• Impeccable: ça commence aujourd'hui!

    (c) Scènes du Jura.

    Résidence dans un collège à Saint-Amour.

    Le trac est grand et la rencontre fragile. Aujourd'hui, et pour 70 représentations dans les collèges du Jura, on va savoir si Impeccable, texte écrit spécialement pour eux à la demande des Scènes du Jura, va rencontrer les élèves de 4ème, si Viktor va leur paraître proche ou lointain, enviable ou énervant, s'il va soulever la question du départ de chez soi et de l'arrivée dans un nouveau pays, de la place qu'on laisse, du regard qu'on porte sur ceux qui, comme Viktor, on des ailes aux pieds plutôt que des racines.

    Aujourd'hui on va savoir de quels horizons rêvent ces tout jeunes-là, comment ils se débattent avec l'idée d'un chez-soi et l'idée d'un ailleurs, avec une planète ronde et ce qu'il paraît qu'il faut faire pour y réussir sa vie. Aujourd'hui, dans les classes, on parlera peut-être de frontières, de nationalité, de quête impossible et de voyages exotiques.

    J'espère qu'on le trouvera drôle, touchant, et surtout libre, Viktor.

    *

    Le texte a été écrit cet été et j'ai bataillé ferme avec l'actualité, les destins de migrants beaucoup plus tragiques que celui de mon personnage. Est-ce que j'avais le droit, quand des centaines meurent sur les mers, quand des familles fuient la guerre et quittent tout, quand les camps, les barbelés, les discours infâmes, est-ce que j'avais le droit, dis-je, d'imaginer un garçon qui décide d'aller voir ailleurs pour connaître le monde et ne pas s'enfermer? J'ai décidé que oui. C'est sans doute discutable.

    Extrait, début du texte.

     

    "Je me suis mis là, un peu dans le centre. C'est rare que je sois dans le centre. J'aime bien ce que ça fait. Pas premier, pas dernier, juste la bonne distance, bien installé. Comment on dit, déjà? Impeccable.

     

     

     

    J'ai pris la place de vous? De vous? On va rajouter le tabouret, pour habiter la place ensemble. Je commence à bien connaître la façon humaine d'occuper les morceaux de ville et les morceaux d'école.

     

     

     

    Comment ça s'organise, votre lieu? Comment ça se décide, ta façon de s'installer à côté de quelqu'un d'autre? Est-ce que c'est les grands derrière et les petits devant pour bien voir l'écriture? Est-ce que c'est un équilibre entre les filles et les garçons? Est-ce que c'est les amitiés? Les ordres alphabétiques?

     

     

     

    Je ne veux pas désorganiser votre manière de garder les uns et les autres à la bonne distance. Non non surtout je ne veux pas faire la perturbation!

     

     

     

    Si tu me laisses de l'espace pour mon tabouret je vous donne de ma sympathie. J'en ai beaucoup, de sympathie. C'est une chance. Je suis né avec une très grande source de sympathie. Comme ça, ça va, je suis tranquille. Pour les plus grandes méchancetés j'ai mon bouclier sympathique.

     

     

     

    Voilà? Vous avez retrouvé la place de votre habitude? Et moi j'ai pris la place de votre nouveauté.

     

     

     

    Tu ne vas pas me croire, mais vous voyez, dans certains lieux où j'arrive, quand les gens ne connaissent pas ma tête ou mon nom, ils crient et me jettent dehors, ils pensent que les murs vont s'écrouler ou quoi?, que ça va être le feu ou la guerre ou quoi?, ils pensent que la terre va s'ouvrir en deux ou quoi?, parce qu'on est juste une personne de plus dans l'endroit de chez eux.

     

     

     

    Vous c'est gentil pour l'instant dans ton école. C'est sympathique.

     

    Impeccable. 

     

     

     

    J'occupe un peu de votre classe pour un moment, je me coupe une petite part de votre pièce d'école. Est-ce que ça va?

