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    Voici, avec un peu de retard, le lien vers l'émission de France Culture autour du projet J'ai 20 ans qu'est-ce qui m'attend?  L'intégralité des textes, et des interviews de tous les participants du projet... Une plongée dans cette belle aventure de la fin 2010:

    A écouter en ligne ici!

     

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    Et pour conclure, alors que les représentations à Théâtre Ouvert se sont achevées samedi soir, avant celles d'Epinal la semaine prochaine, voici, saisies au vol, quelques images de la jeunesse au fil du spectacle, dans les textes comme dans la mise en espace...

    En espérant que cette jeunesse aura une suite...

     

     

    Actualités

     

    [ Pauline Jambet, Noémie Rosenblatt et Juliette Peytavin]

     

     

    La jeunesse commence dans un carton (et finira dans une poubelle !)

    Elle sourit, elle doute.

    Elle ne sait pas si son sourire doit aller vers le haut ou vers le bas.

    Elle attend.

    Elle est éparpillée.

     

    Elle se situe par rapport à la génération précédente.

    Elle apostrophe.

    Elle distingue les jeunes et les vieux.

    Elle cherche des coupables et n’en trouve pas.

    Elle rêve de se plonger dans la réalité.

     

    Elle s’y plonge, dans la réalité, au moment de chercher un logement

    Elle est toujours dans / sur / au milieu des cartons.

    Elle n’a pas encore eu le temps de sortir de son emballage.

    Elle pourrait être estampillée « fragile », on ferait plus attention.

    Elle cherche un endroit où poser ses cartons.

    Elle cherche où faire son nid.

    Elle cherche comment s’asseoir confortablement.

    Elle a le cul entre deux chaises.

    Elle est ébranlée dans ses bases et dans ses relations.

    Elle est obligée de tricher, de jouer avec des règles du jeu qui n’ont pas été écrites pour elle.

    Elle est doit passer entre les mailles d’un filet qui n’a pas été pensé pour elle.

    Elle ne peut pas s’appuyer sur ses études, sur son travail.

    Elle doit toujours revoir ses ambitions à la baisse.

     

    Elle se regroupe en chœur, tente le dialogue.

    Elle se définit elle-même, dessine ses extrêmes.

    Elle se donne trois piliers : « pâtes, cv, Pôle Emploi ».

    Elle a arrêté ses rêves en route : « Et puis bon »…

     

    Elle se heurte à un mur de parpaing.

    Elle se heurte à l’impossibilité du collectif.

    Elle accuse à tort et à travers.

    Elle est injuste.

    Elle perd des forces vives.

    Elle sort de scène, petit à petit.

    Elle pardonne.

    Elle communique mieux par mails qu’en direct.

     

    Elle est écrasée par les chiffres qui découragent et tentent de la définir.

    Elle se recompose en chœur autour des désarrois et des parcours communs.

     

    Elle se raconte.

    Elle est sceptique sur l’égalité des chances.

    Elle s’oriente.

    Elle fait l’expérience des voies de garage.

    Elle fait de la mécanique, aussi.

    Elle écoute de tout.

    Elle n’a pas confiance.

    Elle coûte trop cher quand elle travaille.

    Elle rêve pourtant de se salir les mains.

     

    Elle rêve de liberté.

    Son visage s’illumine.

    Elle fait des projets.

    Elle jette un regard au ciel et connaît le nom des étoiles.

     

    Elle imprime ce qu’elle est au dos de ses t-shirts.

    Elle apprend de nouvelles règles.

    Elle force un peu la logique.

    Elle se fait une expérience.

    Elle n’est sûre de rien, mais ce n’est pas très grave.

     

     

     

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    VI- Conclure

     

    Le montage de textes se termine avec celui de François Bégaudeau, On stage, un crescendo de perplexité autour d’une fontaine à eau, où les gestes inutiles, les questions vaines, les tentatives de compréhension du monde s’entassent comme les gobelets au fond d’une poubelle de bureau. Métaphore de ce qu’est chacun dans le monde qui se dessine : jetable et non recyclable.

