• Mille moteurs - petit atelier de mécanique

     

    A propos des ateliers d'écriture. De cet atelier, en particulier, que je mène depuis l'automne à Bordeaux. Parce que la fin de la saison approche et que beaucoup, beaucoup de choses se sont construites.

    Même pas une année: une saison, une année scolaire, et 7 personnes, qui n'avaient pas l'habitude d'écrire, en ont maintenant fait le centre de leur semaine.

    Dire que ce que je préfère, c'est quand je réussis à amener quelqu'un là où il n'aurait jamais pensé aller seul. Dire que mon métier, ici, est de faire découvrir MILLE MOTEURS à qui veut écrire. Lors de chaque atelier, nous étudions une mécanique, en partant d'un texte (théâtral, poétique), d'une consigne, d'une forme, d'une envie. Il faut ensuite guider chacun dans les méandres du moteur. L'aider à s'emparer de la machine, à faire démarrer quelque chose. Et c'est parti. Un mot en entraîne un autre selon une règle du jeu bien établie. La règle du jeu est le carburant, plus elle est comprise, maîtrisée, plus le texte ira loin. Il faut aussi parfois savoir tenir les chevaux. Maîtriser la trajectoire. Ne pas aller trop vite, ne pas aller trop loin, ne pas se perdre. Mais sortir, quand même, des chemins balisés. Prendre la tangeante. Se surprendre. Ne pas se reconnaître. Se mettre dans la tête de nouveaux cliquetis. Se lire les textes, ensuite, et comparer les différentes façons de conduire. S'étonner des trajectoires, des paysages toujours différents où on débarque. Voler à différentes hauteurs du réel. Se croiser par des clins d'oeils aux textes des uns et des autres. Avancer semaine après semaine dans la découverte de l'univers commun. Pousser les limites. Mélanger les sons, les voix, les textes.

    Nous sommes deux à délimiter la course. A impulser les mouvements, à se faire doubler par les bolides, à apporter notre regard sur l'aspect d'ensemble de la machine, à guetter les sysfonctionnements, les pièges, les facilités, les essoufflements, les incompréhensions, les impatiences.

    Voilà ce qui m'importe. Ces 7 trajectoires, ces 7 explorations, tantôt communes, tantôt solitaires des moteurs d'écriture, des mannes intérieures, des nécessités et des envies.

    Ce qui m'importe aussi, c'est la façon dont le groupe, fort de ses mille moteurs avance ensemble, avec bienveillance. On surveille que chez chacun la mécanique fasse le beau bruit de la confiance. On se parle, on se rassure, on se donne des conseils quand ce n'est pas le cas.

    Nous avons tellement exploré ces moteurs, nous les avons tellement essayé sur nos pages, que maintenant vient le moment le plus douloureux. Il va nous falloir choisir, dans les territoires explorés, une route. Il va nous falloir renoncer à certaines choses, creuser les autres, obsessionnellement, s'essoufler un peu, se contraindre. Réduire ses ardeurs pour mieux redoubler de puissance. Cibler la direction. Faire de la dramaturgie, en somme.

    Alors par où commencer, pour que nos longues promenades ressemblent à un feuilleton radiophonique, en aient la concision et l'acuité? Il va sans doute falloir explorer d'autres machines, plus minutieuses, plus synthétiques.

    Mais pour que les choses continuent à se faire en douceur et avec du plaisir,  nous prendrons tout le temps qu'il nous faut pour écrire quelque chose qui soit réellement un "feuilleton radiophonique". Nous continuerons à explorer nos forces et nos moteurs, pour que chacun puisse, chez lui, allez toujours plus loin et aller où il veut.

     

     

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