvenir d'un Monplaisir déjà loin mais tellement en moi – je n'oublie pas d'où je viens - que j'en dépose un petit bout à chaque coin de mon périple
    semelles de plomb sous le poids d'un barda décidément envahissant et suscitant parfois des convoitises désespérantes
    semelles de plumes à la vue d'embarcations glissant en cadence sur le dos d'une rivière calme et douce, embarcations qu'un salut fraternel rapproche des berges

    Nous sommes désormais en 2014

    Ne m'en voulez pas, je n'arrive déjà plus à écrire. Je ne retiens que des bribes. Chaque pas est un univers entier à consigner dans mon encyclopédie intime.

    J'ai vu les fracas de la ville, rencontré les rejetés qui voulaient m'accueillir parmi eux mais je ne suis pas un rejeté je suis consentant, tout ce qu’il y a de consentant. Mais j’ai pris avec humilité tous leurs conseils pour (sur)vivre dans l’empire du béton. Car selon eux, la civilisation est bien plus cruelle, criminelle et pathogène que la simple nature. J’ai pris bonne note. Cependant, mon vécu en milieu urbain n’aura pas été si effrayant. Sans doute parce que je ne fais que passer.
    C’est vrai que la ville est dure. Pourtant elle sait charmer, affoler les cinq sens. Du mouvement permanent - tourbillon des Hommes décidés si sûrs de leurs errances - aux sonorités tonitruantes – capharnaüm de la musique d’un monde qui se cogne rebondit tombe se relève et vit ; pierre métal bitume verre plastique autant de matières d’aspérités de douceurs de rugosités de sensations ; senteurs de cuisine plus ou moins exotique - un voyage à chaque échoppe - odeurs de pierre chaude – un appel au farniente en contrepoint du flux et reflux de la circulation parce que, encore une fois, les gens savent où ils vont - parfums des passants, saisis à la volée, fruités floraux herbacés acidulés d’agrumes – le jardin de l’humanité ; tout cela je l’ai goûté goulument croqué à pleines dents suçoté du bout de la langue, moi l’ogre Carcasse/ le mange-monde.

    J’ai vu la mer. J’ai vu la mer ! J’AI VU LA MER ! Quel choc, quelle beauté, quelle majesté. Je suis entré dans la mer – maintenant je connais le froid et l’humidité – je me suis laissé envoûter par la mer. Je me suis allongé au bord de la mer, là-même où les vagues meurent. J’ai recueilli les derniers souffles des ondes sur mon corps caressé par l’écume. Les embruns m’ont giflé, griffé, grisé et j’ai hurlé de bonheur. J’ai rêvé d’Amérique, d’une traversée fantastique à la nage ou, mieux encore, sur le dos du Léviathan – quoi de plus confortable que la diligence du plus terrifiant des monstres marins pour explorer les profondeurs des abimes ? Et puis, las, l’océan s’est retiré, loin, bien loin derrière les digues d’algues, les contreforts rocheux, les marais boueux.
    Alors je suis reparti.
    Plus tard, on m’a dit que c’était dangereux.
    Je n’ai pas vu le danger.

    J’ai vu des gens. Quantité de gens. 
    Des grands des beaux des faibles des heureux. 
    Des gueules des ratés des vivants des joyeux. 
    Des sales des carcasses des vieux des ronds.
    Des rigolos des mauvais des sauvages des bons.
    Des cupides des stupides des avides des putrides.
    Des valides des intrépides des placides des lucides.
    Des blonds des bruns des roux des chauves.
    Des doux des féminins des fiers des fauves.
    Des oblongs des obtus des obscurs des obscènes.
    Des indifférents des indécis des intrus des indigènes.
    J’ai vu ces gens. 
    Certains m’ont vu, d’autres pas.
    Certains m’ont accueilli chez eux pour une journée, une nuit, quelques jours. D’autres m’ont ignoré.
    Parfois je me suis demandé ce que j’avais à voir avec ceux-là.
    Parfois je me suis convaincu que j’étais de ceux-ci.
    Souvent ma carcasse, ma poitrine, m’a tenu éloigné de quelques-uns.
    Quelquefois ma carcasse, ma poitrine, m’a servi de carte de visite.
    Toujours l’homme est un animal sauvage, indomptable, imprévisible.

