• Chacun cherche son loup

     

    La semaine dernière, à Paris, nous avions fait un premier travail à la table pour déterminer les principales options dramaturgiques à mettre à l'épreuve pendant nos deux semaines de résidence. Nous avons par exemple choisi d'accentuer l'abandon de Dimitri, et des enfants en général dans ce monde dévasté par la guerre, en ne faisant pas revenir le personnage de la mère à la fin. Nous mettrons aussi l'accent sur le temps qui passe et qui transforme les personnages, leur fait découvrir aussi la sensualité, le trouble, l'adolescence.

    A présent, nous arrivons dans le décor, la maison de Dimitri, sommairement meublée, qui sera aussi, grâce à l'utilisation de la vidéo, l'espace de ses rêves, et de ses voyages imaginaires avec Skate. Une maison  fonctionnelle, comme on peut en trouver des milliers d'autres à travers le monde et qui ne réussit pas vraiment à avoir la chaleur d'un foyer.

     

     

     

    Premier jour de répétitions

    [Photo de répétitions, Angoulême, 31 août 2010]

     

    Les trois comédiens prennent leurs marques, tandis que les trois personnages commencent à se dessiner. Et, comme à chaque fois que le travail sur scène se met en route, il apparaît des dimensions que nous n'avions pas vues,  des logiques et des couches de sens créées conjointement par l'espace, le texte et le jeu.

    J'ai donc eu la confirmation très forte, hier, au bout de quelques heures sur le plateau, que dans cet univers plein de mystère, chaque personnage avait une quête très personnelle, différente de celle des autres. Chacun projette quelque chose sur cette forêt qui entoure la maison et le village, et sur les loups qui petit à petit se rapprochent des maisons.

    La façon dont Livia (Claire Aveline) regarde par la fenêtre avant de retourner travailler à l'usine, dont Dimitri se sent appelé par la forêt, dont Flora voudrait changer les petits garçons en animaux, puis dont elle attend, pendant plusieurs années, le retour de Dimitri, sont autant de rapports au monde, à un pays dont on ne peut s'échapper, avec lequel il faut composer, bordé de terres inconnues, aussi  attirantes que menaçantes. On entend aussi comme la violence du loup se superpose  dans les imaginaires à celles des hommes, commes Sandor, qui ont terminé une guerre pour aller en poursuivre une autre ailleurs, tandis que les femmes pourvoient au quotidien et que les petites filles, avec des dessins et beaucoup d'imagination, aimeraient rendre inoffensifs les garçons qui les entourent.

    La force du texte de Christophe Pellet est de développer conjointement tous ces points de vue, et de toujours nous donner le choix entre plusieurs visions de la réalité. Le spectateur pourra donc choisir, selon son âge, sa propre expérience du monde et sa perception du spectacle, de suivre le point du vue de l'un ou l'autre personnage, notamment dans la scène où Flora assure que Dimitri s'est transformé en loup avant de s'enfuir et que Livia ne la croit pas, et pense qu'elle lui a simplement tourné la tête. De la même façon, la mort du petit loup à la fin peut être lue à la fois comme réelle et métaphorique, d'autant plus que la mise en scène nous la fera voir à travers le regard de Flora.

    Il me semble donc, en ces premiers jours de plateau, que la gageure du jeu et de la mise en scène va être de continuer à faire vivre ces différents regards, ces différentes réalités et ces différents loups...

     

     

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