    Petit à petit les dialogues, les prises de position s’éteignent doucement, comme elles avaient commencé, reste Maxime et dans le regard qu’il adresse au public un grand point d’interrogation, puis Nathan, le « stagiaire guitariste » de la pièce, à la guitare, jouant comme un ultime pied de nez un morceau de Nirvana, concluant tout de même par l’énergie, par le sourire.

    Un ultime constat, extrait du texte d’Aurélie Filippetti, s’affiche sur l’écran. Sourire, aussi : « une étude statistique effectuée par deux chercheurs allemands à l’université de Princeton a montré que le fait de lire un article dévalorisant pour la jeunesse augmentait l’estime de soi des plus de 55 ans ».

     

     

     

    Théâtre Ouvert

     

    [Maxime Le Gall et Nathan Gabily, répétitions au studio de Théâtre Ouvert]

     

     

     VII- Filer

     

    Et puis, peu avant les trois présentations publiques, commencer à filer, passer dans la continuité d’une dramaturgie à l’autre, faire l’épreuve des écarts, des ruptures, des creux et des reliefs… Reparcourir le dessin. Trouver la précision du geste. C’est comme, si dans une mise en espace, on n’avait pas le choix d’être en plein dans le mille de chaque dramaturgie, trouver le genre exact, à chaque fois, la couleur. Et décliner, comme ça, la palette de la jeunesse, d’une écriture à l’autre.

     

     

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    Actualités

     

    [ Photo de répétitions, J'ai 20 ans qu'est-ce qui m'attend?, novembre 2010.

    Noémie Rosenblatt et Juliette Peytavin.]

     

     

     

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    En ce jour de première à Théâtre Ouvert, voici le "portrait d'une mise en espace" que j'ai essayé de dessiner au fil des répétitions. De l'écriture des textes aux premiers filages. Je n'ai pas encore terminé l'exercice, manquent les dernières étapes... à suivre...

     

    I- Saisir

     

    Des corps serrés autour d’une table, et une tension : celle de l’urgence, à parler de sa situation, de celle des autres, donner des exemples, des chiffres, mettre à profit chaque minute pour dessiner dans le détail l’ampleur des problèmes, des caractéristiques, des expériences. L’écoute est aiguisée, les rires fusent, les personnalités se révèlent. C’est dense. C’est important. Il n’y a pas de temps à perdre.

     

    Une carte se dessine : celle des études et formations de chacun, comme un labyrinthe codifié, des longues déambulations de stage en stage, les impasses, les échecs, les déconvenues, les désenchantements, les revirements de situation. Des couleurs apparaissent : le détachement, l’humour, le cynisme parfois. La colère et l’amertume. La joie de se reconnaître dans le parcours de l’autre, même si ça vient souvent appuyer là où ça fait mal.

     

    Nous sommes en juin 2010, à Théâtre Ouvert. Un groupe de jeune gens est réuni pour parler de son rapport au travail. Les cinq auteurs sont là, notent, posent des questions. La veille, d’autres jeunes sont venus parler de logement. Les anecdotes sont édifiantes : nous sommes à Paris, vivre et se loger requièrent une imagination débordante. Pendant les deux jours, deux militants de Jeudi Noir et de Génération Précaire alimentent le débat en donnant des exemples, des chiffres. Les prises de parole sont à la fois intimes et passionnées, on touche du doigt quelque chose qui est au cœur de cette génération, qui façonne sa vision du monde, de vivre, de se politiser. C’est comme la très nette impression d’être laissés à la porte de quelque chose, et de devoir inventer de nouvelles façons de vivre ensemble, de travailler, de trouver sa voie.

     

    Le lendemain, les auteurs récapitulent les contraintes de l’exercice. Les rencontres ne les ont pas laissés indemnes, ils se redisent les histoires qui les ont ébranlés, ils ont conscience que ce qui s’est dit entre ces murs n’est pas à prendre à la légère, même s’il y a eu de l’amusement, de la fraîcheur dans les rencontres.  Il leur reste à découvrir les vidéos des entretiens que Cécile et Maxime ont déjà menés à Epinal, auprès de jeunes dans des situations radicalement différentes de celles entendues à Paris.

     

    Ils auront ensuite l’été pour écrire un texte pour six comédiens qui interpréteront des rôles de leur âge. Chaque texte durera une vingtaine de minutes.

