• Création de Nous les vagues

     

     

     

     (c) Sylvie Gauduchon

    "Ah les maudits que nous avons toujours été, dit-on, comme si c'était tatoué sur nos peaux depuis disons toujours, la marque rouge de nos prénoms complémentaires et de nos fureurs contenues." (partie 4)

     

     

    Toujours, dans le milieu du théâtre, on entend que monter un texte d'un auteur contemporain, a fortiori d'un "jeune auteur", c'est un terrible risque, que dans la crise comme elle va on ne peut pas se permettre de bousculer trop le public dans son confort, dans ce qu'il attend, dans ce qu'il connaît déjà et vient tranquillement reconnaître. Alors on monte Feydeau, on rigole un bon coup, on a été conforté dans ses idées, on rentre tranquillement à la maison, on a consommé de la culture, on peut rallumer la télé.

    Heureusement, il y a les théâtres, les metteurs en scène, qui pensent que c'est justement leur boulot de bousculer un peu, de faire bouger les lignes, et d'amener le spectateur à apprécier aussi ce qu'il ne connaît pas.

    Et puis il y a ceux, en plus, qui ont le culot de propositions entières, fortes et affirmées, qui cherchent et expérimentent et articulent les formes à la nécessité du fond.

    Merci à Patrice Douchet et à toute l'équipe de la création de Nous les vagues d'avoir fait une proposition si franche, si complète, qui ne cherche pas à faire de compromis, qui propose un dispositif différent pour chaque partie, qui interroge sans arrêt les modalités de ce "nous", qui va chercher directement du côté du ventre là d'où ça vient, là où ça se passe, l'envie de déferler et les doutes qui retiennent ou annulent.

    Merci d'avoir osé aller jusqu'au rock, la manif, le mégaphone (très belle utilisation, je n'en dis pas plus, il faut aller voir), la tempête, merci pour les images, les sons qui revisitent, ouvrent, fabriquent de vrais moments, de vrais objets, se promènent dans l'imaginaire collectif, et redonnent (pour moi en tous cas) un vrai souffle de vie à ce texte sur lequel je n'ai bien entendu plus aucun avis, aucun recul.

    C'est une drôle d'expérience, plus fortement encore que pendant les lectures, de partager ce qui a été écrit toute seule à mon bureau, il y a presque trois ans déjà, de voir les colères, les images, les doutes réactivés. Mais cela du moins permet il me semble de retrouver courage, de se reconnaître et de se compter.

    En France à la veille d'élections présidentielles, mais aussi dans l'Europe qui tour à tour s'indigne et se résigne, les colères qui avaient motivé l'écriture du texte prennent une autre dimension encore. J'ai entendu dans le spectacle la voix des manifestants grecs et celle, collective et posée, des Anonymous.

    Merci de m'avoir rappelée à la nécessité d'intransigeance. On n'en est plus au compromis je crois. Il faudrait , me dis-je, que le théâtre plus généralement prenne acte, vite, de cet état d'urgence, et serve de tremplin pour organiser "la pensée commune". Ecrire la suite dans ce sens, donc.

     

    (c) Sylvie Gauduchon

    "Nous avons parfois le calme inquiétant des coupés en deux par le milieu, des assis pour l'éternité le cul entre deux chaises, des êtres éternellement sur le point d'accomplir des choses immenses mais regardant la pluie tomber, mais accomplissant d'autres choses pour les autres, vérifier le cartable de l'enfant, passer, rassurante, la main dans les cheveux, donner un rendez-vous, faire que concordent les horaires." (partie 3)

     

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