• La Furiosité

     

     

     

     

    Il faut que je remercie ici une quarantaine de personnes. Avant que le travail, l'enchaînement des choses, me fasse oublier ce qui vient de se passer. A Chambéry. Pendant une semaine. Avant que je ne m'habitue à cette nouvelle casquette et qu'elle cesse de me boulverser. Avant que la fatigue retombe tout à fait. 

    Le projet est ambitieux et c'est ce qui m'a plu. La façon dont il est pensé, précis, cadré, généreux, aussi. A l'invitation de l'Espace Malraux, scène nationale de Chambéry, et de Pascale Quezel, chargée des relations avec le public, deux groupes ont découvert cette semaine le travail de théâtre, écriture et plateau. Deux classes de première en lycée professionnel, de deux lycées différents, ont été invités à suivre tour à tour la même proposition autour d'un spectacle de la saison, en l'occurrence Tout ce qui nous reste de la Révolution c'est Simon, par le collectif l'Avantage du doute, autour des héritages de mai 68.

    Deux jours de travail. Douze heures d'ateliers avec Christian Giriat et moi. Une rencontre avec l'équipe du spectacle. Un spectacle. Des textes à retravailler, à mettre en forme. Une première connaissance du plateau. Des timidités et des fous-rires mais pas tant que ça. Ces élèves-là savent ce qu'ils veulent, et ce qu'ils veulent c'est y aller. Se lancer. En être. Ils ont une soif d'apprendre qui me fait penser que je ferais bien de la rechercher en moi plus souvent, cette fraîcheur aux yeux grand ouverts. Je les ai vus, ces yeux, qui n'en perdaient pas une miette, même cachés derrière une mèche de cheveux. 

    Je vous ai vus. Vous, "jeunes de 15 à 22 ans", comme le dit un de vos textes. J'ai été touchée par la façon dont vous avez joué avec confiance à tous les jeux que je vous proposais, comme vous avez rattrapé toutes les balles, et si à un moment où à un autre il était plus difficile de trouver l'entrée ou le moteur pour avancer, vous en avez fait un aveu sincère. Vous avez tenu bon, avec sourire et douceur. 

    Vous avez revendiqué le droit de vote à 16 ans et plus de considération, l'égalité hommes-femmes, la fin de l'oppression au Maroc, un changement de Président, le pain gratuit, des aides pour les jeunes, la légalisation des drogues douces et, parce que c'est ce qui vous touche tous les jours, une meilleure nourriture au self. Vous avez listé des mots, évoqué Germinal et Che Guevara, parlé de vos expériences de blocus au lycée, beaucoup parlé de grèves et de réformes des retraites. Vous avez affirmé des choses dont vous ne doutiez pas, vous avez trouvé tous seuls des moteurs pour aller plus loin, vous avez appris à ouvrir des boîtes et à vous servir des mots. Vous nous avez fait de beaux aveux et de très jolis mensonges. Vous vous êtes écoutés et soutenus les uns les autres. Vous avez éprouvé sur scène, tour à tour, le collectif et la solitude. 

    Alors quand l'un d'entre vous, peu de temps avant de terminer, a demandé à Christian s'il devait "continuer dans la furiosité" pour dire son texte, ça a fait tilt chez plusieurs des auditeurs. Oui, Karim, il faut continuer dans la furiosité, cette fureur joyeuse d'être curieux. Merci de m'avoir transmis de votre furiosité, elle n'est pas toujours facile à entretenir, dans un milieu où on se côtoie souvent sans partager l'essentiel. 

     

    La Furiosité

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 23 Octobre 2011 à 19:00

    magniifique

    2
    Un Panda égaré
    Mardi 25 Octobre 2011 à 19:57

    Merci de nous avoir fait partager cette expérience avec ce beau texte.

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