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    Prendre le TGV gare de l'Est, et en deux heures à peine se retrouver de l'autre côté de la frontière, à Saarbrücken un samedi de plein soleil, parler dramaturgie, envier l'engouement allemand pour les textes contemporains, leur place privilégiée dans les théâtres, puis se glisser dans la salle où une trentaine d'adolescents (entre 13 ans et la vingtaine) se retrouvent avant la dernière représentation, se tombent dans les bras, puis m'accueillent avant de commencer leur échauffement. Parce que dans Wir Wellen, tout le monde dansera, et tout le monde portera le texte, qu'on fasse partie de l'un ou l'autre atelier,  U21 (apprentis acteurs) et IMove (apprentis danseurs).

    Sur le plateau, un terrain de foot abandonné, comme lieu de tous les possibles et de rendez-vous secrets à l'écart de la ville, des barrières en avant-scène qui n'empêcheront pas qu'on casse le 4ème mur, quatre micros pour donner aux voix intérieures un traitement différent. Puis des corps qui apparaissent furtivement, à mesure que naît la parole, de quelques ombres ils deviennent foule: 34 en présence, en voix, en corps. La parole circule des uns aux autres, micros et voix directes, voix seules et unissons, corps immobiles et corps dansants. Dans la seconde partie, le cercle petit à petit se forme, des chiffres en vidéo recouvrent le mur, et les trois figures principales apparaissent. Autre belle trouvaille, dans la troisième partie l'isolement de chacun se traduit par un travail sur de petits gestes intimes, petite chorégraphie solitaire et personnelle qui fait ressortir chacun des corps. Et puis pour la fin, le choix de la danse, sur laquelle vient se poser, précise, la voix intérieure du texte.

    Merci pour ce travail aussi rigoureux que généreux, qui a trouvé un public nombreux et enthousiaste, petit pied de nez à ceux qui jugent parfois ce texte trop difficile, pas théâtral. Je suis d'autant plus touchée qu'il a été choisi, avec beaucoup de passion, par les adolescents eux-mêmes.

     

     

     

    J'ajoute une photo "en action" trouvée en ligne:

    Sie wollen die Wellen

    (c) Saarländisches Stadtsteater

     

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  • Sylvain Diaz, Maître de Conférences à l'Université de Strasbourg, avait fait dans le cadre d'un colloque sur les représentations de la foule, une belle intervention autour de Nous les vagues et ses devenirs scéniques. La communication est désormais en ligne.

    Où il est question, entre autres, de la mise en scène de Patrice Douchet au théâtre de la Tête Noire à Saran.

     

    "Apparaissons, tenons debout", quelle représentation de la foule dans Nous les vagues?

     

    Sylvain Diaz (2015). "« Apparaissons, tenons debout » : Quelles représentations pour la foule dans Nous les vagues de Mariette Navarro ?". Cahiers Forell - Formes et Représentations en Linguistique et Littérature - Cahiers en ligne (depuis 2013) | La Foule au théâtre | II. Dramaturgies de la foule et principes esthétiques.

    [En ligne] Publié en ligne le 15 avril 2015.

    URL : http://09.edel.univ-poitiers.fr/lescahiersforell/index.php?id=287

     

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  • Une trentaine de jeunes de l'autre côté de la frontière ont travaillé sur mon texte Nous les vagues au saarländisches Staatstheater à Sarrebruck. Plutôt heureuse que les jeunes prennent la relève quand des lieux plus institutionnels se rétractent.

    Au programme de ce spectacle, danse et théâtre, et la très belle traduction de Leopold von Verschuer bien sûr! Ce sera la première création allemande du texte, en espérant qu'il y en aura d'autres!

    La mise en scène est de Jörg Wesemüller, les décors et les costumes de Reyes Perez et la choreographie de Besim Hoti.

    Qui a dit qu'on se calmait un peu en terme de déplacements?

    J'y serai peut-être pour une des représentations, ça commence demain et c'est encore le 19, le 25 avril et le 9 mai...

