• Montréal, Québec, le départ se rapproche

     

    Bon, on dirait comme ça à lire ce blog que je passe mes journées à lire mes romans, puis à rêver à la façon dont j'en parlerai, ou bien à me promener dans la nature pour filmer sans relâche des secondes d'inaction, ce n'est pas faux, mais tout de même, ça s'agite aussi en haut des pentes, pour la préparation des décollages à venir.

    Outre une semaine entre Paris à Bordeaux pour les différentes lectures mentionnées ces derniers temps, et le dernier atelier de l'année consacré à notre feuilleton radiophonique, je décolle dans une quinzaine de jours pour Montréal, puis Québec, afin d'y co-animer, comme je l'avais fait il y a trois ans, une résidence francophone internationale d'écriture organisée par le CEAD (CEntre des Auteurs Dramatiques). Il y aurai beaucoup à dire à propos de cette structure, où j'avais fait un premier stage en janvier 2007. Consacrée au conseil aux auteurs, à la diffusion et à la promotion des textes de théâtre québecois et franco-québecois, elle s'ouvre tous les deux ans à d'autres auteurs de la francophonie.

    Le principe est simple: six auteurs s'enferment pendant deux ou trois semaines pour écrire, chacun arrivant avec son projet, à commencer, à terminer ou à poursuivre, sous la houlette de deux conseillers (en l'occurence, cette fois, deux conseillères, Elizabeth Bourget et moi-même). Nous avions déjà fait équipe à l'automne 2007 pour une résidence qui s'était déroulée au Bic, dans des conditions incroyables et avec des personnes incroyables, c'était juste à ma sortie de l'école et cette première expérience m'a marquée durablement. J'y avais retrouvé Sébastien Harrisson, rencontré Pascal Brullemans, Marcel-Romain Thériault, Pier-Luc Lasalle, Hajar Bali et Léonard Yakanou.

     

    Le Bic

    L'auberge du Mange-Grenouille au Bic, octobre 2007

     

    Le Bic

    Une partie de la belle équipe, 2007

     

    A l'issue de la résidence, une lecture publique de certains extraits des textes est organisée. Cette fois, nous serons dans la ville de Québec, au moment du Carrefour du théâtre, les belles rencontres risquent donc d'être démultpiliées, et les tentations de spectacles assez grandes. Mais l'ambiance sera quand même studieuse: deux semaines pour accompagner six auteurs dans des univers complètement différents, rentrer à l'intérieur de six logiques de travail, de six imaginaires, et pouvoir passer de l'un à l'autre dans une même journée. A mon tour d'apporter de l'eau à ces six moulins-là, de rêver, pousser, encourager, nourrir, écouter, lire et relire, cadrer, recadrer, décarder, construire et déconstruire et reconstruire, débattre...

    Ce processus de travail, je l'ai vraiment découvert au Québec et au CEAD. Difficile pour des auteurs français de travailler comme ça, avec quelqu'un derrière leur dos, difficile d'imaginer autre chose que la solitude (nécessaire) de l'écrivain, dans son bureau, entouré de ses livres, vivant la nuit, oubliant de se nourrir... Bref, l'imaginaire romantique a la peau dure, même s'il est vrai qu'il faut, pour écrire, se confronter à un moment ou à un autre à soi-même, à l'enfermement ou au dépaysement, à la perte des repères temporels (dont je rêve personnellement en ce moment: ne plus jamais avoir d'heure, de rendez-vous, d'emploi du temps!). Mais il est vrai aussi qu'à certains stades du travail un regard extérieur, un dialogue peut faire du bien, débloquer quand on est dans une impasse, confirmer que ce qu'on essaye de dire est bien décriptable, ou que ce qu'on estime raté vaut bien la peine qu'on le recommence.

    Comme je le fais sur les spectacles en cours de construction, j'essaye d'arriver avec des yeux neufs, de mettre des mots sur ce qui fait selon moi la particularité de tel ou tel texte, aussi fragile soit-il, je définis ce que sont selon moi (et ça n'engage que moi, et même si l'auteur n'est pas d'accord cela lui apporte peut-être un éclairage dont il pourra faire quelque chose, ailleurs), les aspects à creuser, à "exagérer", le centre et la périphérie d'un projet (parce que, quand on a le nez dedans depuis trop longtemps, on a tendance à confondre assez vite l'un et l'autre, à se perdre dans les fausses pistes, à mettre en place des stratégies d'évitement, à se planquer derrière un savoir-faire quand ce qu'on a vraiment à dire fait un peu trop peur...)

    Sans doute, cette façon de faire correspond mieux à certains auteurs qu'à d'autres, certains auront plus d'affinités avec Elizabeth, d'autres avec moi. Sans doute, certaines choses atteindront leur cible longtemps après, ou dans d'autres textes. Sans doute je passerai à côté d'analyses essentielles.

    Mais ce qui va se jouer avant tout, c'est la rencontre, la confiance, et trouver (x6) un vocabulaire commun, une façon de parler d'un travail intime tout en gardant de la distance et de la pudeur, laisser les rennes, évidemment, à chaque écrivain et ne pas essayer de se mettre à sa place mais juste à côté.

    Bref. Tout ça pour lever quelques malentendus. Il ne s'agit pas de coaching du genre "aller les gars on va faire des pompes et se fabriquer un moral d'acier" (ceux qui me connaissent imaginent bien, que, niveau rigueur sportive, j'aurais un peu de mal.) Ni de coaching genre "agent littéraire": "tiens, écris plutôt ça pour rentrer sur le marché ou pour viser tel prix ou tel public". Tout au plus un "be yourself (mais n'oublie pas quand même de regarder comment travaillent les autres...)"...

    Comme il s'agit de textes dramatiques, il s'agira peut-être d'aider les auteurs à imaginer la théâtralité qu'ils projettent et à l'induire dans leurs textes, à faire, comme pour les mises en scène, la petite passerelle entre le texte et le plateau. (d'autant plus qu'il y aura un rendu public le 18 juin).

    Cette nouvelle aventure, que je suis en train de préparer en lisant les dossiers des uns et des autres, je vais la vivre avec Simon Boulerice, Francis Monty, Véronique Pascal, Esther Beauchemin, Sabine Revillet et Aristide Tarnagda.

    Il va sans dire que vous pourrez en suivre ici l'avancée au jour le jour ou presque.

     

    Québec

    (Québec, janvier 2007)

     

    Montréal

    Montréal, janvier 2007 (il devrait faire un peu plus chaud en juin...)

     

     

     

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