     

    Les premières questions dramaturgiques se posent : comment créer un lien entre le travail mené à Epinal et celui de Paris ? Va-t-on trouver une unité dans ces « jeunesses », ces témoignages ? Peut-on parler d’une jeunesse en général ? Comment ne pas écrire sur la jeunesse en général? Comment traiter de quelque chose qui appartienne vraiment en propre à cette génération, qui a entre 20 et 30 ans en 2010 et pour qui l’entrée dans l’âge adulte coïncide avec une crise économique ?

     

    Il s’agit d’écrire un texte à partir de ce qui a été saisi des rencontres et des situations, prendre sur le vif, opérer un saisissement : instantané vivant d’une génération en mal de place, mais qui a beaucoup à dire.

     

     * * *

     

     

     

    Octobre 2010. Nous recevons les textes des cinq auteurs. Le saisissement a opéré. A la première lecture, j’ai la sensation qu’il y a quelque chose d’assez anxiogène qui est passé des jeunes gens rencontrés aux personnages des textes. Les situations, pourtant parfois « réelles » ou partagées par beaucoup me donnent une impression d’étouffement que je trouve assez juste par rapport aux témoignages auxquels j’ai pu assister. On sent dans l’écriture même des textes, notamment celui de François Bégaudeau ou Arnaud Cathrine, une impression d’accumulation, d’entassement, comme si leurs personnages vivaient dans un monde où il n’y a pas assez de place pour tout le monde. Où il faut réinventer une nouvelle façon de vivre, à plusieurs, avec moins de confort. Sélectionner ceux qui partageront notre vie, notre travail. A la guerre comme à la guerre.

     

    Les textes nous parlent de quelque chose d’inconfortable, qui est pourtant une nouvelle donne avec laquelle il va falloir composer. Les personnages s’en accommodent: tout comme dans les rencontres préparatoires, rien n’est jamais du domaine de la plainte. Les constats sont précis, il s’agit d’expliquer au spectateur, ou aux personnages plus extérieurs, un état des faits. Ou d’apostropher les générations précédentes, comme dans le texte d’Aurélie Filippetti.

     

    Mais comme il n’y a pas d’espace propre possible, les rapports entre les uns et les autres deviennent vite crus, sinon violents. Les rapports de marché font leur incursion dans l’intimité même (partager son logement) et jusqu’à la transformation de son identité dans le travail (se définir par son statut, perdre son prénom…)

     

     Il y a quelque chose qui heurte et qui grince dans ce qui nous a été raconté. Je le retrouve dans chacun des textes. Mais cela n’exclut pas la tendresse. La malice. Ou l’envie de prises de paroles frontales et tranchées : cette jeunesse-là a quelque chose de très clair à dire. Elle a un regard sur elle-même, a conscience des concessions qu’elle fait, de ses impasses mais aussi de ses forces. Les textes lui ressemblent, tendres et dérangeants.

     

     

     II - Dessiner.

     

     La première journée, on parcourt tout le corpus. Des italiennes, une première mise en espace, instinctive, improvisée. On prend la mesure des différentes langues, on passe d’un registre à l’autre, d’une théâtralité à l’autre. On change d’angle, de point de vue, de distance sur la jeunesse à chaque nouveau texte. Du quotidien au politique, de l’intime à la parole plus publique…

     

    Dans l’espace aussi, chaque texte propose quelque chose de différent. Ce ne sont pas les mêmes sphères, pas les mêmes logiques de circulation, pas le même fonctionnement des corps.

     

    Le texte d’Aurélie Filippetti, découpé en quatre séquences, constitue l’espace commun : celui du chœur, du dialogue qui s’écoute, ne s’écoute pas, se passionne, rebondit, s’étonne, murmure et constate. Mais ce n’est pas un texte documentaire, plutôt une partition, presque musicale, qui demande de travailler la précision dans l’enchaînement et la superposition des voix. Des micro-dialogues se dessinent, des regroupements, des complicités, des oppositions. Toujours très douces, jamais vindicatives.