     

    Wir Wellen (Nous les vagues) créé le 9 mai à Saarbrück

    (Photo en ligne sur le site du théâtre)

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  • En passant par la Hongrie (jour 3)

    (Escaliers du théâtre de Debreçen, détail)

     

    Dimanche matin, c'est table ronde. Pas seulement autour de la lecture de Mi, Hullamok, comme je l'avais initialement compris, mais de tous les spectacles présentés en ce début de festival. Dispositif intéressant: trois "sages" invités, intellectuels, metteurs en scène, poètes, critiques (il y a plusieurs activités par personnes, c'est pour ça que ça fait plus que trois!) sont là pendant toute la durée du festival et pour y assister à tout ce qui se passe.

    Lors de la table ronde (il y en aura plusieurs pendant le festival), et en présence des équipes artistiques, ils parlent de ce qu'ils ont vu, analysent, font leur critique "à chaud" mais tout en donnant la parole aux équipes, en leur posant des questions.

    S'il y a un peu un aspect "jury" quand on attend son tour, se demandant ce que ces illustres intellectuels hongrois ont bien pu penser d'une lecture d'extraits d'un jeune texte français, j'ai été enthousiasmée par cette idée-là: mettre la critique et la pensée au cœur même du temps théâtral, ne pas dissocier mais pouvoir analyser "en temps réel" ce qui est en train de se faire, les formes qui apparaissent, mais aussi les écueils ou la façon dont les textes dialoguent entre eux. Je me prends à rêver de ça, partout, tout le temps: redonner une place à des penseurs, à des gens qui n'ont pas peur de parler de forme, de faire des liens entre les œuvres, les artistes, les époques. Je me prends à rêver d'une critique qui ne se contente pas de raconter l'histoire ou la psychologie des personnages pour finir par dire "j'ai aimé" ou "je n'ai pas aimé".

    Bien sûr il y a peu de public en dehors des personnes concernées, bien sûr il faudrait que la pensée soit partagée par tous ceux qui aiment les arts, que les étudiants puissent prendre le relais, qu'on agite encore plus... Mais ces deux heures dans une salle de danse perchée tout en haut du théâtre permettent au moins de faire naitre en moi une immense soif d'analyse et de critique. Et que ce soit rigoureux. Et que ce soit systématique. Et qu'on se construise une vision d'ensemble, une exigence.

    J'imagine: que pas un texte de théâtre ne soit publié, lu, joué, sans que ce travail-là soit fait, d'en évaluer la nouveauté, les forces et les facilités, ce en quoi il est unique, ou bien au contraire inscrit dans une tradition, une lignée, une famille, et quelle façon il propose d'envisager le plateau.

    Quand arrive le moment d'évoquer la lecture, il est directement question du genre. De la nécessité théâtrale du texte. De sa possibilité d'être envisagé aussi comme un livre à lire pour soit, entre récit et poésie, pour se faire ses propres images. Est-ce que le plateau n'est pas réducteur pour une forme aussi ouverte?

    Je parle du texte, de cette volonté première depuis Alors Carcasse de me construire un espace de liberté par rapport aux formes théâtrales plus classiques. Je rappelle cette conviction (sans doute un peu prétentieuse) que le texte de théâtre contemporain doit être là pour proposer aux metteurs en scènes et aux interprètes une façon de bousculer eux aussi leurs arts en trouvant de nouvelles solutions, en se mettant à l'écoute de nouvelles matières comme ils sont à l'écoute de l'évolution quotidienne du monde.

    Je parle de la contrainte formelle du "nous", (difficile, me dit Szofia, à traduire en hongrois parce que l'usage des pronoms n'est pas le même). Je parle de la façon dont j'aime voir des groupes évoluer sur scène, que ce soit dans le théâtre ou dans la danse, de la façon dont, je ne sais pas pourquoi, toujours, ça m'émeut. Je parle du théâtre comme espace d'expérience pour comprendre les phénomènes sociaux aussi, politiques.

    Mes interlocuteurs acquiescent, me parlent de poètes hongrois qui proposent aussi aux metteurs en scène des formes de défi. Ils me souhaitent de trouver la bonne équipe, qui accepte de me suivre et de se laisser faire par cette expérience. J'ai eu plutôt de la chance jusqu'à présent, chaque texte a trouvé assez fou pour le prendre à bras le corps. Mais oui, trouver la troupe pour qui j'écrirais plus particulièrement, qui se jette dans mes propositions bizarres, teste et ne se décourage pas, prenne le risque que ça ne marche pas, que je me sois parfois trompée: à bon(s) entendeur(s)...

