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    En passant par la Lorraine

     

    En passant par la Lorraine

     

     

    Metz. Pendant deux week-ends consécutifs, je rencontre les élèves de deuxième année d'arts du spectacle pour un atelier d'écriture théâtrale (2 x 10 heures). Ce n'est pas rien, pour eux, de venir à la fac un samedi et un dimanche, pour une plongée intensive dans ce qui ne leur est pas habituel: essayer, se lancer, écrire, lire ce qu'on a fait, tenter une petite mise en jeu...

    Ce n'est pas rien de sortir des réflexes scolaires, de faire abstraction de toute idée de "résultat", de renouer avec la curiosité (ou la furiosité) sans contrepartie. Ce n'est pas rien d'entendre parler pendant deux jours des dramaturgies et des poésies les plus contemporaines, de se laisser entraîner hors des repères connus et des facilités, de fabriquer, même si le temps est court, un premier pas vers le théâtre pour chacun.

    Pas facile en si peu d'heures, malgré l'attention que recquiert cette plongée,  de ne pas rester générale dans mes retours, de ne pas manquer de subtilité, d'écoute. Alors simplement espérer que ces quelques heures là ouvriront les envies d'en prendre d'autres, pour soi, pour essayer, pour écrire, pour se lancer, pour - comme je le leur demande - tirer les fils, aller au bout de quelque chose, petit objet aussi modeste soit-il pour commencer, mais qui ait déjà sa cohérence, sa nécessité propre. 

    Et pourquoi pas: avoir envie d'aller au théâtre voir des choses inconnues?

     

    En passant par la Lorraine   En passant par la Lorraine

     

     

     

     

     

     

    (Je suis, quant à moi, en terrain connu dans la programmation de ce théâtre-là...)

     

     

     

     

     

     

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    Il faut que je remercie ici une quarantaine de personnes. Avant que le travail, l'enchaînement des choses, me fasse oublier ce qui vient de se passer. A Chambéry. Pendant une semaine. Avant que je ne m'habitue à cette nouvelle casquette et qu'elle cesse de me boulverser. Avant que la fatigue retombe tout à fait. 

    Le projet est ambitieux et c'est ce qui m'a plu. La façon dont il est pensé, précis, cadré, généreux, aussi. A l'invitation de l'Espace Malraux, scène nationale de Chambéry, et de Pascale Quezel, chargée des relations avec le public, deux groupes ont découvert cette semaine le travail de théâtre, écriture et plateau. Deux classes de première en lycée professionnel, de deux lycées différents, ont été invités à suivre tour à tour la même proposition autour d'un spectacle de la saison, en l'occurrence Tout ce qui nous reste de la Révolution c'est Simon, par le collectif l'Avantage du doute, autour des héritages de mai 68.

    Deux jours de travail. Douze heures d'ateliers avec Christian Giriat et moi. Une rencontre avec l'équipe du spectacle. Un spectacle. Des textes à retravailler, à mettre en forme. Une première connaissance du plateau. Des timidités et des fous-rires mais pas tant que ça. Ces élèves-là savent ce qu'ils veulent, et ce qu'ils veulent c'est y aller. Se lancer. En être. Ils ont une soif d'apprendre qui me fait penser que je ferais bien de la rechercher en moi plus souvent, cette fraîcheur aux yeux grand ouverts. Je les ai vus, ces yeux, qui n'en perdaient pas une miette, même cachés derrière une mèche de cheveux. 

    Je vous ai vus. Vous, "jeunes de 15 à 22 ans", comme le dit un de vos textes. J'ai été touchée par la façon dont vous avez joué avec confiance à tous les jeux que je vous proposais, comme vous avez rattrapé toutes les balles, et si à un moment où à un autre il était plus difficile de trouver l'entrée ou le moteur pour avancer, vous en avez fait un aveu sincère. Vous avez tenu bon, avec sourire et douceur. 

    Vous avez revendiqué le droit de vote à 16 ans et plus de considération, l'égalité hommes-femmes, la fin de l'oppression au Maroc, un changement de Président, le pain gratuit, des aides pour les jeunes, la légalisation des drogues douces et, parce que c'est ce qui vous touche tous les jours, une meilleure nourriture au self. Vous avez listé des mots, évoqué Germinal et Che Guevara, parlé de vos expériences de blocus au lycée, beaucoup parlé de grèves et de réformes des retraites. Vous avez affirmé des choses dont vous ne doutiez pas, vous avez trouvé tous seuls des moteurs pour aller plus loin, vous avez appris à ouvrir des boîtes et à vous servir des mots. Vous nous avez fait de beaux aveux et de très jolis mensonges. Vous vous êtes écoutés et soutenus les uns les autres. Vous avez éprouvé sur scène, tour à tour, le collectif et la solitude. 

