• Le silence des frigos

     

    Prendre le rôle de chercheurs, c'est aussi ouvrir des portes fermées depuis longtemps, essayer sans arrêt de décaler notre regard, essayer de voir un peu plus loin et d'apprendre, au-delà des apparences. Avec l'aide des habitants, leurs connaissances, leurs souvenirs. C'est tout ça, faire parler les objets. Ou les lieux qui se sont tus, les espaces figés dans le temps, suspendus dans le silence. Tout semble s'être arrêté la veille, et pourtant les années doucement commencent à  donner à ces espaces une allure d'abandonnés.

    Nous sommes entrés dans le frigo, grand bâtiment sur le Littoral, qui a vu jusqu'à 300 employés travailler au conditionnement du poisson, ces dernières années pour Interpêche. Mais il y a deux ans, tout s'est tu, et aujourd'hui ce sont les mouettes qu'on entend à travers le bleu de la tôle.

    Et cette impression récurrente, d'être une génération qui arrive toujours après que les choses aient fini d'exister, après l'effervescence, après le temps où il y avait de l'animation, de l'argent pour faire des choses. Alors: écouter ce qui résonne dans les espaces vides, dans les rétrécissements, et se faire une mission de ce pas de côté: l'invention de nouveaux territoires, de nouvelles façons de vivre, de nouveaux vacarmes. Ré-enchanter, non pas pour distraire, surtout pas pour ça, mais pour ouvrir des espaces d'invention, dans ce silence qui précède le début d'une nouvelle musique.

    Y croire, vraiment, à ce qu'on met de sens dans toutes nos fantaisies: ce qui est pensé, inventé du moins existe quelque part, et trouvera toujours à s'exprimer, n'en déplaise aux carcans économiques.

     

     

     

     (Le frigo, Saint-Pierre, 15 mai 2014)

     

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