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    Et un second et dernier extrait du texte écrit dans le cadre de Binôme (retrouvez l'historique dans la rubrique "Binôme" ci-jointe).

    Sous la pierre est mon jardin, extrait (2)

     

    " Tourbillons irrationnels 1

    - Le terrain, je le connais mieux que personne. Ses abîmes. Ses tourbillons. Encore dans l’avion en arrivant j’ai fait refait les calculs, comme si quelque chose dans mes tableaux, à la dernière minute, était sur le point de me trahir. J’ai inventé une théorie nouvelle sur les volutes et les vortex, en voyant comme un nuage venait de s’enrouler autour du réacteur et avait réussi à me surprendre. Il me faut toujours faire toutes les hypothèses, pour ne laisser échapper aucune des vérités possibles. Plus je serai précise, plus nous remonterons rapidement à la source. C’est une question de justice.

    C’est moi qui les précède. C’est mon territoire. Sur des kilomètres : de la roche fracturée, un grand corps lézardé, ce paysage que j’aime. Ses grottes, ses cavernes. Ses lacs souterrains et ses plages obscures.

    Au bout de quelques mètres, à peine entrée dans la carrière, j’ai l’impression d’avoir bu la potion qui remet à la juste taille, comme si la maquette se mettait à grandir autour de moi, ou plutôt comme si c’était moi qui rétrécissais, me mettais à la juste proportion. Enfin ma place exacte, dessinée pour moi dans les anfractuosités de la roche, ma carapace de calcaire, mon écrin.

    Alors je respire à pleins poumons même si c’est plus difficile, j’écoute le son amplifié de ma déglutition, de mon cœur accéléré. Je peux même entendre le chemin pénible que se frayent dans ma tête mes plus récentes intuitions.

    J’ai quelques mètres d’avance sur eux. Quelque chose m’a poussée à avancer plus vite que d’habitude. Peut-être que mes pas, sans s’en rendre compte, ne suivent plus le temps prévu, ce n’est pas grave encore, ce n’est presque rien, pas même une fissure : un premier besoin de solitude.

    Au moment où je suis certaine que je suis seule et pour plusieurs minutes au moins, au moment de savourer le silence, et l’immobilité totale, un mouvement vient briser la perfection du tableau : devant moi, ça bouge.

    Est-ce que c’est la terre qui tremble, la chair qui se secoue et voudrait me faire payer le prix d’entrée dans le ventre de la baleine ? "

     

    Sous la pierre est mon jardin, extrait (2)

      Sous la pierre est mon jardin, extrait (2)

     

     

     

     

     

    Sous la pierre est mon jardin, extrait (2)

     

    [Avignon, juillet 2013]

     

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    Pour ceux qui n'ont pas pu se déplacer à Avignon, voici un petit extrait du texte (le début), mais pas trop non plus parce qu'il y aura bien d'autres occasions de venir voir le spectacle.

     

    Sous la pierre est mon jardin, extrait (1)

     

    Les personnages sont trois ingénieurs. On les reconnaît à leur typographie :

     

    Celle qui établit les modèles

    Celui qui fait les analyses 

    (Celui qui cultive d’étranges jardins)

     

    La pièce est composée de courants communs, où les personnages parlent ensemble  lors d’une conférence de presse, et de fractures, tourbillons irrationnels et vortex, où des éléments plus étranges surgissent et les perturbent chacun à leur tour. Puis de courants contraires, quand il devient difficile de s’accorder.

     

    "Courant commun 1

     

    - Un jour ça atteint un point critique

    - Avant ça, c’est critique aussi, mais on ferme les yeux, on espère que ça va passer, que, sans rien faire, ce sera moins critique

    - On espère peut-être qu’une autre puissance va remettre de l’ordre dans tout ça

    - (On ne sait jamais)

    Appuyer sur « reset » et revenir à l’étape précédente

    - Mais en terme de pollution

    - (Destruction)

    Il est difficile de retourner en arrière

    - (Et ça reste critique)

    On a beau recommencer les analyses

    - Changer, même, de laboratoire

    - (De méthode)

    - C’est critique

    -Tellement critique que c’est dangereux

    - (On commence, en haut lieu, à parler de danger)

    - De poison

    - (De conséquences, de responsabilités de l’entreprise blabla)

    - La population s’affole

    Non : la population ne sait rien, tu penses bien, on ne dit rien à la population.

    - C’est à ce moment-là qu’on nous appelle à l’aide

    - (Le recours, c’est nous)

    - Parce qu’on a entendu parler de notre projet, de notre façon de travailler

    On nous appelle juste avant que ça n’arrive aux oreilles de la population

    - In extremis, on agit en nous appelant, on se dit que, quand même, il faut faire quelque chose, que la planète ça se saccage avec discrétion mais que là, bon.

    - (C’est critique.)

