• Premiers jours

     

    Premiers jours

    (Quand Alice vide son camion avant le montage)

     

    Au premier jour des répétitions il y a cette joie un peu magique : les mots échangés depuis des mois dans le monde des idées et de la dramaturgie sont devenus des éléments concrets, palpables, la maquette occupe maintenant tout l’espace de la scène de la Fabrique, les comédiens se retrouvent ou se rencontrent, les costumes de répétitions prennent leur place sur des portants, on ouvre un verre, on se fait trois bises, on prend des habitudes.

    De spectacle en spectacle, l’équipe technique affine sa façon de préparer les répétitions, tout est prêt à être testé, éprouvé dès les premières heures, l’écrin rêvé tient debout, prêt à être questionné, habité. Les répétitions complèteront, transformeront un espace qui portera au mois d’avril la trace de ce vécu commun, de ces six semaines de traversée.

    Dans ces tous premiers instants, nous avons plusieurs chantiers à avancer en parallèle. D’abord celui de faire récit commun : non pas le récit du spectacle, pour le moment, mais le récit de ce qui l’entoure, le précède. Nous racontons, précisons, inventons des histoires autour d’une table. Des histoires de liens. Des liens de toute sorte, mais des liens en danger, dont on devra sentir la fragilité tout au long de la pièce. Liens de famille, d’amour, d’amitié, mais aussi liens sociaux, historiques. Liens coupés, perdus, tendres ou tendus, parlés ou tus. On précise, affine. Le plus important c’est de croire à ces vies-là, à leur dimension réelle, à leur vrai chagrin (et leurs vraies joies !).

    Avec Caroline, Claire, Alice, Benjamin, Antoine, Jérémie, nous avons depuis plusieurs années l’habitude de cette parole mise en commun, personnelle, pragmatique, parfois théorique mais toujours repassée par le filtre du sensible, de l’intuition. Nous parlons beaucoup de nous, ou plutôt de notre observation des êtres humains qui nous entourent. Des faits divers aux bouleversements infimes, quotidiens. Des livres lus (et qui sont notre socle aussi pour ressentir le monde), des films vus, des anecdotes recueillies par l’un ou par l’autre.

    Chaque fois nous essayons de répondre à cette question : quelle histoire raconter aujourd’hui ? Ne rien démontrer, ne pas prétendre tout comprendre, mais faire vibrer les forces en présence.

    Les comédiens entrent dans le jeu du récit, on rature, précise, corrige notre « roman du spectacle » (on dit aussi notre « bible », comme les scénaristes de série). Il faut que chacun se documente sur le domaine dans lequel évolue son personnage, s’en approprie les mots, et en même temps une certaine façon de voir le monde.

    Le second chantier est celui d’habiter le nouvel espace. D’en découvrir le fonctionnement propre, inédit. Avant même d’inventer et de construire. Arpenter, mesurer, vivre dans l’atelier de tous les chagrins à consoler, et le faire vivre en mettant la main à la fabrication.

    Dans ce projet ambitieux il faut trouver notre propre mode de récit, la façon dont les histoires vont dialoguer avec les images et les lieux, et les différents temps avec l’intemporel. En explorateurs il faut trouver notre propre façon circuler dans les espaces-temps, en éprouver les glissements, les superpositions, les ruptures, dans une construction qui n’aura rien de linéaire.

    Quand je quitte Valence pour ne revenir qu’en fin de semaine prochaine, deux heures d’impros ont déjà chamboulé le plateau, des histoires ont été vécues, des liens découverts. J’imagine depuis le train ce qu’il en sera dans une semaine.

    (A suivre).

     

    Premiers jours

    ( Image des premières improvisations, février 2015)

     *

    Le Chagrin, c'est avec: Dan Artus, Caroline Cano, Chloé Catrin, Violette Garo, Mehdi Limam.

    Un spectacle des Hommes Approximatifs / Mise en scène Caroline Guiela Nguyen / Scénographie Alice Duchange / Costumes Benjamin Moreau / Création sonore Antoine Richard / Collaboration à la composition musicale Teddy Gauliat-Pitois / Création lumière Jérémie Papin / Dramaturgie Mariette Navarro / Collaboration artistique Claire Calvi / Suivi artistique Julien Fišera

     

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  • Commentaires

    1
    Malone
    Mardi 17 Février 2015 à 11:04

    "Trois bises " à tous et je vais prendre avec plaisir " l'habitude" proposée par Mariette de vous suivre.Merci Mariette de nous faire sentir les vibrations de la construction  de Chagrin.

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