• Le Théâtre de Violetta

    Voici une petite synthèse de quelques notes sur Se souvenir de Violetta. Ce qui travaille dans ce théâtre-là...

     

     

    Se souvenir de Violetta

    [Emmanuel Cuchet, Ruth Nüesch, Lucas Partensky, Caroline Arrouas]

     

     

    Une fois par semaine, je vais à Valence voir comment grandit Se souvenir de Violetta. Bien sûr, le spectacle avance comme tout projet théâtral, au quotidien, de répétition en répétition, en gagnant en précision, en prenant de l’épaisseur. Mais il a aussi des modes de croissance qui lui sont propres, une façon de se fabriquer et de devenir, petit à petit, un objet scénique comparable à lui seul, qui appelle ses propres outils de mesure et ses propres définitions. Se souvenir de Violetta, jour après jour, devient autonome, un objet vivant non classifiable. Il s’affranchit du roman de Dumas sans nier la filiation, de la même façon que le personnage principal se lance à corps perdu dans un amour impossible, tout en ayant le souci, en permanence, de ne pas déplaire à sa famille.

    Se souvenir de Violetta, c’est d’abord la rencontre, surprenante autant qu’elle est passionnante, entre deux théâtres. Non seulement deux espaces, puisque le décor est scindé en deux (d’un côté la chambre du fils, de l’autre la cuisine, domaine des parents), mais aussi deux registres de jeu, deux rythmes, deux temporalités.  Deux comédiens professionnels prennent en charge la dimension du drame, le texte de Dumas, et l’exaltation des jeunes gens. Ils rencontrent sur le plateau deux comédiens amateurs, auxquels Caroline Guiela demande au contraire d’être autant que possible dans le non-jeu, dans une présence quotidienne, simple, réaliste. Le théâtre et la vie sont mis côte à côte. La fable romantique et la confection d’une tarte aux pommes. Le temps précipité de la fiction, où l’amour et la mort surgissent simultanément, et le temps d’une vie sans heurt,  où l’on peut vieillir dans la tendresse en se prenant à croire, comme dans l’enfance, que tout sera éternel.

    Au spectateur de recomposer le hiatus, d’éprouver la tension quand tentent de cohabiter, dans la vie du jeune Alexandre comme sur le plateau, les incompatibles. A plusieurs moments dans le spectacle, les univers hétérogènes se rencontrent, se parasitent, ou rentrent en collision de façon violente. Le personnage se débat autant avec son drame qu’avec le rassurant intérieur. De la même façon, les matériaux théâtraux (texte de Dumas, texte de Carolne Masini, improvisation, conte) dessinent les tiraillements entre  différentes aspirations, entre différents niveaux de réel, entre le connu et l’inconnu, le vécu et le rêvé. C’est que Violetta, jeune femme trop libre ou déjà trop marquée par la vie qui débarque sans prévenir dans l’existence du jeune homme, n’est pas soluble dans le quotidien d’une famille. En transgressant sans cesse les limites – de l’espace, de la fiction, des convenances – elle révèle et transforme : elle oblige le spectacle, en permanence, à se réinventer.

     

     

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