    Là ça touche à l’eau, et l’eau c’est vital

    - (Personne n’a vraiment envie de rigoler avec l’eau)

    C’est pour ça que c’est si critique

    - (Critique plus plus)

    - Critique rouge fluo

    -Alors, hop, on monte un programme international le plus vite possible

    -(Pour pouvoir dire qu’on a anticipé, qu’on a fait quelque chose, même si c’est déjà tard)

    - Même si ça aurait arrangé de continuer à fermer les yeux

    - (Après nous le déluge)

    -Mais en guise de déluge c’est la pluie acide. Les nappes contaminées.

    -Alors vite, vite, on demande de l’argent pour pouvoir nous embaucher, nous

    - On en trouve miraculeusement

    - (Non mais il faut dire que c’est vraiment critique)

    - Et nous, notre équipe, c’est rassurant

    - Nous avons fait nos preuves, avec notre méthode

    - On s’est trouvés, quoi, nous, notre trio, on s’est trouvés

    - (On s’aime bien)

    On travaille bien, c’est vrai

    - Trois ingénieurs

    - (On se complète, on peut dire)

    La fine fleur de l’environnement

    - Les Bonnie and Clyde de l’hydrogéologie

    - (Oui mais nous on est trois, non ?)

    -  Les mousquetaires de la phytoremédiation si tu préfères

    - (Oui, je préfère. Je préfère qu’on n’oublie pas que nous sommes trois, que je suis là, quoi)."

     

     

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    Et en guise de piqûre de rappel, au moment de préparer mon baluchon pour Avignon (deuxième passage express de l'été / Le Mistral, c'est moi), voici le programme complet de cette édition 2013. Si vous voulez venir voir Sous la pierre est mon jardin, traverser les vortex et les courants irrationnels demain à 18h, n'oubliez pas de réserver!

    Pour rappel encore, c'est la pièce issue de ma rencontre avec Claudia Cherubini, chercheuse en hydrogéologie. Le temps du secret étant passé, nous allons enfin pouvoir échanger sur cette rencontre de Beauvais, sur cette drôle d'aventure, sur les lapins blancs et autres questionnements scientifiques.

     

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    A l'heure où je relis une dernière fois mon texte, voici quelques images des rencontres de cette année! Rendez-vous à Avignon!

    Tous les détails, dates, distribution, ici!

     

     

    bande-annonce binome édition#4 from les sens des mots on Vimeo.

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    Il y a un peu plus d'un mois je te racontais qu'un étrange rendez-vous m'attendait. Autant dire que la course contre la montre est plus qu'entamée aujourd'hui. Alors quelques éléments à te donner (et qui à moi me servent de pause en plein bricolage textuel).

    A peine descendue du train et déjà montée dans une voiture: pas le temps de visiter Beauvais ni aucun de ses labos comme j'aurais pu m'y attendre. L'équipe a parié sur le soleil, et c'était, cette fois, gagné. Des graviers, de l'eau, c'est sans doute de grand air et de nature qu'il va être question.

     

     

    La mystérieuse rencontre de Beauvais (2)

     

    La mystérieuse rencontre de Beauvais (2)

     

     

    Nous sommes dans une carrière, dans quelques minutes "mon chercheur" va surgir de derrière un de ces tas de sable et de gravier.

    Mais surprise: mon chercheur est une chercheuse, et "son auteur" est une auteure. Les clichés ont donc la vie dure dans tous les domaines, puisque nous ne pouvons nous empêcher, l'une et l'autre, de nous étonner de nous retrouver, comme ça, deux jeunes femmes face à face.

    De notre rendez-vous je ne raconterai pas tout, puisqu'il a été intégralement filmé et sera retransmis, par extraits, lors de la mise en espace du texte le 18 juillet prochain à Avignon (j'y reviendrai). Mais te dire que C. est hydrogéologue, qu'elle s'occupe de la protection de la ressource en eau, et plus particulièrement des phénomènes non linéaires (lorsque l'eau circule à toute vitesse dans les fissures et forme des turbulences).

    Au bout de 50 minutes, un paysage s'est dessiné, des métaphores, bien sûr affleurent (mais ce ne sont peut-être pas les mêmes qui resteront), les questions, elles, restent sur les lèvres.

     

    La mystérieuse rencontre de Beauvais (2)

     

     

     

     

     

     

    La mystérieuse rencontre de Beauvais (2)

     

    La mystérieuse rencontre de Beauvais (2)

     

    [Extraits de carnet, clin d'oeil à Ch.]

     

    Après beaucoup de notes prises, de tentatives, de choses écrites, recommencées, effacées, de pistes de fictions, de pistes de personnages, et puis non, et puis oui, c'est le moment de la plongée totale, où il faut avancer à grands traits, ouvrir les voies, prendre des options et s'y tenir, tenter un texte en forme de courants et de fractures, ne pas se laisser avoir par les doutes et autres tourbillons.

     

     

     

     

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