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    A la fin de cette première semaine de travail, nous avons commencé à entrevoir de façon plus précise les corps de Dimitri et de Flora, les silhouettes de ces enfants presque adolescents. Une liberté est apparue dans le corps des acteurs, Romain Chailloux (Dimitri) et Carole Dalloul (Flora), une drôle de nonchalance, entre ces deux enfants qui découvrent, en voulant se changer en animaux, les premières attirances. Les premières poses, aussi, les attitudes qu'on se fabrique face à l'autre.

     

     

    Qui a peur du loup?

     

    Dimitri, petit à petit, sort de sa tanière, de sa chambre d'enfant ou de pré-adolescent où il passe des heures à jouer qu'il traverse la forêt. Il décide même à un moment de la pièce que Skate est cassé, qu'il ne lui est plus d'aucune utilité, qu'il ne veut plus jouer. Ses rapports à Livia aussi changent, il s'affirme, il lui tient tête, il résiste quand elle veut lui couper les cheveux. Il veut avoir le contrôle sur son image, il veut devenir un loup.

    Au fil de la pièce, Flora aussi est plus attentive à l'image qu'elle renvoie, progressivement elle se rapproche de Dimitri et veut agir sur son corps. L'un et l'autre modèlent leurs attitudes en fonction du regard de l'autre, tout en jouant encore comme des enfants. On sent petit à petit qu'une métamorphose se prépare. Celle de Dimitri en loup, mais aussi, peut-être, en homme. 

     

     

    Qui a peur du loup?

    [Romain Chailloux dans le rôle de Dimitri et Carole Dalloul dans le rôle de Flora.

    Photos de répétitions]

     

    Travailler sur ces attitudes physiques, d'enfants-ados qui se prennent peut-être un peu pour des personnages de cinéma, a permis de faire ressortir aussi la drôlerie des rapports entre les personnages, malgré le sérieux de ce qu'ils se disent et les choses dures qui  se jouent aussi entre eux. Dans les jeux, les petites touches de couleur et de légèreté que nous recherchons viennent de ce que Carole et Romain réussissent à mettre d'eux, de leurs personnalités pétillantes et de leur plaisir à jouer, dans l'interprétation de Flora et Dimitri.

     

     

     

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    Quand le spectacle s'ouvre, Dimitri est dans sa chambre, boîte dans la boîte, recoin de l'appartement qui lui appartient en propre, endroit de son intimité. Livia arrive du fond du plateau pour lui rendre visite, lui préparer à manger. Et j'ai l'image furtive, avec le blouson en cuir rouge que nous essayons pour les répétitions, que c'est un petit chaperon rouge qui s'approche de la maison où sommeille le futur loup, avec son panier à provisions, son pas énergique et son enthousiasme.

     

    photo de répet

     

    [Livia et Dimitri, photo de répétitions]

     

    Je me dis qu'il serait amusant de continuer à creuser, comme ça, par petites touches, des échos et des références à d'autres contes connus des enfants. D'autant plus qu'ils viennent voir un spectacle qui s'intitule Qui a peur du loup? et qu'ils auront déjà convoqué, consciemment ou non, tout leur imaginaire autour de la question. 

    Plus tard, dans la scène où Dimitri va rejoindre la mère en France par delà la forêt, il se retrouve en plein conte de Cendrillon: bombardée par les ordres qui fusent de toute part, la femme de ménage qu'elle est devenue a à peine le temps de rêver quelques minutes à l'apparition de son petit garçon...

    Ainsi, comme deux têtes sondeuses de notre recherche, nous pourrions aller creuser du côté des échos au monde contemporain tout en tissant des liens vers les contes qui sous-tendent nos imaginaires et ceux des enfants.

     

     

     

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    A cette étape de travail, où nous avons notre décor et commençons à tracer plus précisément les lignes de la mise en scène, il nous paraît important d'être attentifs à l'équilibre qui se dessine entre l'ombre et la clarté, l'obscurité et les couleurs, visuellement comme dans le sens de ce que nous donnons à voir. 

    C'est que dans notre boîte en tulle, où les parois sont tantôt opaques tantôt transparentes, où le mobilier est plutôt sombre, les couleurs des costumes et des accessoires prennent une grande importance. Si Dimitri, au début, se fond dans le décor, Livia et Flora amènent des touches de couleur, de vitalité, de fantaisie. Des rouges, des roses, des bleu ciel.

     

     

    Costumes

    [matériau de travail]

     

    Marine Roussel, costumière du projet, procède par petites touches, pour trouver le bon équilibre dans la peinture de l'ensemble. Manuel Desfeux, l'éclairagiste, travaille aussi sur les ambiances diurnes et nocturnes, chaudes ou froides, selon ce que vit Dimitri.

    Cette recherche est d'autant plus importante que la pièce se compose comme notre décor: un fond plutôt sombre (la guerre, l'isolement, la solitude de Dimitri), sur lequel viennent s'inscrire des moments lumineux: les jeux, les tendresses, les rêves et les envolées.

     

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    La semaine dernière, à Paris, nous avions fait un premier travail à la table pour déterminer les principales options dramaturgiques à mettre à l'épreuve pendant nos deux semaines de résidence. Nous avons par exemple choisi d'accentuer l'abandon de Dimitri, et des enfants en général dans ce monde dévasté par la guerre, en ne faisant pas revenir le personnage de la mère à la fin. Nous mettrons aussi l'accent sur le temps qui passe et qui transforme les personnages, leur fait découvrir aussi la sensualité, le trouble, l'adolescence.

    A présent, nous arrivons dans le décor, la maison de Dimitri, sommairement meublée, qui sera aussi, grâce à l'utilisation de la vidéo, l'espace de ses rêves, et de ses voyages imaginaires avec Skate. Une maison  fonctionnelle, comme on peut en trouver des milliers d'autres à travers le monde et qui ne réussit pas vraiment à avoir la chaleur d'un foyer.

     

     

     

    Premier jour de répétitions

    [Photo de répétitions, Angoulême, 31 août 2010]

     

    Les trois comédiens prennent leurs marques, tandis que les trois personnages commencent à se dessiner. Et, comme à chaque fois que le travail sur scène se met en route, il apparaît des dimensions que nous n'avions pas vues,  des logiques et des couches de sens créées conjointement par l'espace, le texte et le jeu.

    J'ai donc eu la confirmation très forte, hier, au bout de quelques heures sur le plateau, que dans cet univers plein de mystère, chaque personnage avait une quête très personnelle, différente de celle des autres. Chacun projette quelque chose sur cette forêt qui entoure la maison et le village, et sur les loups qui petit à petit se rapprochent des maisons.

    La façon dont Livia (Claire Aveline) regarde par la fenêtre avant de retourner travailler à l'usine, dont Dimitri se sent appelé par la forêt, dont Flora voudrait changer les petits garçons en animaux, puis dont elle attend, pendant plusieurs années, le retour de Dimitri, sont autant de rapports au monde, à un pays dont on ne peut s'échapper, avec lequel il faut composer, bordé de terres inconnues, aussi  attirantes que menaçantes. On entend aussi comme la violence du loup se superpose  dans les imaginaires à celles des hommes, commes Sandor, qui ont terminé une guerre pour aller en poursuivre une autre ailleurs, tandis que les femmes pourvoient au quotidien et que les petites filles, avec des dessins et beaucoup d'imagination, aimeraient rendre inoffensifs les garçons qui les entourent.

    La force du texte de Christophe Pellet est de développer conjointement tous ces points de vue, et de toujours nous donner le choix entre plusieurs visions de la réalité. Le spectateur pourra donc choisir, selon son âge, sa propre expérience du monde et sa perception du spectacle, de suivre le point du vue de l'un ou l'autre personnage, notamment dans la scène où Flora assure que Dimitri s'est transformé en loup avant de s'enfuir et que Livia ne la croit pas, et pense qu'elle lui a simplement tourné la tête. De la même façon, la mort du petit loup à la fin peut être lue à la fois comme réelle et métaphorique, d'autant plus que la mise en scène nous la fera voir à travers le regard de Flora.

    Il me semble donc, en ces premiers jours de plateau, que la gageure du jeu et de la mise en scène va être de continuer à faire vivre ces différents regards, ces différentes réalités et ces différents loups...

     

     

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    [Angoulême vue à travers le théâtre, Août 2010.]

     

    Théâtre d'Angoulême

     

     

     

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