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    Aujourd'hui a été une journée importante dans ma réflexion sur Nous les vagues, puisque le collectif A mots découverts m'a proposé une séance de travail autour de ce texte, qu'ils avaient lu et apprécié: onze comédiens étaient donc réunis autour d'une table pour faire entendre le texte, à brûle-pourpoint, et discuter ensuite de ses enjeux, de forme comme de fond.

    J'en retiens des pistes de retravail, des choses à préciser, d'autres à réduire, et je suis sincèrement touchée par la rencontre, de ces lecteurs qui pour certains m'avaient aussi fait des retours très sensibles sur Alors Carcasse

    Il a été question de théâtre et d'installation, de poésie, d'art plastique et de musique, et du choix qu'il reste peut-être encore à opérer quant au devenir de cet objet, qui engendrera certainement ici ou là quelques modifications.

    Il a été question du fantasme de la révolution et de nécessité politique, d'amour et de romantisme (c'est moi qui ai lancé le mot en prenant conscience que certains passages de mon texte pouvaient avoir cette dimension-là, entre la révolution, l'amour et la mort...), on a interrogé la nécessité et la place des personnages, et de la narration, la pluralité de voix, les indications de jeu ou leur absence, la dramaturgie de ces flux et reflux, la langue qui se suffit à elle-même et risque parfois de faire écran, les voix qu'il faut parfois savoir briser et rendre plus rugueuses, les moteurs de jeu propres à chaque partie...

    Voilà, je note aussi ici, pour ne pas oublier, le temps de replonger dans les vagues. Mais la plongée est pour bientôt, j'en ai la grande envie en tous cas. Merci encore aux lecteurs passionnés de ce matin. 

     

     

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    Me voilà de retour à Lyon, la tête encore pleine de cette première expérience de lecture de Nous les vagues, puisque c'est la toute première fois que ce texte rencontre un public. Toutes mes craintes ("c'est trop abstrait", "c'est trop radical", "c'est trop personnel") sont assez vite tombées face au micro et surtout aux visages attentifs, souriants, émus.

    Pour la seconde fois de ma vie (la première, c'était à Strasbourg, il y a quelques années, pour la lecture d'un autre texte), quelque chose en moi était très fortement en lien avec le lieu et le moment de ma lecture, ainsi qu'avec les personnes qui m'écoutaient, que je les connaisse ou non, et m'ont fait redécouvrir en les disant certains passages de mon texte.

    Le dialogue qui a suivi avec les spectateurs a confirmé cette impression. J'ai pu je crois faire passer ce qui me tenait à coeur, c'est à dire d'abord un rapport à la matière, à la chair, à l'émotion, au souffle. C'est à dire une forme, d'abord, qui oriente l'écoute.

    Je me suis rendue compte à quel point le fait d'avoir commencé ce texte en Algérie, et dans un contexte de résidence où les dialogues ont été nombreux, chaque soir, sur la situation politique mondiale, algérienne, française, à quel point tout cela est passé dans mon texte, entre les mots peut-être, dans un certain essoufflement de ce flux qui devient très un reflux, une impuissance, une fatigue.

    J'ai aussi lu en pensant beaucoup, beaucoup plus fortement que je ne l'avais imaginé, au travail du collectif Noir sur Blanc, à la façon dont il se passe dans les interstices, dans les marges des institutions et des choses attendues, à quel point il cherche la liberté, la reconquête des territoires confisqués, et mon texte ne parle que de ça.

    Par exemple, un passage de la seconde partie, qui était exactement ce que nous étions en train de faire avec Gertrude II et Chrysalide au musée?:

    "Nous avons mis en oeuvre la première incursion, presque invisible, la petite faille nous l'avons creusée tout de même, avec nos pas dans l'escalier, avec nos corps sur la moquette, avec les dossiers ouverts un par un, les secrets abolis. Nous avons fait première attaque douce, première indolore morsure."

    Mais ce qui a aussi touché, c'est que le sens du texte restait ouvert et pouvait concerner plusieurs situations. Comme une vague, m'a-t-on dit, dont on ne sait jamais quelle forme elle prendra, et qui peut arriver sur le rivage comme une caresse imperceptible ou une explosion fracassante. Dont on ne sait pas exactement d'où elle part, non plus.