    Alors quand l'un d'entre vous, peu de temps avant de terminer, a demandé à Christian s'il devait "continuer dans la furiosité" pour dire son texte, ça a fait tilt chez plusieurs des auditeurs. Oui, Karim, il faut continuer dans la furiosité, cette fureur joyeuse d'être curieux. Merci de m'avoir transmis de votre furiosité, elle n'est pas toujours facile à entretenir, dans un milieu où on se côtoie souvent sans partager l'essentiel. 

     

    La Furiosité

     

     

     

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    J'ai oublié de dire que notre feuilleton s'appelera "Au Musée viennent d'arriver", puisque le point de départ de chaque épisode est le Musée des Beaux Arts et un tableau en particulier, qui se met à s'animer, dont les personnages s'échappent, ou qui est le prétexte d'actions ou de souvenirs pour les personnages qui passent...

    Voici de nouvelles vidéos. Pour mes écrivains en herbe, vous en trouverez d'autres sur cette page (cliquer ici), et Aurélie les récupérera pour que vous puissiez les regarder ensemble à Bordeaux.

     

    (Angèle lit un extrait de l'épisode de Dominique)

     

     

     (Angèle et Christian lisent un extrait de l'épisode de Dominique)

     

    (Christian et Jeanne lisent un extrait de l'épisode de Jeanne)

     

     (Christian et Angèle lisent un extrait de l'épisode de Joël)

     

     

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    Difficile de mettre un point final quand on écrit quelque chose, encore plus difficile quand c'est à plusieurs que l'objet se construit, mais voilà, mercredi, c'était notre dernier atelier d'écriture de la saison à Bordeaux, l'occasion de relire une dernière fois tous ensemble les 70 pages de notre feuilleton radiophonique. Mission largement remplie, même s'il y a toujours quelque chose de frustrant à mettre un point final, bien sûr on aurait pu avancer encore, bien sûr chacun aurait pu aller plus loin dans ses forces et travailler sur ses difficultés. On peut toujours gagner en précision, en rigueur, on peut toujours apprendre et inventer de nouveaux outils.

    Mais le chemin parcouru en une seule année ensemble est plus qu'honorable, et les objectifs d'écoute, de découverte, de curiosité et de travail en groupe ont été largement atteints. Preuve en est nos dernières discussions, ou chacun exprimait ses envies pour la suite: écrire une pièce de théâtre, la mettre en scène, la jouer, continuer à écrire à partir de nos personnages, ou simplement faire connaître notre travail autour de soi...

    Sans doute, j'aurais aimé pouvoir travailler plus en profondeur avec chacun, et partir d'objets plus petits pour creuser, préciser, mot par mot, phrase par phrase. Je me suis laissée emporter par les enthousiasmes, les fantaisies, les imaginations débordantes, et je crois que j'ai bien fait de céder aux envies du groupe. Parce que chaque texte ressemble à son auteur, sept malices différemment agencées, sept personnes riches, émouvantes et énergiques ont pris le contrôle du feuilleton, ont donné vies aux personnages et à des événements comiques, magiques ou tragiques à l'intérieur du Musée des Beaux Arts.

    La leçon que je tire, c'est que ce genre de projets devrait être mené à plus long terme, il a été un peu angoissant de se donner dès la première année un objet défini, cela a un peu freiné mes désirs d'exploration, et nous a obligés à aller souvent trop vite à mon goût, même si nous avons tout de même pu passer de séance en séance par des lectures allant du théâtre contemporain à la poésie. Etre tenu par l'obligation d'un "résultat" me paraît toujours très difficilement conciliable avec la rechercher ou la pédagogie, mais ça, c'est une préoccupation toute personnelle...

    J'aurais également aimé passer un vrai temps avec chacun, mais mes venues étaient ponctuelles, rapides, quatre heures par mois, quelle idée aussi d'habiter à l'autre bout de la France... Heureusement, Aurélie était là pour prendre le relais chaque semaine, avancer les chantiers, ouvrir d'autres portes, d'autres exercices, d'autres lectures, faire découvrir des spectacles et le fonctionnement d'un théâtre.

    Voici quelques vidéos de cette dernière séance de lecture. Manquait un des participants mais les autres ont défendu son travail avec générosité. Visages et sourires des auteurs apprentis, beaucoup plus qu'apprentis pour certains d'entre eux.

