• Les mouvements d'Emma

     

    Nouvelle session de travail autour du Bal d'Emma. Mercredi, nous nous sommes retrouvés à Valence, puis Montélier, où se déroulera le spectacle. Nous avons arpenté l'espace et commenceé à rêver le concret, l'agencement, la circulation, à partir de la situation géographique, des particularités de la ville et de la couleur des murs. 

    Parmi les échos à Madame Bovary, nous avons appris qu'il y a dans la commune un château habité par des Marquis, comme celui de Vaubyessard où Emma et Charles sont invités une fois au début de leur mariage, pour un bal qui les fait côtoyer exceptionnellement un monde qui n'est pas le leur.

     

    Les mouvements d'Emma

     [Le château de Montélier]

     

    Le reste de la semaine, nous avançons en même temps tous nos chantiers interdépendants: dramaturgie et construction, espace, son, costumes, lumières, chaque choix impliquant la direction de tous les autres. Nous nous rendons compte que le projet se situe entre deux pôles opposés, comme deux pôles magnétiques d'une même sphère mêlant fantasme et réalité, imaginaire du Bal et dimension déceptive de la réalité, nous relisons le roman de Flaubert et décortiquons comme lui aussi construit, infailliblement, les ascensions et les chutes d'Emma. Au plus bas, elle a des attaques nerveuses, des réactions violentes et incompréhensibles, des lubies, elle boit des litres de thé, puis du vinaigre pour se faire maigrir, elle devient dévote, puis lit des romans toute la journée enfermée dans le noir, elle dépense l'argent qu'elle n'a pas, oublie sa fille des journées entières, fume, boit, s'habille comme un homme, provoque la bonne moralité. Et puis quand elle a bien touché le fond, elle attrape la première opportunité de changement qui passe, un homme, une promesse de voyage, tout ce qui pourra lui prouver qu'elle est bien quelqu'un d'exceptionnel. Elle fait des efforts pour composer avec le monde tel qu'il est, quand elle est bien certaine qu'elle n'en fera bientôt plus partie. Elle ne se compromet avec la réalité sordide (Charles et les saignées qu'il opère parfois au milieu même de leur salon), que pour éprouver sa supériorité, sa différence.

    Nous en sommes là. A devoir raconter dans notre salle rose l'ascension et la chute en même temps, Cendrillon en princesse aussi bien que l'humiliation de la souillon. Et pour Emma, quels sont les douze coups de minuits? Et en quoi sa condition pourrait-elle être changée par le bal?

    Nous n'adaptons pas le roman de Flaubert. Nous faisons d'Emma, de Charles, nos contemporains. Et nous nous posons la question, de nos propres compromissions, de nos propres besoins de fiction.

     

    Les mouvements d'Emma

     [ Quelques éléments d'un spectacle possible: premier agencement des rêveries]

     

     

    « Apparaissons, allezVue d'hiver »
    Partager via Gmail

    Tags Tags : , , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :