• Le temps, les textes...

     

    Cher lecteur,

    Pendant que je m'occupe à attraper mes premiers coups de soleil de l'année au bord du lac du parc de la Tête d'Or en compagnie des 474 946 autres lyonnais qui ont eu la même idée (source Wikipédia, 2008), mes textes, eux, travaillent, avancent, et passent bravement les étapes du parcours du combattant des textes.

    Créant parfois dans ma boîte mail d'étranges conjonctions, comme aujourd'hui, car les lecteurs de textes de théâtre ne connaissent pas les dimanche, et je sais de quoi je parle, ayant moi-même prévu de passer l'après-midi à faire descendre la pile de textes que je dois lire ce mois-ci pour le groupe de lecteurs du théâtre de la Colline.

    Aujourd'hui Nous les vagues a engagé un sprint final puisque je suis en train de relire les épreuves pour la publication chez Quartett à la fin du mois. Emouvante étape, tandis que son aîné, Alors Carcasse, atteint l'extrême maturité d'un mois d'existence sous forme de livre, avec une vie folle dans toutes les librairies de France et de Navarre, les milliers de commandes et les lecteurs conquis, émus voire haletants, qui inondent ce blog de commentaires dithyrambiques et incontrôlables, etc...

    Mais j'ai aussi la bonne surprise d'apprendre que ce même texte, sous son titre ancien, est retenu dans la sélection du comité de lecture du théâtre de l'Ephémère du Mans, où je l'ai envoyé il a deux ans environ, alors que j'y mettais le point final, et avide de le "tester" partout où je pouvais ("théâtre" et "littérature") sans savoir qu'il allait être retenu par Cheyne quelques mois plus tard. Avide de le faire lire, parce que les lecteurs de théâtre sont des lecteurs exigeants, méthodiques, et qu'en règle générale ils disent si un texte les intéresse, même deux ans plus tard.

    L'impression, ce matin (oui, il est 14h, mais on est dimanche), de me retrouver à l'instant de la rencontre entre deux réalités parallèles, deux "vies" de mes textes, la vie "publique" (édition) et la vie souterraine des réunions secrètes ou sans doute chaque page a été soupesée, débattue, (je pourrai faire un pari sur: "oui mais c'est du théâtre ou c'est pas du théâtre?"), où la victoire-de-ceux-qui-se-foutent-que-ce-soit-du-théâtre-ou-pas-du-théâtre a sans doute été arrachée péniblement, où il a fallu comparer des écritures incomparables, des sensibilités incomparables, des démarches incomparables, des esthétiques incomparables.

    J'en viens donc à l'objet de ce billet, l'hommage aux lecteurs professionnels (ou amateurs), aux petites mains et petits yeux caché derrière les théâtres, qui font, du moins, que les textes circulent, s'échangent, continuent à vivre. Ils créent une vie parallèle, pour des textes qui parfois circulent pendant plusieurs années dans l'attente de LA rencontre avec un metteur en scène, une équipe, un projet.

    Mais c'est là, bien souvent, que le travail acharné et passionné atteint ses limites, les textes sont défendus mais c'est sans doute encore dans un troisième univers que des metteurs en scène et directeurs, sans connaître l'auteur par ailleurs, prendront le risque inconsidéré et si peu rentable de programmer un "jeune auteur" (rien à voir avec l'âge), un auteur vivant, un auteur contemporain*. Alors, tout de même, grands seigneurs, on leur réserve des espaces bien délimités, des soirées de lecture, des rencontres, des "événements" en marge, en plus, en bonus. Et c'est très bien, et ça permet de se rendre compte qu'il se crée peu à peu un public-de-lectures, de passionnés de la rencontre avec le balbutiant auteur contemporain, des spécialistes des soirées VIP... On est entre soi, on se connaît bien, on prend des nouvelles.

    Tout ça pour dire, que les limites spatio-temporelles ne sont pas toujours très souples entre les différentes vies d'un texte, que les choses ne s'enchaînent pas organiquement, de l'écriture à la lecture, puis au spectacle, puis à l'édition. On tire un peu dans tous les sens, on fait ce qu'on peut, on saute souvent la case spectacle, ou édition, ou les deux, et parfois les temps se croisent, se chevauchent, se font écho.

    Ou, dans certains cas, les projets se font concurrence, chose que je n'arrive toujours pas à comprendre, lorsque par hasard deux projets naissent parallèlement au sujet du même texte, et que l'une des deux équipes demande une exclusivité pour un projet qui, au final, ne se fera peut-être pas, ou bien en 2076 à la MJC de Trifouillis-les-asticots. (Je n'ai jamais été dans ce cas-là, mais ça s'est vu, or je rêve, en tant que lectrice plus même qu'en tant qu'auteur, que les mises en scène des contemporains se multiplient comme celles des classiques, on a bien vu 8000 Cerisaies la saison dernière, pourquoi pas 8000 tentatives simultanées sur des textes écrits aujourd'hui? Pourquoi n'y aurait-il pas aussi 8000 façons d'en faire entendre les portées et les échos? Et pourquoi les tentatives ne pourraient pas se nourrir les unes les autres plutôt que de s'annuler? Pourquoi faut-il être absolument le premier découvreur d'un texte sinon rien, et non pas un passeur de plus? **)

    Bon, vous me ferez penser avant que je me calme à écrire aussi sur l'instrumentalisation des auteurs par les théâtres, mais en attendant, j'ai de la lecture et il fait beau dehors!

     

    * Ma mauvaise foi, toujours, m'oblige à passer sous silence des théâtres et des festivals exclusivement consacrés aux écritures contemporaines, ils sont formidables, et ce sont même les lieux que je connais le mieux dans mon travail de dramaturge, mais bon, quand même, ça reste marginal, non?

    ** Encore une fois, ma mauvaise foi, parce que je sais les réponses é-co-no-miques... mais bon, ça fait du bien de mettre les pieds dans le plat à 14h27 un dimanche matin.

     

     

     

     

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