    J’ai perdu ma théière et jeté mon tapis. Je continue de laisser des petits mots là où l’inspiration jaillit. Je voyage de plus en plus léger. Je ne garde rien avec moi ou si peu et je suis heureux."

     

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •  

    Puisqu'on en est aux voyages, je me permets un voyage dans le temps et un retour avant Noël, du côté d'Angers. Voici une étape importante, et une montée en émotion dans le parcours de Carcasse. Voici des images de sa rencontre avec les enfants, et surtout de son départ, pour la première fois depuis 40 ans: sa sortie du quartier, et le début de son errance.

    Et voilà que d'autres fils se tendent: ce Carcasse cousin du mien rencontre le voyage que je cherche à écrire, l'eau qui lui fait face rejoint ce que je bricole avec mes petits bateaux, et, plus profondément,  la naissance d'un nouveau texte qui commence avec le fait de se rapprocher de l'eau, de tourner le dos à la ville, et vogue l'embarcation inventée pour survivre.

    En espérant que Carcasse nous donnera rapidement de ses nouvelles, je me repasse les images de son voyage de quelques pas, et de toute une vie. 

     

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •  

    Pour faire le pont avec 2013, voici quelques images de Carcasse avant son départ d'Angers pour une errance, proche ou lointaine, dont nous ne savons rien pour le moment. Peut-être nous donnera-t-il de ses nouvelles?

     

    (c) Cie map.

     

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  •  

    Que le courant passe bien entre Carcasse et les enfants, voilà qui ne m'étonne pas vraiment. Il a donc même eu le plaisir d'être invité dans une classe de l'école Voltaire. Voici un extrait de la correspondance entre Carcasse et ces élève d'une classe de CP-CE1:

     

    Classe Carcasse

    Cher Carcasse
    Veux-tu venir dans notre classe?
    Nous sommes des enfants qui vont à l'école pour apprendre. Nous avons 6,7 et 8 ans et nous sommes en CP et CE1.
    Dans la classe, nous sommes 13 CP et 8 CE1, 11 filles et 10 garçons. Notre maîtresse s'appelle Chantal.
    Nous faisons des activités péri-scolaires le soir, après la classe.
    Dans la classe, nous avons des services pour améliorer la vie quotidienne de tout le monde. Par exemple : secouer les brosses, allumer et éteindre les lumières, distribuer et ranger le travail, des responsables de rang...
    Nous t'avons vu à la télévision. Tu es enfin sorti de chez toi. Nous t'avions imaginé plus grand et plus musclé. Nous t'avons vu observer l'arbre au milieu du rond-point et tu as écrit que tu étais perdu sur un bout de papier.
    Bisous et à bientôt 
    Samira, Safa, Yacine, Mathéo, Manon, Djalil, Mathys, Maïssa, Anass, Imène, Zina, Leelo, Kenzo, Romain, Christina, Maxime, Kron, Slah, Dylia, Loriana et Fatou

     

    Et voici la réponse de Carcasse:

    Bonjour Samira, Safa, Yacine, Mathéo, Manon, Djalil, Mathys, Maïssa, Anass, Imène, Zina, Leelo, Kenzo, Romain, Christina, Maxime, Kron, Slah, Dylia, Loriana et Fatou
    et bonjour Madame Chantal que je charge de bien vouloir vous expliquer mes propos au cas où je ne serais pas assez clair, il faut dire que je n'écris que trop rarement de lettre, qui plus est à des enfants.
    Oui je veux bien venir dans votre classe! D'abord pour vous remercier de m'y inviter et puis pour continuer à satisfaire ma curiosité, n'ayant jamais été en classe moi-même. Ce sont mes parents qui m'ont appris tout ce que je devais savoir jusqu'à ce que je puisse me débrouiller tout seul.
    Je crois comprendre à vous lire que vous avez plein de choses à me montrer et à m'apprendre. Je serai votre élève le plus assidu, vous pouvez me croire.
    Je suis désolé de décevoir votre imagination au sujet de mon déficit patent en taille et en musculature. Il est vrai que je n'ai jamais cherché à développer les 639 muscles de mon corps si ce n'est ceux qui me permettaient de tenir un livre et de le lire ou ceux pour rester debout à ma fenêtre et regarder et rêver. Mais maintenant que je sors pour quelques errances dans le quartier, je sens bien que cet exercice physique me fatigue bien vite !
    Rassurez-vous, je ne me sens plus du tout perdu maintenant que je progresse dans l'exploration de mon, de votre, de notre environnement. Et puis, j'ai rencontré beaucoup de gens très sympathiques et prompts à me renseigner au besoin. Tous sont très inquiets au sujet de mon torse hypertrophié et peut-être cela vous impressionnera aussi, alors je tiens à vous rassurer : cela ne me fait absolument pas mal, ni ne me gêne.
    Je ne sais pas encore précisément quand je passerai vous voir, mais je passerai soyez-en certains.
    Au revoir et à tout bientôt,
    Carcasse 