     

    Je ne suis pas désordonné, vraiment tranquille. Les gens vraiment me trouvent très sympathique quand ils me connaissent, tu vas voir. Je suis juste un petit peu bavard, c'est vrai, pour faire ma petite présentation.

     

     

     

    Tu veux que je vous dise ma petite présentation, et comprendre pourquoi je suis arrêté dans votre endroit d'école?

     

     

     

    Des fois, on ne me laisse pas faire ma petite présentation, on me dit que je dois être celui qui fait de la place, que ce n'est pas chez moi ici, comme si, sous les pieds nus, il fallait avoir de longues racines. Et toi, vous avez des racines aux pieds ou bien comme moi la peau légère, la peau on dirait faite avec des plumes?"

     

     

     

    Merci à Anthony Devaux et Mathieu Barché qui l'incarnent simultanément dans les classes, à Alexis Armengol pour la "mise en classe". Je découvrirai quant à moi le texte en situation jeudi, et je n'ai jamais eu autant la trouille des réactions d'un public.

     

     

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  • Impeccable

     

    Il s'installe parmi les collégiens, au milieu de la classe.

    Il bouscule un peu leurs habitudes.

    Il est curieux, d'ailleurs, des habitudes de chaque classe, de la logique, de l'organisation.

    Il vient de loin pour rencontrer ces adolescents, pour trouver parmi eux ceux qui comme lui ont la bougeotte, ceux qui font partie du clan des nomades, que les frontières dans les têtes et dans les géographies font souffrir.

    Il marche et prend les trains, apprend les langues et passe les frontières, rencontre la peur qui montre les dents, n'a jamais les bons papiers à présenter, dort dehors, parle un français spécial, pas vraiment impeccable, il rêve de voyages désorganisés et sait que la Terre est une boule, que sur une boule il faut tourner.

    Il passe.

    Il parle.

    Il n'a pas, comme d'autres, des racines sous les pieds et l'amour de la Patrie.

    Quand on veut le fixer quelque part, il déserte.

    Il est Viktor nomade, Viktor curieux.

    Il est le personnage d'un texte que j'ai écrit cet été, et qui sera joué cette saison dans les classes de 4ème, sur une proposition de Virginie Boccard et Fabrice Melquiot. Ce texte, intitulé Impeccable, ainsi qu'un autre monologue d'Odile Cornuz rencontrée en Suisse l'année dernière, seront joués dans le Jura, en Haute-Savoie, dans le canton de Genève et de Neuchâtel.

    C'est Alexis Armengol qui signera la mise en classe.

     

    *

     

    J'ai écrit une première version du texte cet été, puis une seconde pour ancrer le personnage un petit peu plus dans le réel, même s'il reste lunaire, poétique, avec son aversion pour les frontières et une langue qu'il se fabrique avec application. Et puis encore une troisième version, parce que certaines des portes (les plus politiques), je n'avais fait que les entrouvrir, parce que j'ai eu la très désagréable certitude de tourner autour de quelque chose, et de passer à côté du centre.

    "Le monde est là, bien plus fort que le moindre des textes. Impossible de tricher, de biaiser. Il faut être dans la vérité, aussi poétique et transformée soit-elle. Surtout pour parler à des ados. On n'a pas le droit de se cacher, de les prendre pour des imbéciles, de ne pas leur donner tout ce qu'on a au fond du ventre. On ne peut pas parler d'une chose à moitié. On ne peut pas effleurer, il faut aiguiser, durcir. Sculpter, tendre. D'une version à l'autre: disspier la brume. Acérer les lames." (notes sur carnet).

    Le texte reste plutôt léger, le personnage souriant,  comme il dit "sympathique", j'espère complice avec les spectateurs. Et je pense à cette phrase de l'ami Antoine Wauters qui écrit "des choses dures avec des mots doux". Peut-être de cette famille-là, Viktor.

     

    Impeccable

     

     

     

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