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    Rien n'apparaît ici mais je travaille, nous travaillons. A un projet dont la complexité provoque parfois de grands vertiges, et puis une grande satisfaction quand tout d'un coup des élements concordent, semblent se mettre en place, dans la préparation du moins.

    Après: le spectacle, pour tenir debout et trouver son équilibre, fera sa loi.

    Ce qui est complexe dans la partie "écriture", c'est de réfléchir à la fois à une dramaturgie qui ne soit pas uniquement textuelle, puisque le texte ne précède rien et que la construction ne dépend pas de lui... tout en trouvant les endroits exacts où la parole écrite pourra surgir, frotter avec d'autres matières, avec la parole improvisée. Et la laisser se développer, trouver sa construction propre, ouvrir de nouvelles voies/x.

    Venir consolider aussi, peut-être le sens et la direction de l'ensemble (prêtons-lui cette vertu-là).

    Il y aura, je l'écrivais il y a quelques temps, les surgissements de pensées souterraines. Il y aura aussi, dans le temps présent, partagé avec le public, le désarroi des personnages, la façon dont les cerveaux cherchent à comprendre et s'y refusent tout en même temps, les données chiffrées et les gouffres que ça ouvre quand ça se frotte au langage.

    Il y aura quelques bribes de réel et beaucoup de brisures, morceaux de mémoire piétinée qu'on ne sait plus comment faire tenir ensemble.

     

    Charpentage, matières

     

     

     

    [Image empruntée en ligne ici, rien à voir...]

     

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    L'enquête va bientôt commencer. Ce sera Elle Brûle. A la Comédie de Valence du 4 au 8 novembre prochains puis en tournée.

     

     

     Vidéo: Jérémie Scheidler.

     

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    Délimiter les territoires

    [La maison de la famille B.]

     

    Entre Valence et Lyon, nous nous réunissons pour continuer à poser des jalons pour le spectacle à venir, pour le début des répétitions en septembre, pour que chacun ait toute la matière nécessaire pour travailler cet été, laisser décanter, infuser, arriver au premier jour de plateau avec l'impression d'une familiarité, d'avoir partagé un monde, de n'avoir "plus qu'à" l'organiser pour l'offrir au public.

    Quels sont, alors, les cadres qu'ils faut poser? Qu'est-ce qui aidera les acteurs, leur servira d'appui sans les enfermer? Qu'est-ce qu'il faut établir de façon sûre pour laisser la place et le temps au surgissement des surprises, à la naissance du spectacle?

    La question de la place, à laisser mais aussi à canaliser, diriger, cadrer, est la même pour l'écriture que pour le jeu. Voilà donc plus précisément mon travail: trouver un territoire qui soit propre au texte écrit, qui soit à la fois précisément en écho avec tout ce qui se construit par ailleurs (l'espace, les improvisations des comédiens, la lumière, le son, les costumes, les objets et tous les signes dont nous commençons à avoir une cartographie précise), mais en même temps jamais redondant.

    A ce stade du travail, il me paraît évident que ma place d'auteure n'est pas de "réécrire", "mettre en forme" ce que les comédiens proposent au plateau, mais plutôt faire frotter ce qu'ils amènent avec une parole différente, qui occupe un autre statut, qui surgisse et se pose en contrepoint, en écho amplifié, décalé: qui parle depuis un autre endroit.

    J'ai envie d'ébaucher la piste de la parole écrite comme étant celle de ce qui se passe "en dessous", ce qui bouillonne, brasse, s'agite sous les fondements de cette maison. Ce qui circule d'un personnage à l'autre et raconte un imaginaire collectif, avec ses fantasmes, ses peurs, ses images et ses champs lexicaux dominants: l'imaginaire d'une famille dans la première décennie du XXIème siècle, d'une communauté avec ses blessures propres et ses blessures partagées, celle de l'actualité, d'un monde qui questionne, agresse, dysfonctionne, face auquel l'individu se sent parfois impuissant, "déconnecté".

    A côté de la parole quotidienne, du "comment on se parle", l'écriture fonctionnera comme une série de percées, des geisers, des surgissements de mots, de rêves, d'obsessions conscientes ou non.

    Pour cela, il faudra se "brancher" (cette image de connexion, encore une fois, me parle terriblement) à l'air du temps, à ce qui circule des doutes, des angoisses et des certitudes, en partant du principe que nous (le nous de l'équipe artistique, des acteurs) portons en nous à chaque instant une part de ce qui traverse le monde, dessine la spécificité d'une époque. Nous sommes partie prenante des blessures et des béances chacun à notre échelle, "nous sommes tous potentiellement des faits divers", pas plus protégés que d'autres des ruptures et des bascules. C'est cette faille, commune, je le crois, à tous les vivants, cette fragilité, dont il faudra se mettre à l'écoute, se faire la chambre d'échos.

     

     

     

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    D'Elle brûle, prochain spectacle de la Compagnie des Hommes Approximatifs, nous commencions à connaître le dispositif, à préciser les couleurs générales, les lignes de force et les lignes de faille, surtout: cet effondrement d'un monde que vient révéler le fait-divers, celui dont s'inspire Flaubert quand Delphine Delamarre se suicide et devient Emma Bovary, et tous ceux qui nous interpellent presque quotidiennement, nous fascinent par leur allure de symptôme de l'époque dans laquelle nous vivons, par le miroir effrayant qu'ils nous tendent.

