• Dans l'atelier de Carole Fréchette

     

    Dans notre grande fabrique d'écriture, la réflexion sur l'écriture vient nourrir la réflexion sur l'écriture. A mi-parcours de cette résidence, nous avions prévu avec Elizabeth d'amener un souffle nouveau avec un auteur invité pour évoquer avec nous des questions techniques, nous raconter son parcours et ses questionnements d'écrivain. C'est Carole Fréchette qui s'est prêtée au jeu ne nous parler d'où elle venait et de ses différentes pièces, à travers le prisme du dialogue et de la narration. La tension ou l'alliance parfois difficile des deux, un dosage qui en dit beaucoup...

    L'occasion pour chacun de nous de regretter de ne pas avoir plus de moments dans la "vraie vie" pour partager des considérations techniques, des réflexions purement "mécaniques", des outils, tout autant que des grands questionnements sur notre place dans le monde. Alors ce soir: prendre le temps de s'arrêter, de se pencher sur une façon de faire, un regard sur l'écriture théâtrale qui s'est structuré ces dernières années, et qui a rejoint, il me semble, les questions de chacun, car que fait-on en résidence sinon se questionner, du matin au soir et du soir au matin?

    Je ne vais pas faire un compte rendu complet de la rencontre, je n'ai pour outil que ma mémoire et quelques notes, mais une petite traversée des questions d'écriture soulevées par Carole...

    J'ai aimé ce que toute cette traversée avouait: que la forme d'un texte est autant révélateur du sens que l'auteur veut donner à son oeuvre, que de l'écriture en train de se fabriquer: ce avec quoi on lutte, ce contre quoi on se heurte, les penchants, les facilités qu'on a, et ce qu'ils révèlent. Pour Carole l'envie de revenir au dialogue, ce "choc de la rencontre entre les êtres", est né du constat que dans ses pièces les personnages étaient souvent seuls, qu'ils avaient leurs mots comme seuls outils pour nous donner à voir le monde, la grande ville comme la dimension la plus intime. Que souvent cela se traduisait par des soliloques, ou bien des dialogues sans réponses. Jean et Béatrice était peut-être une réaction à ça: un huis-clos pour être sûre que les personnages n'avaient pas d'autre échapatoire que de se parler. La structure narrative comme un piège que se tend l'auteur pour ne pas s'échapper. Pour plonger. J'aime cette idée, aussi.

     

    Résidence du CEAD à Québec

     

    Et puis la grande liberté qu'offre le récit: faire exister par les mots des univers entiers, ne pas s'embarrasser de ce qu'on peut représenter ou non. Avec le revers de la médaille: est-ce que fournir trop d'image dans la parole des personnages n'est pas trop "bloquant" pour la mise en scène? Comment mettre en scène un récit sans être trop redondant? Que fait l'acteur quand il parle? Si le texte se charge lui-même de faire exister tous les invisibles, à quoi sert le spectacle? Bien sûr on peut faire du théâtre avec presque rien, un plateau nu, un acteur-passeur. Bien sûr on peut faire du théâtre comme on fait de la musique. Mais en être conscient en écrivant, trouver le bon dosage, être sûr que c'est ça qu'on veut, c'est autre chose...

    Et puis la façon de travailler, que l'on partageait plus ou moins autour de la table: d'abord entrevoir une architecture, une forme géométrique (ça me rappelle le travail effectué cet après-midi avec Esther et ses post-its), la façon dont la pièce va être plus ou moins linéaire, plus ou moins morcellée, ou sinueuse, ses lignes de force, son principe de fonctionnement... Poser les bases, les fondations de la maison et puis avancer petit à petit en refermant progressivement les choix...

    Et puis la question la plus difficile selon Carole: qu'est-ce qui se passe? Qu'est-ce qui va se nouer et de dénouer sur scène pendant une heure trente? Une fois les premières idées en place, il faut que tout cela s'anime, se résolve...

    Et puis d'autres questions, celle de la langue chère à Simon: québecois ou français normatif ("langue élégante", dit-il)? Est-ce qu'on choisit vraiment sa langue d'écriture? Même si cela dépend du propos, du projet, il y a sans doute quand même pour chacun une langue qui est la sienne et avec laquelle il faut travailler en priorité. Sa langue de théâtre, qui n'est certainement pas la même que la langue qu'on parle...

    Vaste parcours, rencontre-miroir où chacun a pu projeter ses questions, ses propres impasses, ses propres méthodes, ses propres bricolages.

    Et puis toutes les questions qui touchent à la place de l'auteur dans le processus de création, consulté pour les toutes premières étapes et ensuite plus rien, rendez-vous au pot de première, et encore, comme le fait remarquer Emanuelle, ici les auteurs sont conviés, ce qui n'est même pas toujours le cas outre-atlantique... Pour ces questions-là je vous renvois aux contributions de Carole sur le blog (blogue en québecois) du CEAD.

    Et je vais me coucher avec toutes ces questions qui ouvrent des pistes sur la façon d'aborder les projets, présents et à venir...

     

    Résidence du CEAD à QuébecRésidence du CEAD à Québec

     

     

     

     

     

     

     

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