    Et ses impressions après cette rencontre:

     

    Et je ne le regrette vraiment pas.
    Pour ma première (et unique?) rentrée des classes vous m'avez accueilli avec tellement de gentillesse que si je n'étais pas décidé à partir, je serais revenu vous voir pour apprendre à vos côtés.
    En regardant tous ces mots accrochés aux murs de votre classe, je me suis revu dans ma chambre essayant d'attraper les mots que mon père lançait en l'air lors de ses lectures. Je l'écoutais mais surtout guettais les mots qui sortaient d'entre ses lèvres pour s'envoler au-dessus de mon lit : virevolte, bric-à-brac, vergogne, gémellité, capharnaüm, cacophonie, améthyste... et tous les autres qui auront accompagné mes rêveries, qui auront redessiné les diapositives projetées depuis ma fenêtre, qui auront inventé des histoires aux promeneurs de ma place de l'Europe, qui auront façonné au gré de leur fantaisie, les contours du Monplaisir de mon dixième étage.

    Samira, Safa, Yacine, Mathéo, Manon, Djalil, Mathys, Maïssa, Anass, Imène, Zina, Leelo, Kenzo, Romain, Christina, Maxime, Kron, Slah, Dylia, Loriana et Fatou, soyez sûrs d'une chose, je vous emporte désormais avec moi vers toutes ces destinations que vous m'avez offertes : Tunisie, Finlande, Noirmoutier, Australie, Morocco, la plage, le désert...

    *

     

    Mais voilà, maintenant Carcasse va prendre la route, comme il en a pris la décision.

    Rendez-vous demain samedi 21 décembre pour lui dire au revoir place de l'Europe à Monplaisir, et pour en savoir plus sur sa destination...

    Classe Carcasse

    (c) DavidR, compagnie map

     

     

     

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  • Alors Carcasse a pris une décision. Celle de partir à son tour, d'expérimenter l'errance. Voici les derniers extraits de son journal du dehors à Monplaisir, en espérant que nous continuerons à avoir des nouvelles de sa découverte du monde.

    Un pot de départ de Carcasse est prévu samedi 21 décembre de 14h à 15h au 3 place de l’Europe au pied de l’immeuble de Carcasse. A 15h chacun sera invité à accompagner Carcasse dans son départ et découvrir vers où il va...

     

    En partance, Carcasse

     

     

    Vendredi 13/12/2013

    Pour explorer le dernier quart de Monplaisir, le quart sud-ouest, je me faufile le cœur léger sous la pergola tressée de glycine. Mais trois jeunes gens me réservent un accueil peu engageant. Ils refusent de croire en mon histoire, ma vie. De quoi ont-ils peur? Je serais un mythomane, un spectacle, je serais un mensonge et pourtant je suis là, debout devant eux. À quelles vérités veulent-ils croire? 
    Je les abandonne à leur scepticisme et passe ma route. 
    Et tout semble d'un coup morne et gris.

    Qu'à cela ne tienne, je garde mon cap et cherche ici et là un peu de douceur, de rondeur. Je trouve un peu de répit sur un banc mais je m'aperçois bientôt que le parc où je me trouve dessine une piste ronde comme une arène. Et je me sens comme une bête de foire, de cirque et les arbres qui bordent la piste deviennent les barreaux de ma cage.

    Je reprends ma marche, absorbé par le mouvement précis et lourd de mes pieds qui m'entraînent dans ce vagabondage du jour.

