• L'amour d'une femme et Le corps plein d'un rêve, de Claudine Galea

     

     

    L'amour d'une femme et Le corps plein d'un rêve, de Claudine Galea

     

    Deux livres dont je vais parler tout ensemble, parce que je les ai lus l'un à la suite de l'autre, dans le même mouvement, parce que dans ma tête les liens à l'autre sont étroits, qu'ils sont faits il me semble de la même matière, de la même étoffe.

    L'amour d'une femme (Seuil, 2007) est un récit, aux chapitres courts, aux phrases directes, précises: une femme est amoureuse d'une autre femme, il y a le temps de la rencontre et surtout celui de la perte, violente, inexplicable. Il y a le corps qui s'était découvert plein de lumière et qui d'un coup, d'une claque presque, se voit renvoyé à son extrême fragilité. C'est l'histoire d'une femme qui tremble, dans la joie comme dans la déchirure, et nous invite dans son corps, un paysage prêt à l'immensité du calme ou des séismes:

    " D'où ça vient, une douceur pareille? Tu avais cette marée montante en toi que tu ignorais? Tu fermes les yeux. Depuis que tu ne peux plus la toucher, tu fermes les yeux. Tu enfermes cet océan à l'intérieur de toi, tu barricades tout, tu serres les jambes, tu mets tes mains sur ta bouche, tu sanglotes sans bruit. Ça se met à tressauter dedans, ça te bouscule de spasmes, de hoquètements, ça te bascule en avant, ça te plie en deux, tu tombes à genoux, tu gardes les yeux fermés. Dans la rue, les gens s'approchent de toi, te mettent la main sur ton épaule, te demandent si ça va, si tu as besoin d'aide. Tu n'ouvres pas les yeux, tu les gardes obstinément fermés jusqu'à ce que la tempête s'éloigne, s'enfouisse plus loin à l'intérieur de ton corps, de ta tête. Tu remercies, tu dis que ça va, tu te relèves, tu bois un peu d'eau à la bouteille en plastique que tu as toujours sur toi. Cette fois c'est passé. Cette fois encore, une nouvelle fois, passé." (L'amour d'une femme p.18)

    Le désastre de la rupture est exploré en parallèle de la force de la rencontre et de l'amour. Mêmes images, même eau qui baigne tout (le récit commence au bord d'une piscine), la douleur toujours adoucie par le souvenir de la passion, et tout en même temps ravivée, l'écriture de Claudine Galea est la maillage étroit de ces contradictions propre à l'amour et à la perte.

     " On ne t'avait pas dit comment c'était doux à aimer le corps d'une femme. On ne t'avait pas dit qu'aimer une femme c'était lent et profond. Et sans fin. On ne t'avait pas avertie que c'est terrible quand ça s'en va. Quand l'amour d'une femme vous quitte. Quand une femme vous blesse, quand elle devient cruelle, quand elle retire ses mots d'amour, ses promesses d'aimer toujours. Tu ne connaissais pas la souffrance avant elle. Tu ne connaissais pas la détresse. Tu n'avais jamais perdu le contrôle de ta douleur avant elle." (L'amour d'une femme p.82)

    *

    Dans Le corps plein d'un rêve (éditions du Rouergue, 2011), Claudine Galea remonte le temps jusqu'à l'adolescence, pour faire le récit, tout aussi charnel, tout aussi puissant, de sa rencontre avec la voix de la chanteuse Patti Smith. En parallèle, elle se met dans la peau de cette chanteuse de trente ans devenue une idole, et se plonge dans ses propres souvenirs, associés au choc de cette découverte. Les deux voix se mêlent et dialoguent. Deviennent indissociables, amour accompli le temps d'un récit, le temps d'un livre, le temps pour la jeune fille de devenir une femme.

    " La belle de Horses avait mis quelque chose à nu. Pantalon-chemise-cravate, entourée d'hommes aux claviers-guitares-drums, c'est elle qui a les cheveux les moins longs du quatuor, la belle, la rebelle ne se fiant qu'à sa propre voix, sa voix de femme, ses mots de femme, sa rage de femme. De sa voix à son corps, ce frisson, Never return into my arms cause you are gone gone gone. Oui vas-y, pars, tire-toi. J'avais bien entendu. La voix plus que le message, ma tête pleine à ras-bord, ras-le-bol des messages, ma mère grande prêtresse des messages-injonctions-conseils-avis-ordres-recommandations.

    La voix. Prémonitoire. Révélatrice. Correspondance secrète, ça s'appelle, vous savez bien, la chose incroyable qui arrive à l'adolescence et qu'on sait pour toujours, qu'on s'en serve ou pas." (Le corps plein d'un rêve p. 19-20)

     Il y a encore la mer, les vagues qui s'emparent de vous et vous propulsent vers l'avant ou vous gifflent, c'est sur une plage que la révélation a lieu, c'est à un océan déchaîné que le concert ressemble.

    Si j'aime l'écriture de Claudine Galea quand elle exalte l'amour qui rend folle, c'est qu'elle est un contrepoids puissant à tout le cynisme ambiant, à toute frilosité, et qu'elle nous jette aux yeux, au corps, ce qu'être humain veut dire, du fond du ventre.

     

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