     

    C’est ce qui me frappe dans le travail, la douceur et la légèreté qui s’installent, alors même que les réalités abordées ne sont pas réjouissantes, et dressent le portrait d’une génération qui pour la première fois, sans doute, vivra moins bien que celle de ses parents. Les personnages / comédiens font des constats simples. Il n’y a ni plainte, ni gravité. Malgré tout ce qui est dit, ils prennent le monde comme il est. Ils restent curieux, malicieux, complices.

     

    Le lendemain, on commence à fixer des choses, à faire un premier dessin. On fabrique une dentelle dans le calage des voix et des volumes. On fait de la musique avec les mots, on dessine une partition avec les corps.

     

    C’est comme ça que commencera la mise en espace : il suffit que l’un parle pour que chacun ait quelque chose à dire. Tout le monde est concerné. On retrouve l’urgence de parole, et de récit, qui a caractérisé les entretiens du mois de juin. L’urgence de faire état de son histoire, de sa situation, de son point de vue. Les particularités, les anecdotes se mêlent et dessinent les grandes lignes de l’époque. C’est l’urgence de parler qui déterminera les espaces à prendre.

     

    C’est un dessin qu’il s’agit de faire, sans que le trait soit trop appuyé, sans que l’objet soit définitif. Précis dans ses lignes, lisible au premier regard. Une mise en espace des corps mais surtout des mots. Le travail consiste beaucoup à retenir le sentiment, la chair du théâtre. Les textes prennent à eux seuls en charge l’émotivité des situations, la passion des prises de position.

     

    Les acteurs sont plutôt les garants de la partition. Les dessinateurs précis. Les petites notes sur la portée. Et dans cette retenue, on les voit, eux, leurs visages, leurs personnalités, sans composition, sans fabrication. Ils n’ont pas à faire semblant d’être ces jeunes personnages. Ils partagent réellement leurs préoccupations. Beaucoup de choses viennent d’eux. Et petit à petit ce sont leurs curiosités, leurs enthousiasmes, leurs maladresses qui apparaissent.

     

    Mettre en espace ces cinq textes, c’est aussi une question de matière. De densité. Il faut savoir rester en surface. Faire entendre l’écriture sans s’y plonger corps et âme. Rester au niveau de la page. Dessiner, vraiment. Il faut savoir flotter à la surface des écritures, mais flotter avec précision. Parfois il faut tendre. Créer les cadres et les points cardinaux comme pour tendre la toile. Rendre visible l’ensemble. Déplier l’enluminure. Il faut, pour chaque texte, trouver une forme dans une certaine rigidité pour que le texte tienne : la mise en espace est un support, un cadre au sens presque propre, non tant pour jouer le texte que pour lui donner une tension, une tenue. Le rendre visible.

     

    Et pour cela, arriver à la forme la plus simple possible.

     

    Et parfois, retracer avec un accessoire, un déplacement, les scènes qui manquent pour les spectateurs. Tisser du lien entre les ellipses. Suggérer ce qui se passe dans les blancs de l’écriture, sans trop en dire, sans vouloir résoudre ce qui ne peut pas être résolu.

     

     

    III – Tracer les cadres, dresser les plans

     

     

    Nous continuons les dessins, entrons dans le détail du texte de Maylis de Kerangal, A la rue, continuons d’explorer la choralité du texte d’Aurélie Filippetti et déroulons le monologue de Joy Sorman : son texte propose un autre fonctionnement du chœur, en appui, en contrepoint, ponctuation discrète, en arrière-plan du monologue d’une jeune femme apprentie.

     

    Dans cette étape du travail, il s’agit aussi d’organiser les différents plans du dessin. Définir le centre et l’organisation des déplacements autour de ce centre. On définit les gros plans (en général, ils sont assez clairs dans l’écriture) et les images qui viennent en renfort, autour. La toile de fond. La ligne des corps importe beaucoup.  Rien ne doit être illustratif, et l’économie des mouvements reste le maître mot, mais parfois un déplacement vient créer une suspension ou une accélération du temps.

     

    Le regard des spectateurs passe du plan large au plan resserré, dans l’image dessinée par les corps et l’écran sur le plateau, mais aussi dans les thèmes abordés par les textes, qui s’intéressent tour à tour à des éléments très personnels ou au contraire, plus généraux.