    Et puis, à la fin, un très jeune homme est venu vers moi. Il était entré au musée par hasard, je l'avais vu passer du temps devant chaque oeuvre, tout observer, tout vivre avec les oreilles et les yeux, comme le font peu de visiteurs. Par hasard aussi, il a assisté à ma lecture, et m'a dit que pour lui, c'était l'histoire des harragas, ces jeunes qui cherchent à traverser la mer clandestinement, d'abord pleins d'espoir dans cet ailleurs, puis qui déchantent, puis qui rencontrent, frontalement, la douleur. Si ce n'est pas ce que raconte mon texte, c'est par contre exactement son mouvement, et j'ai été boulversée que ce soit cela qui passe, plus que l'anecdote, parce que c'est exactement ce que je cherche en écrivant. Toucher à impressionner par-delà la narration, à donner la sensation de ces vagues qui traversent en continu l'individuel et le collectif. 

    Hasard aussi, ou plutôt réalité je crois des préoccupations qui circulent entre les artistes à une même époque, l'oeuvre exposée par Ammar Bouras, Article 13 (vidéo ici), met en scène des vagues à partir de l'article 13 de la déclaration des droits de l'homme sur la liberté de mouvement: "Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat, toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays."

     


    Mama

     

    [Installation et réglages de l'oeuvre d'Ammar Bouras au MAMA, septembre 2010]

     

     

     

     

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    mama

     

    [La lecture se fera pas loin du petit bonhomme. Au cas où.]

     

     

     

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    Hier après-midi, le public était invité à rencontrer les artistes de L'attente, à les écouter parler de leurs oeuvres, chose encore inhabituelle dans ce MAMA récemment rouvert. Que chacun ait pu parler de ses intentions, et des réalités politiques qui les sous-tendent, c'est un petit pavé dans la mare. Nous ne savons pas encore quelles en seront les répercussions. Les vagues formées par ce pavé-là.

     

     

     

    Lectures

    [Les artistes plasticiens Amina Menia, Ammar Bouras, Perrine Lacroix et Sandrine Picherit]

     

     

     

    Cet après-midi, je lirai Nous les vagues, et Hajar lira une nouvelle tout aussi politique. Dans le sens où, dans son texte comme dans le mien, ce n'est pas un gouvernement en particulier qui est visé, mais le rapport au pouvoir, à ses abus, à la façon dont on s'en échappe ou tente ou rêve de le renverser. Je n'ai pas écrit mon texte en pensant à l'Algérie, plutôt à la situation mondiale, à la façon dont pourrait être renversé un système, dénoncées les nouvelles idéologies qui mènent le monde et montrent le vrai visage, dur et décomplexé, des relations sociales.

    Mais en travaillant à ma lecture ici, je sais que Nous les vagues parlera aux algériens d'autre chose, comme il résonnerait il me semble à des endroits différents dans chaque pays, quelle qu'en soit la situation politique. Parce que c'est au niveau mondial que les choses dérapent en ce moment. L'Europe en est un triste exemple. Reculs sociaux, obscurantismes, impossibilité de construire une pensée commune. La liste est longue.

    Je sais que ce texte peut déranger, en Algérie comme en France, peut-être qu'il transgresse quelque chose, quelque chose comme le politiquement correct, et pourtant je l'ai pensé comme une interrogation citoyenne, une mise en question de ce que peut-être le collectif aujourd'hui, de ses forces et de ses impasses... Le texte est peut-être maladroit, tant il émanait du ventre plus que de la tête, mais j'ai envie de continuer à croire à sa nécessité. 

    Je commence à comprendre aussi, qu'en France comme en Algérie la politique est un gros mot, dans le théâtre, dans la littérature. Ce n'est pas de bon ton. Ce n'est pas à la mode. Quand on est trop frontal, on nous accuse d'être naïf, ou colérique, ou schématique, ou nostalgique des idéologies passées, or l'idéologie est un gros mot aussi, comme si on n'était pas baignés dedans en permanence. 

    Aujourd'hui j'aurai aussi une pensée pour les français qui seront dans la rue, pour dire non à une réforme des retraites pénalisante pour tant d'entre nous, et qui serait le pas de trop vers l'exhacerbation  des inégalités sociales, et de l'individualisme. Pour dire non aussi à un gouvernement xénophobe, inculte et habile à saccager les bases et les liens.

    C'est par cela que commence mon texte: occuper les rues. Se montrer. Se compter. Dire collectivement non. 

    Coïncidence des dates, c'est aussi l'anniversaire de mes parents, qui ne sont pas pour rien dans mes idées politiques et mes envies de les écrire.

    Je vous souhaite à tous un 23 septembre politique et joyeux.

     

     

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    3 commentaires
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    Déballage d'une partie du dyptique photo d'Halida Boughriet, jeux de lumière, on dirait de l'or...

     

    mama

     

     

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