• Le discours de Stockholm, de Claude Simon

     

    Le discours de Stockholm, de Claude Simon

     

    Se remettre au travail d'écriture, c'est aussi poursuivre la boulimie de lectures, traquer tout ce qui va dans mon sens, la mauvaise foi totale au service de la création: lire tout ce qui me conforte dans le chemin entrepris, car plus que jamais l'impression qu'il n'y a que le chemin qui compte (celui de l'écriture, de l'invention en train de se faire), qu'il n'y a que cela à raconter pour animer tout le reste (les histoires, les figures).

    Alors, bien sûr Le discours de Stockholm de Claude Simon, dont un article de Claro m'avait convaincu de la brûlante nécessité en cette rentrée littéraire où s'entassent les romans, les bien ficelés, les palpitants, les divertissants, les vides, aussi.

    Ne pas refaire le discours (quelques pages, vivifiantes, chez Minuit), où Simon remercie pour l'attribution du Nobel et répond aux critiques françaises et aux étonnements. Lui, un presque inconnu en France, du moins du grand public , aux romans qu'on disait confus ("sans commencement ni fin"), sans doute un coup du KGB qui aurait noyauté l'Académie Nobel, ou la preuve que "le roman est définitivement mort"... Il répond d'ailleurs très forntalement au critique auteur de ces derniers mots:

    " Il ne semble pas encore s'être aperçu que, si par "roman" il entend le modèle littéraire qui s'est épanoui au cours du XIXème siècle, celui-ci est en effet bien mort, en dépit du fait que dans les bibliothèques de gare ou ailleurs on continue, et on continuera encore longtemps, à vendre et à acheter par milliers d'aimables ou de terrifiants récits d'aventures à conclusions optimistes ou désespérées, et aux titres annonceurs de vérités révélées comme par exemple La condition humaine, L'espoir ou Les chemins de la liberté".

    Il cite Marx, revient à l'étymologie du poème, qui est faire, travail, laborieux, fustige l'imagerie de l'inspiration comme grâce divine, tout autant que la fabrication toute une fable qui ne viserait qu'à amener sa morale pré-conçue. Il revient donc à ce travail qu'est l'écriture, qui n'a pour matière première qu'elle-même en train de se faire. Et c'est là qu'il tombe à pic dans mes préoccupations du moment.

    "Eh bien, lorsque je me trouve devant ma page blanche, je suis confronté à deux choses: d'une part le trouble magma d'émotions, de souvenirs, d'images qui se trouve en moi, d'autre part la langue, les mots que je vais chercher pour le dire, la syntaxe par laquelle ils vont être ordonnés et au sein de laquelle ils vont en quelque sorte se cristalliser.

    Et tout de suite, un premier constat: c'est que l'on n'écrit (ou ne décrit) jamais quelque chose qui s'est passé avant le travail d'écrire, mais bien ce qui se produit (et ce dans tous les sens du terme) au cours de ce travail, au présent de celui-ci, et résulte, non pas du conflit entre le très vague projet initial et la langue, mais au contraire d'une symbiose entre les deux qui fait, du moins chez moi, que le résultat est infiniment plus riche que l'intention.

    (...) ce que l'écriture nous raconte, même chez le plus naturaliste des romanciers, c'est sa propre aventure et ses propres sortilèges. Si cette aventure est nulle, si ces sortilèges ne jouent pas, alors un roman, quelles que puissent être par ailleurs ses prétentions didactiques ou morales, est nul lui aussi."

     


     

    « Chroniqué par les Muses30 secondes de déluge (crescendo) »
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  • Commentaires

    1
    Dimanche 4 Septembre 2011 à 00:49

    Grand merci. Je vais tenter de me le procurer. Cela semble être en lien avec mes préoccupations du moment. Belle soirée. Bonnes lectures!!!

     

    2
    Mariette Profil de Mariette
    Dimanche 4 Septembre 2011 à 11:33

    Je te l'amène cet aprem si tu veux. Bises.

    3
    Dimanche 4 Septembre 2011 à 11:37

    Génial!!! Merci!!!

     

    4
    Dimanche 4 Septembre 2011 à 14:41

    "la mauvaise foi totale au service de la création"... Tu me permettras de voler ta formule ?

    5
    Mariette Profil de Mariette
    Dimanche 4 Septembre 2011 à 14:46

    héhé, c'est plus qu'une formule, c'est un art de vivre ;-)

     

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