    A ce stade où tout est encore ouvert, où nous jouons à imaginer les possibles de la maquette comme dans une maison de poupée, il a été précieux et extrêmement joyeux de réunir toute l'équipe - les comédiens, pour la première fois, entrent dans le jeu - pour nourrir la rêverie du spectacle à venir, en parlant, lisant, improvisant.

    Parce que dans ce spectacle nous affirmons que le hors-champ aura une importance immense. Que plus nous serons précis dans la construction d'une fiction, du quotidien d'une famille dans ses moindres détails, plus nous pourrons en comprendre les déréglements le temps du spectacle. Plus nous "vivrons" ensemble, plus nous pourrons aller loin dans les détails et les fils tendus entre eux. Nous prenons le pari de charger de réel une communauté (celle d'un village, d'une maison), de jouer à cet endroit-là de trouble et de reconnaissance. Comme avec Le Bal d'Emma, nous prenons contact dans la frontière.

    Dans une vraie maison (merci M et M!) puis à la Fabrique, nous avons cherché la théâtralité de ce spectacle. Le fait de poursuivre ensemble un travail déjà entamé sur une autre création permet d'aller tout de suite à l'endroit juste, celui à partir duquel nous "règlerons les curseurs" d'une choralité, toile de fond d'une fiction, d'un drame.

    Nous repartons avec un socle commun et les recherches à faire avancer chacun à notre endroit de travail. De mon côté, envie de trouver la forme d'écriture qui navigue entre la musique rassurante d'un quotidien et le contrepoint de peurs plus sourdes, d'un inconscient collectif travaillé par des peurs, l'intuition d'une fragilité de l'existence, l'intrusion d'un monde déréglé dans l'intérieur rassurant d'un pavillon moderne et confortable.

     

    Elle brûlera de mille feux.

    [Valence matin, mars 2013]

     

    Je ne sais pas si c'est le printemps, ou le plaisir de travailler à Valence (je me rends compte que ça a vraiment du sens pour moi de faire une création dans la région où j'habite, tout en allant un peu vers le sud...), mais le désir de théâtre est regonflé à bloc. Elle brûlera, c'est sûr, avec toute l'énergie d'une très belle équipe.

     

     

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    Elle brûle

     

    Sortir de trois jours de travail, d'échanges, avec l'équipe retrouvée des Hommes Approximatifs, et se dire que Elle brûle, le spectacle qui s'en vient, qui n'est pour l'instant que l'étincelle de notre désir de théâtre et d'invention, se dire que quoi qu'il en soit il sera excitant, parce qu'à l'endroit de la nécessité, de ce que nous avons envie de faire et de dire ensemble.

    Du spectacle à venir je ne peux pas trop en dire. Sinon que pendant trois jours nous avons réfléchi à sa forme, à son dispositif, à la façon dont, dans notre théâtre, nous souhaitons accueillir le spectateur. Ce par quoi nous voulons le faire passer, qui ait un sens pour la compagnie après Se souvenir de Violetta, après Le Bal d'Emma. Et les modalités de notre prise de parole dans un espace public.

    Lors de nos réunions, nous parlons énormément de notre processus de création. La forme du spectacle à venir sera intimement liée avec la façon dont nous travaillons, et dont, comme dans les spectacles précédents, le réel dialogue avec la fiction, la fabrication professionnelle de spectacle avec des éléments empruntés à la vie d'un lieu (la salle des fêtes de Montélier), et à ses habitants réels (notre choeur du Bal d'Emma), à ce que la vie nous apporte dans le temps même du travail: questions, images, idées, liens insoupçonnés entre les choses.

    J'avance le mot d'écriture de la porosité. Pour tenter de dire. Pour nuancer les cases dans lesquelles on pourrait se mettre trop facilement et qui finissent par ne plus dire grand chose (je reviendrai sur l'expression "écriture de plateau", que je ne trouve pas tout à fait juste à l'endroit où nous nous trouvons. Bien sûr, il y a une écriture de plateau, et des allers-retours permanents entre la scène et la construction du spectacle. Mais pas seulement.)

    Porosité dans le temps de la création, puisque, si chacun d'entre nous reste bien à la place de son savoir-faire, nous avançons tous en même temps dans la construction de ce spectacle. Le texte ne précède ni l'espace, ni les costumes, ni le jeu, il les teintera de ses intuitions autant qu'ils sera teinté par les trouvailles des autres.

    Porosité, surtout, aussi, entre le théâtre et son environnement, pour ne pas oublier que la boîte noire se trouve toujours reliée à un espace, un territoire, un temps et une histoire définie, que les spectateurs n'arrivent pas de nulle part, mais avec ce qu'ils sont, ce qu'ils attendent, ce qu'ils projettent déjà de ce que nous leur raconterons.

    Porosité entre le vrai et le faux, le spectaculaire et le minuscule, le hasard et la mise en scène, à cet endroit de mystère insondable et de curiosité, à la frontière du fait-divers.

     

     

     

     

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