• Comment accueillir un auteur?

     

    Voilà à la suite de ce billet un petit guide signé Yann Dissez, qui permet de remettre sur les i quelques points assez utiles. 

    Où l'on rappelle que le temps où l'on répond à une invitation est du temps de travail, pris sur notre temps d'écriture ou sur une activité salariée annexe, que parfois, donc, nous déplacer peut "nous faire perdre de l'argent", et que ce n'est donc pas un bonus de prévoir pour l'auteur une compensation financière, un salaire et un défraiement.

    Il est vrai qu'une invitation peut "nous faire vendre des livres", mais si vous saviez à quel point nous ne touchons pas d'argent sur les livres que nous publions vous saurez à quel point ce "donnant-donnant" ne fonctionne pas (à moins d'en vendre, peut-être, plusieurs milliers par soir?).

    Et, pour rendre un hommage à ma chorégraphe préférée: "Les applaudissements ne se mangent pas".

    Il est également vrai que nous nous déplaçons parfois gratuitement, par amitié, pour le plaisir de la rencontre, pour suivre le devenir d'un livre édité, en parents inquiets, mais cela ne peut bien entendu pas être la règle.

    Il est clair que si nous ne rechignons pas en général à animer des ateliers, il faut que le temps de préparation soit pris en compte, et que cela s'intègre dans un projet artistique précis, préparé en amont et suivi en aval, qu'il puisse s'agir d'un vrai échange, avec des objectifs clairs, pour les participants comme pour nous. En aucun cas il ne peut d'agir de faire de la "comm" pour un livre ou un spectacle. A chacun son boulot, le nôtre n'est pas de remplir les salles de spectacle ni les librairies. 

    Il est vrai que nous avons besoin de nous "extraire" parfois de notre quotidien pour pouvoir écrire, et que nous avons besoin de temps de résidence, il est donc tout aussi vrai que nous ne pouvons pas passer ce temps de résidence à l'animation ou la pédagogie, ni à rendre des comptes. Les activités "visibles" doivent être bien pesées, décidées, en amont, en fonction de chaque auteur.

    Il est aussi vrai qu'il est indispensable d'être accueilli dans de bonnes conditions de calme et d'autonomie, le confort n'est pas un luxe pour qui prend le train parfois une ou deux fois par semaine, le calme n'est pas un luxe pour qui se livre à une activité intellectuelle.

    Pour ma part, je n'ai pas à me plaindre du tout de la façon dont je suis traitée, bien au contraire, mais il n'est pas inutile de partager ce "B. A. BA" à l'usage de tous et pour les propositions futures.

    Et pour toutes les personnes qui se demandent de quoi nous pouvons bien vivre, à quoi nous pouvons bien servir...

     

    *

     

    Je me rends compte en ce moment à quel point l'écart est grand, et difficile à faire comprendre, entre le prestige d'une reconnaissance qui arrive à tel ou tel moment d'un parcours, et le fait de pouvoir gagner ça vie. Les moment où, de l'extérieur, "ça marche" sont parfois ceux qui sont le plus difficile matériellement: pour écrire un texte et le mener jusqu'à l'édition, il a fallu se dégager du temps, dire non à des travaux rémunérés pour rester chez soi et travailler gratuitement.

    C'est un choix, bien entendu (en ce qui me concerne) pesé et assumé, et la liberté que j'y gagne est grande, et le pied de nez à l'idéologie du travail comme on l'entend en ce moment est jubilatoire, mais je perds ce mois-ci mon statut d'intermittente, la contrepartie de la liberté et de l'accompagnement des livres n'est pas anodin. Comme quoi travailler plus peut aussi conduire à perdre toute sécurité, nous aurait-on menti? Le théâtre, pour nous garder dans la confrérie, ne permet pas qu'on lui soit infidèle la moitié de notre temps. 

     

     

    Pour les auteurs de théâtre, il faudrait aussi détailler les conditions d'accueil, de commande, de collaboration. Il est tout aussi vrai que pour les autres que nous ne pouvons pas offrir notre temps, d'autant plus que nous n'avons pas de statut pour indemniser le temps travaillé hors contrat. En aucun cas les droits que nous touchons sur les représentations de notre texte ne peuvent se substituer à un salaire pour le temps que nous passons en répétitions ou auprès du metteur en scène. 

     

    *

     

    En ce qui me concerne l'écriture n'est ni un métier ni une passion, c'est une nécessité, ce qui n'exclut pas de composer avec la société et son fonctionnement, et d'essayer quand c'est possible de m'y faire une place.

     

     

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 2 Avril 2012 à 14:12

    Excellente mise au point. Le respect du travail, sous quelque forme que ce soit est une nécessité. Et il passe par la compréhension de ce qu'est ce travail. C'est pourquoi ton blog est intéressant, montrer un bout des coulisses du métier d'écrivain, c'est aussi favoriser l'image qu'on en a, au-delà des clichés. 

    2
    Mariette Profil de Mariette
    Lundi 2 Avril 2012 à 14:18

    Merci fidèle lectrice!

     

    3
    Magali Mougel
    Lundi 2 Avril 2012 à 14:31

    M E R C I !

    4
    Jeudi 10 Mai 2012 à 08:42

    Merci, et cela peut s'appliquer pour les artistes plasticiens, aussi !

     

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