• Les chemins contraires

     

     

    Les chemins contraires

     (Elne, décembre 2014)

     

    Pour les fidèles, les attentifs, les attentionnés, les précis qui passent par ici, et puis pour les curieux, les occasionnels, les par-hasard, les tout nouveaux, je signale un changement de titre et tout à la fois un livre à venir: le projet au long cours qui s'appelait Perdre sortira en 2016 sous le titre Les chemins contraires. Parce qu'il est vrai qu'il s'agit à la fois de perdre et de s'en sortir la tête haute, du brouillard et des grands soleils, de la violence et du repos.

    *

    Et pour patienter avant la sortie du livre chez Cheyne, un autre court extrait. (Il y en a d'autres si vous remontez l'historique de cette rubrique).

     

    "Comme le soleil arrive à son zénith, où qu’IL soit IL est pris d’une fringale immense. Les yeux plus noirs que jamais, IL cherche alors la table idéale, qu’elle soit d’auberge ou de coin de trottoir, chez un ami nouveau ou dans un champ. Je viens, IL raconte, d’un pays de vignes et d’eau salée, où le bonheur de la pensée n’est rien sans le bonheur de l’estomac, d’un peu de lait de chèvre on vous fait aussitôt tout un fromage. Maintenant que je marche, j’apprends à me satisfaire de peu. Mais aujourd’hui, j’ai envie de plus : rien qu’un peu ce n’est pas assez, c’est fête car je t’ai rencontré, je veux manger jusqu’à plus faim et boire jusqu’à plus soif, je veux trouver sur une table les mets exactement qui me trottent dans la tête, je veux ne compter rien et exiger beaucoup.

     

    Je sais ce que tu vas me dire. Je peux te tutoyer ? Que le goût de la vie tu l’as perdu depuis longtemps, alors croquer dans d’autres choses mortes pour te nourrir, tu n’en vois plus l’intérêt. L’homme démasqué sourit, c’est vrai que depuis peu, même l’idée de mâcher le fatigue, chez lui il avait une famille, qui s’est découragée de partager une cuisine et des heures de repas, il avait des amis, qui de le voir tordre le nez quand ils cherchaient à faire plaisir ont fini par ne plus jamais l’inviter à partager leurs fêtes. Et puis il y a eu cette idée tenace de défaite et de feu, qui sans doute encombrait un peu les belles tablées dominicales.

     

    Alors la gourmandise ce n’est pas vraiment pour tout de suite.

     

    En face, IL, expert en estomacs autant qu’en désespoir, sait qu’il pourra tout de même convaincre : on voit chez moi poindre parfois un petit ventre, tu le vois ? Agile IL déplie sa main et la place sous sa chemise et la fait gonfler en riant. Pourtant il y a peu, crois-moi, je mangeais autant qu’un mort. Je pesais ce que pèse un oiseau, sans les plumes. Je boitais quand on me disait marche, et s’il y avait du vin je n’en prenais que pour l’oubli. Est-ce que tu veux que je te raconte ?, IL demande sans attendre la réponse, je suis revenu moi aussi d’où personne ne revient et j’ai même repris belle allure."

     

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  • Commentaires

    1
    manucuchet
    Lundi 19 Janvier 2015 à 16:52
    'Perdre' j'aimais bcp:comme une invitation à ne pas conserver,à ne pas trop s'alourdir de nos acquis,de nos acquisitions, à laisser tomber les habitudes,à prendre le temps en le perdant;perdre: alors ça manque et voila le désir qui insiste..
    Perdre 'Perdre' et découvrir 'les chemins contraires' ça s'impose et il faut attendre :''la gourmandise n'est pas pour tout de suite'' ! bise
    2
    Lundi 19 Janvier 2015 à 16:57

    Oui perdre Perdre, mais c'est la petite transformation par laquelle le chantier-monstre prendra son autonomie et deviendra un livre... Je t'embrasse.

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