• Des connectés

     

    Je suis la première à aimer ça, consulter ma boîte mail toutes les dix secondes, branchée en flux tendu sur chacun des réseaux sociaux, tout savoir, tout partager, jouer, bien sûr, à brouiller les pistes, mettre en scène le cours des choses, recadrer la belle image autour de la vie professionnelle seulement, parfois ne pas dire le travail de fond, ne pas partager les belles choses lorsqu'elles sont trop fragiles, jeter en pâture l'émotion du moment sur une lecture, un paysage, une rencontre, chercher, provoquer des échos, et depuis peu branchée par le téléphone même, dans le train, dans mon lit, dans la rue vérifier le contact.

    Peur, sans doute, de perdre trace, de perdre de vue, de la même façon qu'enfant il fallait que j'écrive des lettres à chaque personne rencontrée, à chaque personne importante, témoigner de l'attachement, dire on s'est connus, je te connais, je veux en permanence savoir que tu vas bien, savoir que tu ne meurs pas.

    J'envoie donc message sur message, article sur article, je cligne virtuellement de l'oeil je souris-lol, je tapote du doigt-poke, j'attends les réactions-like quand la porte est entrouverte, je guette la découverte, ou je balaye seulement des yeux, mécaniquement, machinalement, geste-fatigue.

    Et puis, ce que je fais, il faut bien pouvoir le partager, les spectacles, les livres, les recherches, aucun sens si je reste seule à soupeser, proposer. Mais souvent, j'ai la désagréable impression d'être l'enfant fière de son invention, à solliciter, agacer, demander à être vue, "validée", petite voix: regarde, regarde, regarde moi... 

    Inventer quelque chose, donc, qui ne s'apparente pas à du spam ni à une auto-promotion dont je peinerais à trouver le sens et la légitimité. Je vous propose donc de vous inscrire si vous le souhaitez à la news-letter, ci-contre à gauche, pour recevoir de temps en temps des nouvelles de ce blog, et des actualités théâtrales littéraires de mes projets ou de ceux que je suis de près. Les autres pourront rester libres de ne pas savoir absolument tout du moindre de mes mouvements, et je me sentirai plus à l'aise de ne pas être à tout prix une communiquante. D'autres font ça beaucoup mieux que moi.

    Il reste la vraie vie, aussi, pour se poser des bises sur les joues, se passer des mains dans le dos et s'attraper des yeux, s'inventer des rencontres.

     

    « Une femme avec personne dedans, de Chloé DelaumeQu'il repose en révolte (Henri Michaux) »
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  • Commentaires

    1
    L'ornitho dijonnais
    Samedi 4 Février 2012 à 13:07

    Je trouve pour ma part que d'autres font ça beaucoup moins bien que toi. C'est dommage car j'aimais bien, au gré de mes humeurs et de mes parcours webesques, cliquer de temps en temps vers l'un de tes articles promus habilement !

    2
    Mariette Profil de Mariette
    Samedi 4 Février 2012 à 13:33

    Je continuerai de temps en temps, l'idée étant surtout de ne pas être trop intempestive dans les boîte mails! 

    3
    Mariette Profil de Mariette
    Samedi 4 Février 2012 à 13:38

    Je resterai intempestive et envahissante, mais vous ne pourrez pas dire que vous ne l'aurez pas cherché.

    4
    Gil Rey
    Samedi 4 Février 2012 à 23:59

    C'est bien, ces reflets du temps dédié et de ta créativité sur les outils du jour.


    C'est bien aussi c'est sûr tout ce qui se vit dans la vie vraie.


    Merci pour l'inépuisable Michaux !


    Un visiteur du blog qui ne s'interdit pas pour autant d'explorer le réel.

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