• L'air du temps et la chanson unique

     

    L'air du temps et la chanson unique

     

    Dans ma besace d'été, après le repos pris, plagesque et verdoyant, il y a une vingtaine de manuscrits, noms inconnus sur la couverture, morceaux d'univers tout jeunes ou confirmés, et donnés en pâture à l'opinion d'autrui. Et autrui c'est parfois moi depuis trois ans, au rythme de dix textes par mois environ, à lire, soupeser dans leurs forces et faiblesses, avec toujours cette crainte de faire erreur, de passer par fatigue ou agacement à côté de la perle rare... 

    Bien sûr j'en dirai peu ici, sur les enthousiasme et les écueils, voilà la part de mon travail que je ne peux en aucun cas rendre publique, juste dire que ces lectures ont pour but d'alimenter un groupe de réflexion sur les écritures contemporaines, au sein d'un théâtre (le théâtre national de la Colline), qu'il s'agit d'un travail avant tout interne, "souterrain" même si régulier et rigoureux, et qui a permis quelques rencontres entre textes et metteurs en scène, pendant ces trois ans, dont certaines créations de la saison, ce qui n'est pas négligeable, se lança-t-elle quelques fleurs.

    Il y a parfois les découragements, quand parmi les centaines de manuscrits nous ne voyons pas ou plus celui qui pourrait provoquer la rencontre, l'étincelle et le désir de théâtre avec ce groupe-là en particulier, mais ce qui me tient à cette mission (déjà éprouvée lorsque j'était étudiante, à Théâtre Ouvert, ou encore au TNS), c'est ma curiosité encore vivace (ouf! Des fois je perds l'enthousiasme, mais non, c'est bon, c'est là, c'est revenu!) et surtout le plaisir de me promener dans l'imaginaire d'une époque, de ricocher parmi les motifs récurrents, de radiographier un peu de quoi est fait, conscient ou inconscient, l'imaginaire collectif.

    Inutile de vous dire qu'il n'est pas joyeux joyeux. Qu'il se développe pas mal dans des contrées totalitaires, dans des pays dévastés socialement, dans les névroses, dans les crises de tous ordres. Partout il y a des meurtres, des guerres, des figures mythologiques qui ont la peau bien dure, des familles destructrices, des pères et mères d'écriture dont il est difficile de s'émanciper. On trouve des courants, des fraternités d'écriture même parmi des auteurs qui ne se connaissent pas, qui n'ont vraisemblablement pas grand chose à voir entre eux. On entrevoit parfois le labo de nouvelles formes en train d'émerger. On constate les récurrences. On est bien en peine d'en tirer des conclusions, mais on note, on pointe, on tente d'appréhender le paysage, toujours mouvant, des nouvelles écritures issues du magma de l'époque.

    (Cette fois par exemple, la majorité des textes théâtraux que j'ai à lire sont composés de récits. Et qu'écris-je moi-même en ce moment? Je vous le donne en mille? Des récits.)

    Et puis parfois, la vraie émotion d'une voix unique qui s'élève. Magique quand c'est un premier texte, même maladroit, mais qu'on peut se dire: "il y a quelque chose, là, il y a vraiment quelqu'un derrière". Pas seulement quelqu'un qui a l'envie et l'habileté d'écrire, mais quelqu'un qui en a la nécessité vraie. On peut se tromper, mais quand on flaire quelque chose de cet ordre, ça fait le coeur tout mou, on a l'impression d'une vraie rencontre, de l'émergence d'un visage.

     

     

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