• Le texte à venir

     

     

    Moment étrange où, après avoir travaillé plusieurs mois sur la fabrication d'une pièce, tout d'un coup on entrevoit la fin. On l'entrevoit, on ne la tient pas tout à fait, on l'a encore sur le bout de la langue. Le brouillard, le doute n'ont pas tout à fait fini de se dissiper, mais au moins ce qui est derrière, les deux gros premiers tiers, sont posés et commencent à arrêter de me glisser entre les mains à chaque fois que je vais pour les toucher. Il y a un mouvement que je peux enfin identifier, il y a quelque chose qui avance. 

    Je commence à sentir le poids, la juste constistance de Prodiges®, qui a fini de me couler entre les doigts comme de l'eau et se laisse maintenant saisir et tendre, épaissir. Bientôt sculpter, ciseller dans les détails. Retailler au métronome. J'espère. Faire de mes gros sabots un peu de dentelle, c'est ce que je préfère.

    Je ne sais pas encore à quoi ressemblera dans les corps et dans les voix ce nouveau texte si différent des autres. Je me dis: surprise! et félicitations madame, c'est une comédie, si on m'avait dit... Je tremble de ne pas être à la hauteur du genre, et d'être allée trop loin dans mon goût de la blague et du jeu sur les mots. Je m'amuse avec des personnages qui s'amusent, et pourtant je m'entends crier les mêmes cris politiques. je ne sais pas encore vraiment ce qui ressortira de ce nouveau magma.

    De ce qu'il me raconte, des portes qui s'ouvrent à mesure que je l'écris, des liens qui se tissent à mille autre pensées, sous forme de clins d'oeil, je ne sais pas encore ce qui parviendra au lecteur, au spectateur. Pour être sûre que le texte ne me trahisse pas, qu'il ne s'égare pas, qu'il ne cède pas à mes facilités il faudra le relire, le relire, le relire encore. Travailler. Vérifier que les fils sont bien tirés d'un point à l'autre. Resserrer tous les écrous. Afiner le sens, pousser les ouvertures jusqu'au vertige. Spectateur, c'est à toi que ce texte sera adressé en toute proximité, il faut que je veille à ce que jamais ton attention ne se relâche, et pourtant je te demanderai beaucoup. De l'attention, de l'empathie et de l'esprit critique. Il faut que je t'amène où je veux t'amener, sans que tu sois dupe que tu te laisses bluffer un peu (pour jouer) c'est là au fond le seul prodige qui m'importe. 

    Comme rarement je ne l'ai fait, penser les personnages, aussi, parallèlement à la voix d'ensemble qui se développe implacablement (on croit), pour mieux petit à petit être percée de trous, de doutes et de disfonctionnements (on se rend compte). Ces trois vendeuses dont la malice, le plaisir à se prendre au jeu qu'elles inventent commence à me plaire sérieusement et guide mon écriture. Et même, elles me surprennent, et je me rends compte que je peux les amener plus loin dans la malice que ce que j'avais initialement imaginé. Elles s'entendent bien, je crois, à faire sonner les mots ensemble. J'ai l'impression qu'elles ont beaucoup lutté pour que je les prenne aux sérieux, et pour que je les sorte un peu de leur photo de pub, mais c'est chose faite, j'espère.

    Plusieurs issues sont possibles pour la fin de ce voyage. L'une d'elle m'appelle plus fort que les autres au moment de prendre le virage. Plonger dans la magie annoncée par le titre. Vraiment. Ou me laisser surprendre encore. 

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Audrey V Profil de Audrey V
    Mardi 11 Octobre 2011 à 13:34

    Comme j'ai hâte de jouer mon rôle de lectrice/spectatrice, critique et attentive (et objective bien entendu ;). 1000 bises et bon courage !


     

    2
    Mariette Profil de Mariette
    Mardi 11 Octobre 2011 à 19:02

    Je suis bien entourée, quand même 

     

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