     

    La mise en espace est une traduction en trois dimensions des dimensions présentes dans un texte. Les couches de sens, les niveaux de langue se tiennent maintenant debout. Dépliés.

     

    Et toujours, on tend la toile, on tend les situations : c’est bien de tension qu’il s’agit, dans chacun des textes, conflit presque palpable ou bien tension qui naît des grands écarts enre les personnalités et les situations sociales de toutes les personnes ayant participé aux entretiens. (Paris / Epinal, ceux qui ont fait des études supérieures / ceux qui sont en apprentissage depuis l’âge de 14 ans…).

     

     

     IV- Projeter

     

    L’écran central devient, de fait, espace métaphorique du texte que l’on tend, que l’on fait tenir debout, à qui l’on donne une densité, une verticalité. Il expose le dessin des corps et celui des voix… C’est aussi le cadre, sur lequel se découpe tantôt le chœur, tantôt le personnage de Lucie, dans le texte de Sorman, par exemple. Le cadre de l’espace mental de la jeune femme, et le cadre social sur lequel elle se détache.

    Et puis c’est celui sur lequel se projettent les discours lus ou entendus (dans le texte d’Aurélie Filippetti) : un comédien passe devant l’écran, capte la lumière du vidéo-projecteur et un nouveau sens apparaît : voilà les chiffres, les mots officiels, les statistiques qu’on nous colle dessus. Le discours annule le visage et le corps, le discours décourage, et il faut s’en détacher pour imaginer une action commune.

    Dans le texte de François Bégaudeau aussi : des mots imprimés dans le dos des personnages, sur leurs t-shirts. Ce qu’ils sont, ce qu’ils cherchent. Les étiquettes emblématiques. Les mots collés à la peau d’une génération (« précarité », « stage », « coloc », « logement »…)

     Le texte a débordé de la feuille, il a pris l’espace, mais il a surtout marqué les corps.

    Les textes se matérialisent à mesure que le travail se densifie. Les traits du dessin prennent de la rigueur, sous la coupe de la police d’écriture. On continue à maintenir les lignes droites.

     Pour le texte d’Arnaud Cathrine, ce ne sont pas les mots qui se matérialisent sur l’écran de projection, mais la matière du mur, de la cloison dont il est question et qui avive toutes les tensions entre les personnages. L’abus du pouvoir du propriétaire prend un corps imposant de parpaing : elle est immuable, la décision qui fait se déliter l’humain. La violence sous-jacente de ce texte se dessine sur le mur, auquel semblent adossés les six personnages, assis sur un grand canapé. C’est le radeau sur lequel ils se resserrent ou duquel ils s’échappent, le petit coin de confort qui leur reste et sur lequel ils se rallient pour juger le visiteur extérieur et en faire ou non un des leurs. Petit pouvoir qui fait sortir les couteaux, quand l’air vital vient à manquer et quand la peur s’installe.

     

    V- Styliser

     

    On glisse alors dans l’univers du texte de François Bégaudeau, On Stage.

    Voici que, comme une pirouette répondant à tous les autres textes, dans celui-ci c’est la perplexité qui envahit tout. Le monde semble devenu incompréhensible pour les personnages, qui errent, occupent vaguement les places qu’on leur confie, et passent le reste de leur temps à méditer sur le leurre, le mensonge et l’imposture. Autour d’une machine à eau, emblématique d’un réel sur lequel il n’y a aucune prise.

    Comme dans le texte de Maylis de Kerangal, la situation en apparence quotidienne cache un gouffre de désarroi. Un vide, un vertige.

    Pour mieux le faire lire sur le plateau, le dessin de la mise en espace doit être stylisée à ces endroits du projet, et faire intervenir le jeu des acteurs (code de jeu masqué, grossissement des traits…). Tendre par le jeu des ressorts dramatiques pour mieux être saisis par la détente du ressort et le monde autour tel qu’il est écrit par les auteurs : tournant à vide.

    C’est comme faire un gros plan sur l’absurdité des gestes qui nous gouvernent, charger le trait des codes et des convenances pour qu’apparaisse, en creux, l’ampleur des déconvenues.

    (à suivre...)

     

     

     

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