     

    *

     

    Le temps de manger une dernière fois au bar qui nous sert de cantine, et nous repartons pour Budapest, d'où décolle en début de soirée le vol pour Paris.

    Plutôt que de reprendre directement l'autoroute, nous nous aventurons dans la Puszta, grande pleine hongroise, où la vue est dégagée à plus de 50 kilomètres, où je respire à pleins poumons avant de retrouver Paris et ça fait un bien fou.

     

    En passant par la Hongrie (jour 3)

    En passant par la Hongrie (jour 3)

    En passant par la Hongrie (jour 3 et dernier)

     

    (Puszta, mars 2014)

     

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    En passant par la Hongrie (jour 2)

    En passant par la Hongrie (jour 2)

    En passant par la Hongrie (jour 2)

    (Debreçen, mars 2014)

     

    Ce samedi matin, on prépare la lecture de Nous les vagues. Avant ça, j'ai un peu de temps pour chausser mes lunettes de soleil et faire un petit tour dans le centre de Debreçen. (Ci-dessus quelques photos touristiques volées, donc.)

    Un tour rapide, parce qu'à mon retour au théâtre les comédiens m'attendent avec pas mal de questions, me demandent de leur parler de la genèse du texte, mais aussi de chacune des différentes parties de Nous les vagues. Ils ont quelques heures pour appréhender l'ovni, dans sa forme et dans ce qu'il raconte. Je crois qu'ils sont perplexes, et c'est bien normal.

    Ils sont deux, un jeune homme et une jeune femme, dirigés par un des stagiaires en mise en scène du théâtre de Budapest. Il a fait un montage, distribué les voix. Il avait d'abord pensé travailler avec toute une promotion de jeunes acteurs, mais au dernier moment ça n'a pas été possible. C'est donc la ligne intime qui est privilégiée dans cette configuration, la foule a plus de mal à apparaître mais je vois assez bien ces deux acteurs comme protagonistes de l'attente puis de l'histoire d'amour explosive.

    La malicieuse Zsofia a l'idée de proposer à Christian Paccoud d'accompagner la lecture à l'accordéon (ou plutôt, de le kidnapper alors qu'il s'apprêtait à prendre tranquillement son café...). S'en suit une répétition assez cocasse, les acteurs jouant en hongrois, Zsofia traduisant en direct le texte à Christian pour qu'il puisse avoir ses repères, moi essayant d'avoir une vue d'ensemble de ce joyeux capharnaüm.

     

    En passant par la Hongrie (jour 2)

    En passant par la Hongrie (jour 2)

    En passant par la Hongrie (jour 2)

    (Photos de répétitions)

     

    Pendant la lecture je me laisse porter par les vagues hongroises, j'essaye de reconnaître des passages du texte, me repère aux ruptures, je me perds dans le visage des comédiens, je me raconte la flamme qui grandit, et comme à chaque lecture, quelle que soit la langue, je me demande comment ça peut être perçu par ceux qui découvrent, j'ai peur de l'incompréhension, de l'ennui, je guette la moindre réaction, le moindre sourire.

    Le jeu des comédiens me paraît très fluide, à la fois naturel et précis, peut-être manquant un peu de ruptures pour laisser entendre la part du texte plus distancée, plus récitative. Mais ce n'est que l'idée que je m'en fais, en regardant les corps, en écoutant les voix.

     

    *

     

    Et puis je continue mon séjour dans le festival, je me glisse dans les répétitions d'un spectacle qui mêlera chant traditionnel hongrois et flamenco, le dialogue est étrangement évident entre ces deux formes, les chants de douleur sont sans frontière.

    Le soir je vais voir la mise en scène d'un texte contemporain hongrois, je me raccroche à la scénographie et aux jeux des acteurs pour entrer dans cette histoire dont je ne comprends pas un mot, et ça opère assez bien, les signes sont clairs, je ne m'ennuie pas, fais travailler mes yeux et mon imagination. J'envie un peu le travail de troupe et son énergie, la possibilité dans l'organisation du théâtre (tout comme en Allemagne) de pouvoir avoir du monde sur le plateau, une quinzaine d'acteurs d'âge et de corps différents. Nous avons d'autres libertés ici, mais celle-là me manque souvent: avoir le luxe d'être nombreux. Mi, Hullamok.

    (A suivre..)

     

     

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