    Par trois fois, je tombe sur le mot 'sortir' accroché aux murs, comme une injonction. Mais des murs, justement, barrent chacun des chemins sur lesquels je m'engage.

    Je voudrais demander à ce monsieur qui monte dans sa voiture, à cette dame qui attend le bus, s'ils partent loin. Mais je n'ai pas l'élan.
    Je compte mes pas.
    Un car me dépasse et des enfants se jettent sur les fenêtres et me font de grands signes et j'entends leurs hurlements " c'est Carcasse! " envahir le car qui roule désormais vers autre part. Et je les imagine s'en allant tous ensemble vers une contrée ensoleillée et joyeuse et je retrouve un peu de légèreté. 
    Un peu plus tard, se seront leurs aînés qui me bousculeront de questions dans un bain de foule digne d'une rock-star. Au milieu de cet interrogatoire improvisé tourbillonnant, on me demande si j'ai envie de pleurer, là, à l'instant. Pleurer? Non, ce serait un contresens à ma deuxième half-life et une offense à la première.

    Maintenant, j'approuve la clairvoyance de mes pieds qui me conduisent au square Jean Auguste Dominique Ingres. La vue est incroyable. Seul un peintre peut offrir ce spectacle. Au loin, une sorte de phare en pleine mer pointe vers un soleil rose enveloppé d'un voile brumeux. Au premier plan, telle usine devient un géant au repos qui se tremperait des pieds aux genoux dans l'océan de brouillard. Et je m'imagine, moi, en géant descendu de mon phare après une longue nuit de labeur pour goûter à la plénitude d'un matin calme, au son du clapotis des ondes et de l'univers.
    Et l'on oublie un peu la sécheresse monolithique de ces grandes tours vétustes et sales.

    Lorsque je vous croise, maman n'est pas contente après toi petit garçon. Maman veut te punir. Maman ne veut plus te voir de l'après-midi. Maman te consigne dans ta chambre pour le reste de la journée... Petit garçon ne t'en fais pas, j'ai passé quarante ans dans ma chambre et je n'y ai jamais été aussi libre. Parents, offrez à vos enfants cette chance inestimable de rêver seuls et éveillés dans leur chambre, parce que rien ne vaut les couleurs sur l'écran de son propre imaginaire.

    Difficile journée, empreinte de mélancolie et je sens bien que mon habituel refuge ne me suffit plus. Je crois qu'il est temps pour moi de ne plus convoquer les images mais de les affronter.

     

    *

     

    Dimanche 15/12/2013 puis mercredi 18/12/2013

    Jours de marché.

    Vu d'en haut, le marché c'est une rue peinte aux couleurs vives et gaies d'une mosaïque. Entre les couleurs, l'humanité coule comme une rivière dense où des courants contradictoires se croisent et rejettent en de multiples affluents quelques gouttes de cette humanité flottante.

    Vu d'en bas, c'est une population affairée qui se presse, se compresse parfois, qui s'époumone à offrir des valeurs sûres, à vendre l'indispensable. C'est aussi des odeurs disparates, des senteurs d'étals et des effluves de corps mouvants, apprêtés ou fatigués.

    Bois flotté, je dérive, vivant parmi les vivants.

    Et le tournis me prend quand je cherche autour de moi des réponses à cette question : où partiriez-vous si vous aviez à partir?
    Nulle part.
    Nulle part.
    Nulle part...
    Invariablement nulle part.

    Deux jours à me demander s'il est bien utile de partir finalement. Je prends conscience que l'ordinaire des gens qui nourrissait mes fantasmes me frappe avec autant de force que mon ordinaire tellement banal est si extraordinaire aux yeux de tous.

    Et puis, sur ce marché du mercredi, on me vend le soleil : Maroc, Espagne, Portugal, Nouvelle-Calédonie, les Baléares et toutes les îles baignées de soleil. C'est au soleil qu'il faut aller monsieur Carcasse. Tout est plus facile au soleil monsieur Carcasse. Ce doit être vrai si vous le dites.

    Alors j'emmagasine les sons et les images de Monplaisir et je prépare mon bagage.
    Samedi, je m'en vais.

     

    En partance, Carcasse

     

     

    En partance, Carcasse

     

    (c) David R, compagnie Map

     

    Partager via Gmail

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique