• Géographie des humeurs

     

     

    Après avoir dessiné les silhouettes des personnages, ce sont leurs parcours qui commencent à prendre forme d'une répétition à l'autre. Chacun d'eux suit une ligne propre, une vision du monde qui ne rencontre pas nécessairement celle des deux autres. Si les rapprochements existent, les trois protagonistes se côtoient souvent. Nous travaillons à trois parcours distincts qui se télescopent. Chacun a sa propre histoire à raconter, entre réalité,  rêve et conte.

    S'établit ainsi une géographie des humeurs et des affects, bien souvent à fleur de peau chez les enfants comme chez les adultes. Le monde pèse. Comme si les enfants avaient grandi trop vite dans ce pays marqué par la guerre, et les adultes renoncé à leur rôle.
    Livia, qui vient chaque jour s'occuper de Dimitri, ne prend aucune pincette avec lui. Elle parle de ses parents comme si elle avait été elle aussi abandonnée par eux. Elle a ses soucis propres, sa vie en dehors de chez le garçon, elle passe en coup de vent. Dimitri non plus ne prend pas de gants pour s'adresser à elle, il y a tour à tour des crises et des tendresses comme dans les relations les plus intimes et les plus familières. On ne peut douter qu'il y a de l'amour entre ces deux-là, mais leurs relations sont frontales, brutales mêmes, tantôt maladroites, tantôt désarmées.
     
     

    Lectures

    [Claire Aveline dans le rôle de Livia]

     

     

    Entre Flora et Dimitri, la relation s'établit de façon plus progressive. On a l'impression, sur le plateau, et en l'état actuel des répétitions, de deux personnages qui jouent au chat et à la souris, se courent après, se suivent à distance, se testent, s'apprivoisent sans complaisance.
    Ce qui m'intéresse particulièrement dans cette "géographie des humeurs" qui se met en place et évolue encore pour le moment de répétition en répétition, c'est qu'elle me semble rencontrer une dimension importante de l'écriture de Christophe Pellet: cette impression de relations humaines mouvantes, changeantes, pouvant basculer à n'importe quel moment. Les personnages sont fragiles, à fleur de peau, un rien peut les emporter dans le rire comme dans les larmes.
     
     

    Lectures

    [Romain Chailloux dans le rôle de Dimitri et Carole Dalloul dans celui de Flora]

     

    Et les adultes ne sont pas plus solides que les enfants, que ce soit dans Le Garçon Girafe, où Nils Dulac est élevé par deux femmes qui l'entraînent dans leur problématiques d'adultes tandis qu'il retrouve son père à sa sortie de prison, dans En délicatesse où Sandor Morestin est abandonné par sa mère et élevé par son père, et quand sa mère revient, c'est pour partir avec l'amie de son fils, Lucie qu'elle rencontre dans un jardin public.
    Dans S'opposer à l'orage au contraire, Mathieu est un enfant tellement étouffé par sa mère qu'il ne peut pas grandir. Les adultes sont donc souvent absents ou carrément nuisibles, et les jeunes gens condamnés à se lancer dans la vie sans repères, ou à se laisser mourir.
    Même si Qui a peur du loup? est une pièce qui s'adresse au jeune public, qui n'est jamais dénuée d'humour et de vivacité, et où les personnages suivent de vrais objectifs pleins de vitalité (traverser la forêt, changer le monde), les fantômes du théâtre pour adultes de Christophe Pellet ne sont jamais loin, il me semble, ils les observent de loin, avec tendresse.
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