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    Pendant ce temps, j'ai laissé reposer la première version de Prodiges® quelques semaines, n'étant plus capable d'y voir vraiment clair dans cette construction, qui, comme souvent, a avancé à tâtons, avec des choses dont je suis certaine et d'autres, je m'en rends compte maintenant, qui sont comme autant de petites béquilles apparentes, lorsque j'ai éprouvé le besoin d'écrire dans la bouche des personnages ce que j'étais en train de faire, ce que je voulais dire.

    Ces maladresses sautent aux yeux, surtout quand un regard ami, aiguisé et indispensable les pointe du doigt. Je m'y sens dévoilée, mise à nu, avec mes gros sabots de première maçonnerie. Vient donc l'étape d'affinage, de redressement aussi des déséquilibres de la construction, et de consolidation de la fin. Le début tient, je crois, les deux premiers tiers, les fondations sont là, mais le toit laisse encore passer quelques courants contradictoires. Le gros oeuvre n'est pas tout à fait fini, il va falloir, je le crois, me mettre à la dramaturgie.

    *

    Je détricote. Je retricote. Avec les mêmes fils. Plus solidement.

    *

    Je libère les personnages des sous-textes encombrants que je leur faisais porter. Je leur ouvre quelques portes nouvelles vers le réel. Et des idées qui restaient là, immobiles avec leurs allures de gyrophares, tenter de faire de la lumière en mouvement.

     

     

     

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    Moment étrange où, après avoir travaillé plusieurs mois sur la fabrication d'une pièce, tout d'un coup on entrevoit la fin. On l'entrevoit, on ne la tient pas tout à fait, on l'a encore sur le bout de la langue. Le brouillard, le doute n'ont pas tout à fait fini de se dissiper, mais au moins ce qui est derrière, les deux gros premiers tiers, sont posés et commencent à arrêter de me glisser entre les mains à chaque fois que je vais pour les toucher. Il y a un mouvement que je peux enfin identifier, il y a quelque chose qui avance. 

    Je commence à sentir le poids, la juste constistance de Prodiges®, qui a fini de me couler entre les doigts comme de l'eau et se laisse maintenant saisir et tendre, épaissir. Bientôt sculpter, ciseller dans les détails. Retailler au métronome. J'espère. Faire de mes gros sabots un peu de dentelle, c'est ce que je préfère.

    Je ne sais pas encore à quoi ressemblera dans les corps et dans les voix ce nouveau texte si différent des autres. Je me dis: surprise! et félicitations madame, c'est une comédie, si on m'avait dit... Je tremble de ne pas être à la hauteur du genre, et d'être allée trop loin dans mon goût de la blague et du jeu sur les mots. Je m'amuse avec des personnages qui s'amusent, et pourtant je m'entends crier les mêmes cris politiques. je ne sais pas encore vraiment ce qui ressortira de ce nouveau magma.

    De ce qu'il me raconte, des portes qui s'ouvrent à mesure que je l'écris, des liens qui se tissent à mille autre pensées, sous forme de clins d'oeil, je ne sais pas encore ce qui parviendra au lecteur, au spectateur. Pour être sûre que le texte ne me trahisse pas, qu'il ne s'égare pas, qu'il ne cède pas à mes facilités il faudra le relire, le relire, le relire encore. Travailler. Vérifier que les fils sont bien tirés d'un point à l'autre. Resserrer tous les écrous. Afiner le sens, pousser les ouvertures jusqu'au vertige. Spectateur, c'est à toi que ce texte sera adressé en toute proximité, il faut que je veille à ce que jamais ton attention ne se relâche, et pourtant je te demanderai beaucoup. De l'attention, de l'empathie et de l'esprit critique. Il faut que je t'amène où je veux t'amener, sans que tu sois dupe que tu te laisses bluffer un peu (pour jouer) c'est là au fond le seul prodige qui m'importe. 

