• Les théâtres d'Emma

     

     

    Il y a le premier degré. Celui de la fable. Celui de cette histoire inspirée de Madame Bovary, où une Emma contemporaine assisterait à une fête préparée pour elle par son mari et d’autres habitants du village. Et puis il y a les images, les situations, les espaces tels qu’ils se mettent à vivre, les différents frottements entre les réalités et ce que ça invente, ce que ça ouvre de sens, ce que ça nous apprend sur le projet que nous sommes en train de fabriquer.

    Il se confirme que différents degrés de réalité s’entrechoquent, et qu’il y a plusieurs théâtres dans le théâtre d’Emma. Depuis le début du travail, nous évoquons quelque chose qui se déroule, et, dans le même temps, l’entrechoquement propre au montage, au collage.

    Il n’est même pas certain qu’Emma, Charles, Hyppolite, Léon participent du même théâtre, tout comme dans le roman, tout en se côtoyant, ils ne vivent pas tout à fait la même histoire.

    Plus le travail avance, plus la notion de théâtralité s’écrit au pluriel. Il y a le réel, notre base à installer, notre appui pour décoller, cet ici et maintenant qui prend sa force dans le fait que les spectateurs ne sont pas conviés dans un théâtre mais dans une vraie salle des fêtes. Nous amincissons d’abord la frontière entre réalité et fiction, l’écriture pose des cadres bien plus qu’elle ne fixe des mots. Il faut que le présent opère.

    Et puis il y a tout ce qui décroche, qui dévie, qui déroute, qui décolle, ce qui doucement se détache du plausible, ce qui épouse momentanément la perception d’un personnage, ce qui coexiste et crée des hiatus. Cette subjectivité dont nous ne savons pas encore à quel point nous pouvons la prendre en charge. Nous avançons prudemment, avec nos outils de théâtre : jusqu’où pouvons-nous aller pour que cette boîte à jouer devienne, par moments, autre chose ? Pour qu’elle soit à la fois le rêve de Cendrillon et la désillusion du réel redevenu citrouille ?

    Et puis il advient que d’autres théâtres surgissent au milieu de la fête : un espace soudain isolé dessine le castelet impromptu d’Hyppolite, et les villageois, en préparant une petite pièce de théâtre pour Emma, remettent en jeu et cristallisent les questions de dramaturgie et de théâtralité que nous nous posons pour l’ensemble du spectacle. La bulle de ce petit spectacle dans le spectacle dit beaucoup. Sur l’importance dans ce projet de travailler avec comédiens amateurs et professionnels et de mêler dans notre fable ces différents rapports au jeu, au désir de théâtre. Sur la part d’enfance constitutive du rêve d’Emma, et sur la façon dont cette part d’enfance est principalement ce qui s’abîme en elle. Sur la liberté esthétique que nous pouvons prendre pour raconter Madame Bovary.

     

    Les théâtres d'Emma

     

     

    « Dans Libé le 9 maiOn recommence »
    Partager via Gmail

    Tags Tags : , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :