• Les Chevals morts, d'Antoine Mouton

     

    Les Chevals morts, d'Antoine Mouton

    (Les chevaux bien vivants et sauvages de Miquelon, juin 2014)

     

    Déménager permet de retrouver en les rangeant les livres dont on s'était juré qu'on parlerait, et tant pis (ou tant mieux, parce qu'ils traversent le temps), si c'est déconnecté d'une actualité littéraire.

    Parmi les trésors en question, un long et poignant poème lu il y a plus d'un an et qui pourtant continue à palpiter dans ma mémoire de lectrice.

    Les Chevals morts est une imploration, peut-être une incantation, on pourrait dire un cri mais alors un cri très doux, très intérieur, un appel. A ce que l'amour continue et ne se laisse pas piétiner par la tristesse, ne se laisse pas envahir et alourdir par l'horreur des chevals morts. C'est un appel à rester deux, à ne pas se laisser morceler comme tant d'autres qui pourtant s'étaient promis.

    Et arrive dès le début cette métaphore des chevals morts, puissante, immédiate, accrochant les yeux et les oreilles d'un même mouvement, qui étend son ombre et devient la peur contre laquelle se bat le poème, et puise son énergie vitale dans cette bataille essentielle, de ne pas se laisser faire, de ne pas se résigner.

    Les Chevals morts est une musique aussi, entre répétitions, variations, battements et voix qui croît et croit à la puissance du désir et des corps qui s'aiment, pour rester chevaux vivants sur une vaste lande.

    C'est aux éditions les Effarées, et si vous le croisez sur la table d'une librairie, emportez-le avec vous, il vous suivra longtemps.

     

    "il y a tellement de tristesse à nos trousses tellement de gens qui se séparent tellement de gens dont les chemins s'écartent comme les jambes d'un cheval mort

    il y a tellement de chevals morts entre les gens et entre les chemins qu'ils prennent

    et toute la tristesse qui disloque les gens, toute cette tristesse qui accompagne les gens dont les chemins sont séparés, ça fait comme une horde de chevals morts entre eux et ça ne court pas non ça ne court pas ça flâne et ça fabule sur les raisons d'une telle séparation sur les causes d'une telle tristesse et sur que faire des dents de tous ces chevals morts que drainent les séparés les écartés les éconduits des chemins partagés

     

    je ne voudrais pas qu'un cheval mort écarte nos chemins je ne voudrais pas te voir aborder des ailleurs où je ne serai pas je ne voudrais pas choisir des chemins conduisant où tu ne seras plus

     

    mais on peut se tromper parfois

    il y a tellement de gens qui

    sans le vouloir

    et sans s'en rendre compte

    se séparent

    il y a tellement de gens qui

    se sont séparés

    sans savoir qu'ils le feraient"

    (p.10-11)

    « Préparer Le ChagrinKrach, de Philippe Malone »
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