    Comme rarement je ne l'ai fait, penser les personnages, aussi, parallèlement à la voix d'ensemble qui se développe implacablement (on croit), pour mieux petit à petit être percée de trous, de doutes et de disfonctionnements (on se rend compte). Ces trois vendeuses dont la malice, le plaisir à se prendre au jeu qu'elles inventent commence à me plaire sérieusement et guide mon écriture. Et même, elles me surprennent, et je me rends compte que je peux les amener plus loin dans la malice que ce que j'avais initialement imaginé. Elles s'entendent bien, je crois, à faire sonner les mots ensemble. J'ai l'impression qu'elles ont beaucoup lutté pour que je les prenne aux sérieux, et pour que je les sorte un peu de leur photo de pub, mais c'est chose faite, j'espère.

    Plusieurs issues sont possibles pour la fin de ce voyage. L'une d'elle m'appelle plus fort que les autres au moment de prendre le virage. Plonger dans la magie annoncée par le titre. Vraiment. Ou me laisser surprendre encore. 

     

     

     

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    Gribouilles

     

    Et les doigts dans le cambouis difficile d'en dire vraiment plus pour le moment, le nez dedans, attendre que ça tourne, que peut-être ça fonctionne et décolle, le ronronnement du théâtre...

     

     

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    Félicitations, madame, c'est une comédie.

     

    Prodige du latin prodigium «événement prodigieux, chose merveilleuse»

    1. événement extraordinaire, de caractère magique ou surnaturel

    d'où 2. a) personne extraordinaire b) chose extraordinaire, surprenante.

     

    Voici mon titre! Après plusieurs mois de "brainstorming" infructueux (titres trop longs, trop moches, trop précis, trop réducteurs, trop lointains, trop banals, déjà pris), voici que s'impose Prodiges®. Le petit"®" sera peut-être facultatif, on verra, il s'agit de garder trace de "la marque" sans la citer, et donc d'évacuer la référence pour mieux la faire passer dans la situation même. C'est bête, mais c'est une vraie délivrance de ne plus me heurter à ce mot-marque-référence à chaque fois que j'ouvre mon document de travail, et à pouvoir plonger maintenant intégralement dans mon univers.

    Et "Prodiges" semble cristalliser plusieurs pistes autour desquelles je tourne dans ce texte:

    - les articles vendus comme prodigieux, magiques, merveilleux et leur faculté revendiquée de changer la vie, de s'inscrire dans le progrès et dans une "formidable aventure humaine".

    - Les trois personnages, trois petits "prodiges" de la vente et de la parole.

    - Mais aussi, surtout, le prodige que représente le récit, la fiction, qui peut construire et déconstruire des mondes devant nous, provoquer toutes sortes d'émotions, jouer avec les différents niveaux de réel.

    Le prodige, en résumé, est donc aussi celui de la représentation, et revoilà la boucle bouclée avec la situation de théâtre en appartement et le rapport très direct aux spectateurs.

     

     

    Prodiges®

     

     

    Le titre m'a aidée à mettre les différents éléments en place, même si je n'ai pas encore la totalité du texte et que je ne sais pas comment cela va se développer. J'ai du moins les principaux fils à tirer pour une première version que j'aimerais pouvoir dérouler d'ici la fin du mois de septembre. Une version qui explore les différents possibles de ces Prodiges®, il sera bien temps de trier et réduire par la suite s'il y a trop de fils ou trop d'informations contradictoires. Pour l'instant tout est encore ouvert. C'est là tout le prodige de l'écriture en train de se faire lorsqu'enfin on tient son entrée, sa ligne, et qu'il n'y a plus qu'à écrire dans la bonne direction.

