• Les radios ça n'a pas de bouche et pourtant ça parle.

    Les radios ça n'a pas de bouche et pourtant ça parle.

    (Chercheuse Mathilde et chercheur Philippe écoutant la pierre avec le microscope à oreilles).

    Est-ce que c'est vrai ou est-ce que ce n'est pas vrai? Dans le doute, ils gardent tout leur sérieux. Les blouses blanches les impressionnent. Et le rituel, aussi: un entrainement du chercheur avec Philippe, où on s'échauffe et se concentre, puis chacun enfile sa blouse et se dirige vers la salle du CRI (centre de recherche sur l'Inerte), pour essayer de faire parler une pierre venue de loin, et surtout de la nourrir de mots impossibles, de choses inventées.

    Et ça les travaille. Les CP sont à l'âge où on veut croire aux histoires, même si une petite voix murmure déjà que c'est peut-être pour faire semblant, pour le plaisir de se raconter des choses, de croire tous ensemble aux mêmes planètes. Philippe aime dire aux adultes et aux enfants que "ce n'est pas parce que c'est inventé que ça n'existe pas". Une façon de définir le théâtre.

    Et, au petit garçon qui ne croit pas à cette pierre qui parle, sa camarade répond avec tout son sérieux cette vérité qui nous plait bien: "Les radios non plus ça n'a pas de bouche, et pourtant, ça parle".

    Nous voilà en plein dans notre sujet de recherche, le déplacement des frontières, l'invention de nouvelles logiques. Implacables.

     

    Les radios ça n'a pas de bouche et pourtant ça parle.

    (Microscope à oreilles, détail)

     

    *

     

    Après cette première semaine avec la classe de CP de l'école Henriette Bonin, vient notre premier atelier de lecture avec les adultes. Le principe est simple: chaque samedi, nous nous réunissons pour mettre en voix un texte, en lien avec notre thème de recherche, nos histoires d'impossible et de la nécessité d'y croire. Vient qui veut, pour participer à la lecture (une après-midi intensive de travail à partir de 13h), ou pour l'écouter le soir autour d'un verre.

    Lors de cette première séance, nous lisons le très beau texte d'un auteur anglais, Ben Rice, la nouvelle Pobbie et Dingan. Où toute une communauté se mobilise autour d'une petite fille qui a perdu ses amis imaginaires. Où ça devient petit à petit une question de vie ou de mort.

    Extrait:

    " Un vieux fou souriant avec un perroquet m'a fait monter dans la vieille benne roulante déglinguée où il vivait et m'a raconté qu'un jour, en ville, à une course de chèvres, il avait vu Kellyanne parler à Pobbie et Dingan. Elle était dans Morrilla Street avec trois sucettes à la main. Le vieux mineur m'a confié qu'il croyait en l'existence de Pobbie et Dingan et qu'il passerait la ville au peigne fin. Il jetterait aussi un coup d'oeil au Steve's Kebab pour voir s'ils ne s'étaient pas arrêtés manger un morceau et puis il écrirait un poème intitulé "Revenez, vous qui êtes transparents!" et le distribuerait à ses amis poètes du bush. Le vieil hurluberlu ne semblait pas comprendre que je ne lui demandais pas de se lancer à la recherche de Pobby et Dingan, juste de faire comme si."

     

    Les radios ça n'a pas de bouche et pourtant ça parle.

    (Logos du CRI sur la porte de la salle des fêtes)

     

    Les radios ça n'a pas de bouche et pourtant ça parle.

    (Préparation de la lecture du samedi 10 mai 2014, salle des fêtes de Saint- Pierre réaménagée en petit salon pour l'occasion.  )

     

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  • Commentaires

    1
    Pauline
    Lundi 12 Mai 2014 à 07:05

    Il ne nous manque que le son.

    J'aimerais avoir un microscope à oreilles. Bonne journée. J'attends la suite avec impatience. 

    2
    Lundi 12 Mai 2014 à 12:55

    Je vais essayer de mettre prochainement des sons, c'est prévu! Bises!

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