     

    (Extrait du Capitaine des Chartons, épisode écrit par Ange, lu par Joël)

     

    (Extrait du Capitaine des Chartrons, épisode d'Ange, lu par Joël et Catherine)

     

     

    (Fin du Capitaine des Chartrons, à plusieurs voix: Joël, Ange, Jeanne)

     

    (Plus romantique, extrait de La Tempête, épisode de Catherine, par Angèle)

     

    D'autres vidéos suivront. Prochaine étape: retrouvailles en septembre pour une lecture des textes, il nous semblait important que les auteurs puissent entendre leurs textes lus par d'autres qu'eux, pour en percevoir l'ensemble, voir ce qui, "à l'oreille" fonctionne plus particulièrement. Pouvoir faire découvrir aussi, pour chacun, le travail de l'année à son entourage. Fierté d'un premier travail mené de bout en bout.

     

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    A propos des ateliers d'écriture. De cet atelier, en particulier, que je mène depuis l'automne à Bordeaux. Parce que la fin de la saison approche et que beaucoup, beaucoup de choses se sont construites.

    Même pas une année: une saison, une année scolaire, et 7 personnes, qui n'avaient pas l'habitude d'écrire, en ont maintenant fait le centre de leur semaine.

    Dire que ce que je préfère, c'est quand je réussis à amener quelqu'un là où il n'aurait jamais pensé aller seul. Dire que mon métier, ici, est de faire découvrir MILLE MOTEURS à qui veut écrire. Lors de chaque atelier, nous étudions une mécanique, en partant d'un texte (théâtral, poétique), d'une consigne, d'une forme, d'une envie. Il faut ensuite guider chacun dans les méandres du moteur. L'aider à s'emparer de la machine, à faire démarrer quelque chose. Et c'est parti. Un mot en entraîne un autre selon une règle du jeu bien établie. La règle du jeu est le carburant, plus elle est comprise, maîtrisée, plus le texte ira loin. Il faut aussi parfois savoir tenir les chevaux. Maîtriser la trajectoire. Ne pas aller trop vite, ne pas aller trop loin, ne pas se perdre. Mais sortir, quand même, des chemins balisés. Prendre la tangeante. Se surprendre. Ne pas se reconnaître. Se mettre dans la tête de nouveaux cliquetis. Se lire les textes, ensuite, et comparer les différentes façons de conduire. S'étonner des trajectoires, des paysages toujours différents où on débarque. Voler à différentes hauteurs du réel. Se croiser par des clins d'oeils aux textes des uns et des autres. Avancer semaine après semaine dans la découverte de l'univers commun. Pousser les limites. Mélanger les sons, les voix, les textes.

    Nous sommes deux à délimiter la course. A impulser les mouvements, à se faire doubler par les bolides, à apporter notre regard sur l'aspect d'ensemble de la machine, à guetter les sysfonctionnements, les pièges, les facilités, les essoufflements, les incompréhensions, les impatiences.

    Voilà ce qui m'importe. Ces 7 trajectoires, ces 7 explorations, tantôt communes, tantôt solitaires des moteurs d'écriture, des mannes intérieures, des nécessités et des envies.

    Ce qui m'importe aussi, c'est la façon dont le groupe, fort de ses mille moteurs avance ensemble, avec bienveillance. On surveille que chez chacun la mécanique fasse le beau bruit de la confiance. On se parle, on se rassure, on se donne des conseils quand ce n'est pas le cas.

    Nous avons tellement exploré ces moteurs, nous les avons tellement essayé sur nos pages, que maintenant vient le moment le plus douloureux. Il va nous falloir choisir, dans les territoires explorés, une route. Il va nous falloir renoncer à certaines choses, creuser les autres, obsessionnellement, s'essoufler un peu, se contraindre. Réduire ses ardeurs pour mieux redoubler de puissance. Cibler la direction. Faire de la dramaturgie, en somme.

    Alors par où commencer, pour que nos longues promenades ressemblent à un feuilleton radiophonique, en aient la concision et l'acuité? Il va sans doute falloir explorer d'autres machines, plus minutieuses, plus synthétiques.

    Mais pour que les choses continuent à se faire en douceur et avec du plaisir,  nous prendrons tout le temps qu'il nous faut pour écrire quelque chose qui soit réellement un "feuilleton radiophonique". Nous continuerons à explorer nos forces et nos moteurs, pour que chacun puisse, chez lui, allez toujours plus loin et aller où il veut.

     

     

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