     

    PS: Je viens de voir Pater d'Alain Cavalier, ce film me confirme cette envie que j'ai, du moins dans le texte, d'un jeu permanent sur les différents niveaux de réel. Pendant deux heures, j'ai vu deux hommes "jouer à", et se prendre à leur propre jeu pour le commenter immédiatement derrière, avec des procédés très proches de ceux que j'aimerais utiliser dans l'écriture de Prodiges®, sauf que dans le film de Cavalier tout semble improvisé (je ne sais pas ce qu'il en est exactement, mais il me semble que c'est le cas), et qu'ici il s'agit d'un texte que je voudrais être une petite mécanique très précise, une dentelle tricotée avec tous les différents niveaux. Le "réel" sera sans doute aussi moins présent (le premier niveau de réel étant lui-même la fiction de la réunion), mais il faudrait qu'à quelques reprises le trouble s'installe réellement. Jouer avec l'espace et le temps de la représentation, c'est de toute façon la base.

    Je cite un article du Monde consacré à Pater, que je trouve assez juste, et pour mémoire. Je vous ouvre mes notes. "Vincent Lindon sera donc le cobaye. Le film qui est né de leur rencontre pourrait être décrit comme une tentative d'épuisement, au sens que Georges Perec  donna à l'expression, de la relation acteur-cinéaste, dont les modalités sont démultipliées. A la faveur d'une mince proposition de fiction (Cavalier serait le président de la République et Lindon le premier ministre), les identités des deux protagonistes glissent tout au long du film de leur état civil à leur état fictionnel, quand elles ne sont pas suspendues entre les deux, dans une nébuleuse qui apporte au film sa surprenante fluidité." (I. Regnier).


     

     

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    J'avais oublié, comme à chaque fois, à quel point l'écriture est un travail de fourmi, à quel point chaque micro-avancée est suivie et précédée de moments de vide, de fatigue, de découragement, de maux de tête, d'ennui (mais, dit la voix en moi, tu l'as voulue ta liberté d'écriture, alors tu restes là, vissée à ton bureau d'écriture, à ton fauteuil de lecture, et de toutes façons il pleut), de diversions en tous genres (n'est-ce pas la huitième fois depuis ce matin que tu passes l'aspirateur? que tu ranges ton bureau? la douxième fois dans l'heure que tu relis la presse?).

    Je sens que "ça travaille": la nuit des phrases tournent en boucle, des expressions à la recherche d'un titre, que je n'ai pas encore trouvé, je tourne et je retourne tous les éléments dans ma tête, pour essayer d'y voir plus clair dans les zones encore obscures, pour être bien sûre du centre et, à partir de là, déblayer les différentes pistes, faire des choix et creuser, toujours creuser...

    Mais dans mon travail de fourmi quelques éléments se précisent. Même si le centre est encore fluctuant, je m'appuie beaucoup sur la langue même mise en place par l'entreprise T., les slogans à la pelle sont la matière de base, la langue commune, répétée, déclinée, déployée à l'envi par mes trois personnages, et puis, si j'y arrive, bien sûr, interrompue, enrayée, abandonnée, parasitée. Je sais aussi que ce qui fera le lien avec mes préoccupations, et le principal enjeu entre mes personnages, ce sera la notion de REUSSIR, être des gagnantes, gravir les échelons, réussir sa vie, réussir dans l'entreprise, être les premières (soit l'exact opposé de PERDRE, et donc, évidemment, le même territoire obsessionnel à arpenter)

    Je cherche encore le fonctionnement, la structure, ce qui fait tenir tout cela ensemble, mais je me rends compte que je ne peux pas avancer tous les pions en même temps, alors écrire doucement, ne pas chercher absolument à faire une machine incroyable, une mécanique à tout prix, mais peut-être juste, déjà, un paysage et ses nuances, et les voix qui le traversent.

    Et puis noter tout cela, le plus régulièrement possible, pour m'empêcher de faire marche arrière.

     

     

    Réussir

    [Image extraite du livre Tupperware, la saga française, de B. Jourgeaud, au Cherche midi, qui entre parenthèses est plus un ouvrage publicitaire qu'une véritable étude, mais il contient quelques petites perles dans les citations et les images...]

     

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