• Les oiseaux favorables, Amaury da Cunha / Stéphane Bouquet

    Les oiseaux favorables, Amaury da Cunha / Stéphane Bouquet

    (c) Amaury da cunha

     

    Les toutes jeunes éditions des Inaperçus ont comme particularité de mettre en relation un photographe et un auteur, l'un écrivant à partir du travail de l'autre, mettant en perspective les images par la fiction ou le poème.

    A partir des photos d'Amaury da Cunha, Stéphane Bouquet sonde le paysage intérieur d'une femme, de cette façon avec "des fragments, des résidus, des écailles, des copeaux, des bribes, des éclats" dont elle remplit son insondable solitude. Chez elle et dans la compagnie des livres, dans les amours et les abandons, dans les fêtes réelles ou imaginaires, dans les photographies qu'elle voit, dans les philosophies antiques, elle se fabrique des remparts à la tristesse, aux éboulements intimes.

    On glisse d'une chose à l'autre, dans ce qui fait toute la réalité d'un être: les mots qu'elle écrit dans ses carnets, son intérieur (trop) calme, son imagination qui réagit à tout ce qu'elle voit. Il n'y a d'autre récit que ce paysage intérieur, mouvant, incertain, il n'y a pas les petites failles mais le gouffre et les mains qu'on tend pour s'accrocher aux parois, et pourtant cette croyance en un certain bonheur, la présence, peut-être, des oiseaux favorables.

    "_ Je ne sais pas, dit-elle, en fait. Et c'était vrai, personne ne comprend pourquoi parfois on peut célébrer des sortes de noces légères, insouciantes, avec les choses. Probablement que tout à l'heure, vers 14h, il y aura une heure ou deux de véritable été offert en cadeau à ceux qui vont mourir avant juillet. Chaque année, les journaux calculent les probabilités de canicule; chaque année, ou presque, ils se trompent, mais ils recommencent. Ainsi sommes-nous. Elle aussi, parfois, elle croit que tout pourrait redevenir possible. Et puis elle se souvient qu'elle est vieille au point que c'est faux: beaucoup de choses sont désormais impossibles, par exemple de danser comme une folle et sans s'arrêter et dégouliner de sueur. L'été prochain, des amis l'ont invitée à la plage. Elle ira. Une sirène s'est déclenchée et s'ajoute à l'hélicoptère invisible mais cela ne détruit pas encore la félicité qui affermit ses forces." (p. 56)

     Ce qui caractérise ce livre, c'est la grande liberté que prennent les auteurs, s'échappant d'un thème unique ou d'une narration rationnelle (jamais non plus bien sûr d'explication psychologique, on ne sait jamais vraiment qui est cette femme et d'où elle vient, en dehors de ce qu'on en saisit au passage, dans le reflet d'une photo). Ils répondent à la commande en osant les ruptures franches, au risque de dérouter le lecteur, de le faire revenir en arrière pour tenter de trouver où le fil s'est suspendu, où s'est ouverte une porte nouvelle, une autre option dans les possibilités d'un être.

    Le livre est paru il y a quelques semaines tout juste.

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 8 Juillet 2014 à 20:51

    Intéressant... Est-ce que les textes sont tous courts (Une page ou moins) ?

    2
    Mardi 8 Juillet 2014 à 23:46

    Non, il s'agit d'un seul et même texte pour tout le livre, pas de fragments pour celui-là, même s'il est fait de plusieurs chapitres assez différents. C'est juste que les idées s’enchainent parfois sans transition, et c'est ce qui fait le texte surprenant.

    3
    Mercredi 9 Juillet 2014 à 00:44

    En omettant le style poético, cela peut ressembler à un de mes romans, avec sa structure inhabituelle. Je t'invite à lire la présentation, en suivant ce lien :


    http://mariojour.eklablog.com/


    Que le roman soit sur un blogue n'a rien d'une aventure d'amateur. Ce texte a quatre années d'existence et de relectures. J'y ai mis le même soin que pour un livre publié (Puisque je suis aussi auteur, avec 9 romans commercialisés à ce jour et 3 participations à des collectifs.)


    Libre à toi de regarder.

    4
    Mercredi 9 Juillet 2014 à 10:57

    Merci pour le lien, je vais regarder et j'invite les autres lecteurs à en faire autant!

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