• Préparer le terrain de jeu


    "Et si les arrière-petits-enfants des nihilistes avaient déménagé depuis belle lurette, quittant la boutique de bondieuseries empoussiérée qui nous tient lieu de conception du monde? S'ils avaient abandonné les entrepôts à moitié vides où sont stockés les articles valables et valides, utiles et nécessaires, justes et justifiés pour retourner vivre à l'état sauvage, dans cette jungle où nous ne pouvons plus les voir, encore bien moins les atteindre? Et si la Bible, la Constitution et le code pénal n'avait jamais été davantage à leurs yeux qu'un mode d'emploi, un ensemble de règles pour jeu de société? Si la politique, l'amour et l'économie n'étaient pour eux qu'une compétition? Si le "Bien" n'était qu'efficacité maximal à enjeu minimal, le "Mal" en revanche simple résultat non optimal? Si leurs motivations nous échappaient parce qu'elles n'existent pas?"

    Julie Zeh, La fille sans qualités. (Spieltrieb, 2004). Première page.

    Actes Sud, 2007, dans une traduction française de Brigitte Hébert et Jean-Claude Colbus.

     

    La lecture de ce roman contemporain, où le jeu pervers de deux adolescents tourne au carnage, les échos qui me frappent de plus en plus entre le texte de Brückner et les Liaisons dangereuses, et puis les répétitions de notre spectacle dont les éléments se mettent en place petit à petit : tout renvoie aux notions de manipulation, de jeu.

     

    Il s’agit aujourd’hui de préparer le terrain de jeu pour Maladie de la jeunesse : celui des comédiens (créer le cadre des improvisations, imaginer un environnement qui évolue et influe sur le jeu comme le jeu influe sur lui…), mais aussi pour les personnages. Pour Freder et Désirée, d’abord, et petit à petit pour tous les autres : la vie vue comme un jeu de stratégie. Au-delà de toute morale, de tout sens. Par-delà le bien et le mal, puisque ceux-là s’amusent à citer Nietzsche. La vie comme une application mathématique qu'on peut expérimenter au dépends des autres quand on a un peu d’avance. Aucune autre philosophie que celle du pari, de l’instant, du plaisir. Pour se détacher totalement des affects et du monde qui les entoure. Du jeu policé au déchaînement sauvage. Pour au moins tromper l’ennui.

    « De quoi sont-ils malades?Nous les vagues? »
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