• Et l'intuition, doucement, se transforme en spectacle.

     

     

    On reconnaît tout et pourtant tout est différent. Au moment de faire un nouveau bout à bout des séquences travaillées jusqu'ici, l'affairement des uns et des autres n'est pas tout à fait le même, Claire, Alice, Benjamin sont vigilants aux milliers de détails, Caroline déroule la nouvelle globalité aux côtés de Jérémie et Antoine qui retrouvent le dialogue entre son et lumière initié dans les spectacles précédents. Tous les éléments commencent à former un monde, avec son langage à lui: on parle du moment de la poule, des petits bâtards, de Madonna, des cercueils, de GamVert et de la réparation, et tout le monde sait exactement de quoi il s'agit. Moment magique où le spectacle semble trouver son identité. Et dans le travail que nous menons, cette identité n'est comparable à aucune autre, pas même celle de nos spectacles précédents.

    Moment magique, où les choses les plus hétérogènes trouvent leur circulation, leur dialogue. Chaque élément explore sa place. Chaque personnage aussi, vient rejoindre les intuitions de départ dans la composition du spectacle. Nous comprenons en l'essayant pourquoi il avait paru important de convoquer les personnages au coeur du drame (Vincent, Julie, Annie) mais aussi Sabrina, proche et pourtant étrangère à la famille, et enfin un Hakim, plus éloigné encore de ce noyau d'amour et de tensions. Des cercles concentriques, qui rayonnent autour du mort, de la mort, qui s'en rapprochent et s'en éloignent, des élans qui mettent en danger et d'autres qui évitent, protègent, réparent. Le coeur du chagrin, la mort brutale, inacceptable, dialogue avec les élans permanents de vie, les maladresses des uns et des autres, dans le temps qui est le leur, fauchés différemment par la réalité du décès.

    Théâtralement, on est face à un cadre qui se révèle, commence à être palpable, concret, où il va maintenant falloir combler les vides, faire ressortir des informations, en effacer d'autres pour les laisser de l'ordre du non-dit, du paysage silencieux, décider de l'ordre dans lequel on fait voguer le spectateur d'une chose à l'autre.

    On est, dans l'écriture, pile dans ce temps du passage de l'intuition à la forme, du pressentiment intime à l'objet partageable.

    Quant à moi, je ne pourrai revenir qu'à la toute fin des répétitions, à quelques jours de la première, quand la sculpture aura pris tout son relief entre les mains de toute l'équipe. Je tremble et me réjouis.

     

     

     

     

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