• Les Puissantes, des mots dans les corps

     

    (c) Guy Delahaye

    Lady M:

    J’ai le cœur le plus solide du monde.

    Je n’ai pas pu rompre, casser la pierre, c’est impossible.

    Je n’ai pas pu redevenir molle, corps de femme aux tétons qui entravent, c’est impossible.

    Je n’ai pas pu perdre le fil de mes objectifs, c’est impossible.

    Je n’ai pas pu perdre la première place, c’est impossible.

    Je n’ai pas pu perdre le nord, c’est impossible.

    Je n’ai pas pu trébucher, c’est impossible.

    Je n’ai pas pu laisser couler une goutte de sueur ou une larme, c’est impossible.

    Je n’ai pas pu desserrer les dents, c’est impossible.

    Je n'ai pas pu flancher, c'est impossible.

     

     

     

    Les Puissantes, des mots dans les corps

     

    (c) Guy Delahaye

     

    Juliette:  

    Le balcon, je l'ai enjambé.

    J'ai escaladé le portail, évité les caméras de surveillance.

    J'ai remonté la rue jusqu'au bout.

    J'ai marché tout droit dans la nuit.

    J'ai fait du stop.

    Je suis montée dans la première voiture qui passait.

    J'ai laissé les yeux du conducteur traîner sur moi.

    A un feu rouge, je suis sortie.

    J'ai pensé aux contes pour les petites filles sages

    A la gueule du loup

    J'ai pensé à toi.

    J'ai marché le long des bars sordides

    J'ai fait semblant de rire et de danser.

    J'ai eu froid.

    J'ai marché encore, jusqu'à ton quartier

    J'ai marché sous la pluie

    Dans la boue du bord des routes

    J'ai marché

    Jusqu'à avoir les pieds qui saignent

     

    Et maintenant

    Maintenant que j'ai tout quitté

    Maintenant au milieu de rien

    Si rien ne se passe, faites que je meure

    Et toi aussi

    Qu'on soit coupés en petites étoiles

    Et que la face du ciel en soit si belle que les gens pleurent.

     

     

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    Apparition des Puissantes

     

    Apparition des Puissantes

    (A la fenêtre et dans le foyer du beau théâtre de Lons-le-Saunier)

     

    Dans tous les coins ça travaille. Décor, lumière, costumes et son. Et les moments de danse s'écrivent au studio.

    Dans les derniers jours de plateau, dans les premiers filages, dans l'ajustement définitif du montage, dans les dernières hésitations concernant la fin (comment raconter un apaisement et une émancipation, une tranquillité et une envolée, une grande malice et un grand sérieux?), le spectacle apparait, avec ses relierfs, sa couleur (sombre et dense), ses décalages et le rythme qui lui est propre, un drôle de mélange de rock et de berceuse.

     

    Choses entendues le dernier jour de la dernière semaine:

    "Alors ça fait un deux trois quatre tac tac tac tac, et hop, il faut le prendre large, il faut le prendre hyper tranquille, il faut voir avec la musique comment ça se place, il ne faut pas aller tout de suite face, casser la course, tu changes dans les deux petits pas, j'ouvre un tout petit peu, pourquoi on ne ferai pas un deux trois quatre, bon, gardons six pour l'instant, on prend l'espace à partir du troisième, bon écrivons et puis on nettoiera après. ça fait quatre un deux. Gauche droite..."

     

     

    Apparition des Puissantes

     

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  • Les Puissantes / Dramaturgie

    (Image trouvée en ligne. Si quelqu'un sait de qui elle est, je suis preneuse)

     

    Lointaines cousines des héroïnes de Shakespeare, on est puissantes. Alors d'abord on fait ce qu'on attend de nous. Féroces, on est fauves, shakespeariennes. On attaque par le déferlement de la violence. Les petits ruisseaux sont devenues cascades. On attaque. Vous en revoulez? On sort les griffes, on manipule. On calcule, on compte.

    On est à fleur de peau. A l'affût du moindre frémissement dans l'atmosphère. On change la température de l'air quand on se déplace. On entraîne nos couleurs, nos humeurs avec nous. On connaît la liberté dangereuse des planètes libres, qui traversent les galaxies et viennent frôler les certitudes.

    On donne des gages. On le joue avec tout le corps, notre rôle d'héroïnes. On a dans le sang du concentré de tragédie, du concentré de mélodrame. On souffre. On jubile. On dit des phrases extrêmes, des phrases définitives.

    On bataille, mais comme c'est attendu, on flanche aussi. Et, comme c'est attendu, on se prend des coups. On remplit toutes les cases. On présente toutes les facettes.

    On est puissantes. Mais au bout d'un moment on se dit que ça ne nous oblige pas forcément à être guerrières. Un jour, peut-être, quelque chose s'apaise. On peut entrer dans un nouveau monde avec plus de simplicité. Un jour, peut-être, on peut se dire qu'on n'a plus rien à prouver, qu'on peut se contenter d'être.

     

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  • Les Puissantes à l'attaque de Lons-le-Saunier

     

    Semaine du 19 octobre: Début de la résidence à Lons-le-Saunier. Début du compte à rebours pour Les Puissantes.

    Partir à l'attaque d'une salle à l'italienne avec plateau en pente, d'un temps court, des aspirations shakespeariennes et des textes contemporains ne fait pas peur aux Puissantes (enfin presque).

    Pour la première fois, après plus d'un an de recherches, elles vont mettre en commun tous les éléments de leur quête et conquérir le royaume de la dramaturgie, de l'astrophysique ainsi que le public jurassien.

    Suivez les fabuleuses aventures de ces héroïnes des temps modernes, ici même!

    Et rendez-vous les 3 et 4 novembre aux Scènes du Jura pour

    LES PUISSANTES

     

     

    Les Puissantes à l'attaque de Lons-le-Saunier

     

     

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    Les Puissantes ont avancé en silence, souterrainement, dans le secret des salles de répétitions, des écrans d'ordinateur, de nos têtes. Les Puissantes ont trouvé corps, quatre corps de femmes si différentes qu'elles inventent chacune un langage rien qu'en entrant sur le plateau. J'ai écrit des textes que Les Puissantes ont essayé comme des habits, jusqu'à trouver celui qui leur irait parfaitement, c'est-à-dire qui épouserait les mouvements avec évidence. Quelques fragments de texte pour dire l'élan du personnage, un cri, un murmure, un saut dans le vide, une folie destructrice ou la fragilité d'un émoi d'adolescente. Après une semaine au CCN de Belfort, où les premiers éléments du puzzle ont commencé à se relier entre eux, les répétitions reprendront la semaine prochaine à Lons, où nous créerons la pièce les 3 et 4 novembre.

    Il y a un mois tout juste, lors des présentations de saison aux Scènes du Jura, Marion Lévy, qui est à la fois chorégraphe et interprête des Puissantes, a proposé une performance, première esquisse du solo de Juliette. Elle est accompagnée pour l'occasion de Léo Nivot, et c'est sur ce même plateau que le spectacle verra le jour le mois prochain. Un petit avant-goût.

     

     

     

     

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