• Première critique des Feux de Poitrine

     

    C'est notable, parce que les critiques de livres de théâtres sont plus rares, et souvent plus sommaires que les critiques de spectacle, une première critique des Feux de Poitrine dans le blog théâtral Le souffleur. L'article est accessible ici sur son site.

     

    Première critique des Feux de Poitrine

     

    "Divisé en cinq séquences, cinq hypothèses de fêtes, l’auteur nous brosse le portrait de l’évènement que l’on crée « pour rester vivant ».
     
    Ce texte, fruit d’une commande passée par Anne Courel et la compagnie Ariadne permet à Mariette Navarro de percer dans son écriture mêlant dramaturgie théâtrale et prose classique. Les personnages n’existent que le temps d’une séquence et disparaissent pour laisser place aux suivants, qui reprennent le flambeau de ce feu qu’il ne faut pas éteindre, pour raconter la nécessité de la fête et sa nécessité. On y parle de l’instant de la cohésion sociale, de la rencontre, du jeu du paraître et des masques qui corrompent certaines identités, celles des figures tristes qui préfèrent se tenir à la marge de l’engouement général, et rester seuls. Et avancer seuls. Il y a souvent une démarcation bien nette entre le chœur (des enfants, des proches, le chœur du plus beau jour de notre vie, celui des adultes invisibles) et l’individu qui, un soir de fête, vit un véritable choc.
    Comme « Lui », qui revient dans La Fête du Retour, se faire fêter par des proches qu’il n’a pas vus depuis longtemps, et qui veulent bien faire, le mettre à l’aise. On comprend qu’il sort de l’hôpital, on comprend que son rapport à la vie est terni, qu’il n’attend plus les mêmes choses. Mais pour faire bonne figure, il reçoit cette fête, la supporte. Finalement, cela devient un difficile face à face, une confrontation entre deux aspirations de l’existence qui ne peuvent s’entendre réellement.
     
    Il y a ce marcheur et cette marcheuse dans La fête des neiges qui débarquent dans une rêverie inspirée de celle du Grand Meaulnes. Une fête de l’enfance, de l’émerveillement, un temps suspendu. Mais quand il veut avancer, elle veut rester. Ils ne se comprennent déjà plus et la fête achève de les séparer.
     
    Écriture douce-amère, flot de paroles précis et qui porte. Il y a là comme la nostalgie de quelque chose qui aurait dû advenir, mais n’est pas arrivé. Ou de fêtes qui se terminent trop tôt, et entraînent avec elles la fin de la jeunesse, de certains possibles, d’une insouciance. Le quatrième texte intitulé La fête électrique en atteste. Inventaire alternant les tournures nominatives et infinitives, elle parle de la de la fête à laquelle chacun est appelé à participer, celle qui fait le lien entre l’adolescence et le début de l’âge adulte, celle qui commence tôt le soir et finit tôt le matin. Quand les corps n’en peuvent plus et qu’ils ont déjà vieillit d’avoir joué de tous ces désirs de poitrine, de cœur, de ventre.
     
    Enfin, il y a ces hypothèses de fête laissées au libre jugement du metteur en scène, qui pourra en faire des fêtes transitoires. Des sortes de flashs visuels qui racontent des fêtes intérieures : le moment où l’on va dire quelque chose d’important et que le corps s’affole, l’instant où l’on traverse une foule en liesse et que le corps s’électrise, un événement mystérieux qui réunit, rallie à la même énergie, au même feu.
    Tous ces instants universels, pour rester vivants.

     
    EXTRAIT :

    « -3- La fête du plus beau jour de notre vie »

    LE CHŒUR DU PLUS BEAU JOUR DE NOTRE VIE :
    En cette date, il ne serait pas raisonnable de ne pas se réjouir
    Ou pire
    (oui pire)
    D’être là par hasard,
    Avec son cœur battant normalement,
    Avec ses préoccupation courantes,
    Avec aucune larme au coin de l’œil
    Avec aucune conscience du moment inoubliable.

    Sur la piste de danse, même les enfants sentent que la pièce est saturée de magie.
    Ils sont dans une autre dimension.
    Ils ne pourront jamais le dire mais ils le sentent. C’est certain.
    Ils sont envoûtés.
    Ils sont déchaînés.
    Dans toutes les fêtes ensuite, ils chercheront à retrouver cette excitation-là, ce corps débridé jusqu’à l’hystérie.
    Ils sont en lien direct avec l’esprit de la fête.

    [p.49]

     

    La pièce a été publiée aux Éditions Quartett en 2015

     

    « "Apparaissons, tenons debout", quelle représentation de la foule dans Nous les vagues?Les Feux de poitrine dans l'Avant-Scène »
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