• "Et si les arrière-petits-enfants des nihilistes avaient déménagé depuis belle lurette, quittant la boutique de bondieuseries empoussiérée qui nous tient lieu de conception du monde? S'ils avaient abandonné les entrepôts à moitié vides où sont stockés les articles valables et valides, utiles et nécessaires, justes et justifiés pour retourner vivre à l'état sauvage, dans cette jungle où nous ne pouvons plus les voir, encore bien moins les atteindre? Et si la Bible, la Constitution et le code pénal n'avait jamais été davantage à leurs yeux qu'un mode d'emploi, un ensemble de règles pour jeu de société? Si la politique, l'amour et l'économie n'étaient pour eux qu'une compétition? Si le "Bien" n'était qu'efficacité maximal à enjeu minimal, le "Mal" en revanche simple résultat non optimal? Si leurs motivations nous échappaient parce qu'elles n'existent pas?"

    Julie Zeh, La fille sans qualités. (Spieltrieb, 2004). Première page.

    Actes Sud, 2007, dans une traduction française de Brigitte Hébert et Jean-Claude Colbus.

     

    La lecture de ce roman contemporain, où le jeu pervers de deux adolescents tourne au carnage, les échos qui me frappent de plus en plus entre le texte de Brückner et les Liaisons dangereuses, et puis les répétitions de notre spectacle dont les éléments se mettent en place petit à petit : tout renvoie aux notions de manipulation, de jeu.

     

    Il s’agit aujourd’hui de préparer le terrain de jeu pour Maladie de la jeunesse : celui des comédiens (créer le cadre des improvisations, imaginer un environnement qui évolue et influe sur le jeu comme le jeu influe sur lui…), mais aussi pour les personnages. Pour Freder et Désirée, d’abord, et petit à petit pour tous les autres : la vie vue comme un jeu de stratégie. Au-delà de toute morale, de tout sens. Par-delà le bien et le mal, puisque ceux-là s’amusent à citer Nietzsche. La vie comme une application mathématique qu'on peut expérimenter au dépends des autres quand on a un peu d’avance. Aucune autre philosophie que celle du pari, de l’instant, du plaisir. Pour se détacher totalement des affects et du monde qui les entoure. Du jeu policé au déchaînement sauvage. Pour au moins tromper l’ennui.

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    Du 5 au 23 juillet prochain, nous allons commencer les répétitions de Maladie de la Jeunesse, de Ferdinand Brückner, un projet mené par Mathieu Gérin.

    La pièce se déroule en Autriche, en 1923, parmi un groupe de jeunes étudiants en médecine:


    "Une jeunesse éveillée qui n'a pas trouvé sa place est en danger de mort latent. Encore plus une jeunesse comme nous, après cette guerre_ là, la jeunesse elle-même devient une maladie". (Irène à Marie, acte II scène 3)

     

    Dans sa chambre, Marie se prépare à fêter son doctorat en médecine, à « enterrer sa vie de jeune fille », à passer à l’âge adulte. Dans cette pension autrichienne du début des années 20, gravitent étudiants et jeunes oisifs, nostalgiques de l’âge béni de l’enfance ou, au contraire, désireux de vivre enfin et de construire leur avenir.

    Dans le microcosme des jeunes gens éclairés qui se retrouvent chez Marie et Désirée, chacun a des opinions très tranchées, lucides et souvent cruelles, sur les autres et sur leur avenir : on entre dans la chambre d’une jeunesse qui se prépare à affronter le monde.

    Mais c’est très vite comme si la porte de la vie leur était refermée au nez. Quelque chose ne se produit pas, et la fête attendue n’a pas lieu : le petit-ami de Marie la quitte pour une autre étudiante, la médecine semble perdre tout intérêt pour chacun, préoccupé qu’il est à mettre de l’ordre dans ses propres sentiments, et la jeune bonne venue de sa campagne pour gagner sa vie sera séduite puis poussée au vol et à la prostitution. La pièce semble s’ouvrir sur l’effondrement des certitudes qui animaient encore les personnages : Bruckner, avec une écriture d’une grande précision clinique, nous entraîne au cœur de cette maladie de la jeunesse, et ce, non sans ironie, dans le milieu des étudiants en médecine.

     

    Avec lui, on se demande quelle est la nature exacte de la maladie qui semble empêcher les personnages d’accéder à un épanouissement, et les conduit au contraire à se refermer chaque jour un peu plus sur eux-mêmes , dans le huis-clos de leur chambre d’étudiant, jusqu’au suicide de l’une d’eux, Désirée, morte peut-être justement de ne plus rien désirer. Qu’est-ce qui fait que pour les personnages la sortie de l’enfance est la fin de la vie au lieu d’en être le début ? Qu’est-ce qui fait que Marie devra préparer l’enterrement de son amie, alors même que c’est sa vie de jeune fille qu’elle voulait enterrer ?

    Il y a quelque chose qui s’affaisse dans cette petite communauté, et fait que les personnages se replient sur eux et se coupent du monde. Nous assistons, scène après scène, à leur rupture d’avec leurs projets, leurs illusions, leur vie sociale et professionnelle. Quant à la vie politique, il n’en est pas directement question dans le texte, mais deux autres oeuvres de Bruckner, Les Criminels (1928) et surtout Les Races (1933), ancrent cette même jeunesse dans une époque en plein bouleversement, où la défaite de 1918, la crise financière et la montée du nazisme exacerbent le désarroi et la violence.

    Les personnages s’analysent les uns les autres avec une froideur et une ironie qui sont aussi leurs maladies, sans doute pour chercher à comprendre d’où provient leur propre vague à l’âme.

     

     

     

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    Lyon, le 24 juin 2010

     

     

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    Ma journée, mon écran, ma saison se divisent en chantiers. Les textes que j'écris. Ceux que je lis. Les spectacles auxquels je participe. Ceux que je vois. Les convictions. Les colères. les rencontres.

     

    Tout cela est poreux. Les uns nourrissent les autres.

     

    Ce ne sont pas les idées qui m’intéressent.

    Je ne cherche que des moteurs.

     

     

    Ecrire sur mon travail, pour m'interroger aussi sur le travail. Ses marges. Ses alternatives. Ses hypocrisies. Ouverture d'un nouveau chantier.

     

    Petit oiseau de révolution: projet littéraire sur fond d'intransigeance. Constitution de matière et de moteurs. Etat des lieux mouvant. Présentation des travaux en cours.

     

     

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  • De la dramaturgie à l'écriture

    C'est la passion pour la littérature qui est première, et qui a très vite avancé en parallèle avec ma découverte du théâtre: après des études de Lettres Modernes, puis des études théâtrales à l'Université Lyon II au début des années 2000, j'ai souhaité allier travail littéraire et fabrication de spectacles, en entrant comme élève dramaturge à l'école du Théâtre national de Strasbourg (2004 à 2007), sous la direction de Stéphane Braunschweig.

    J'y ai appris le métier de conseillère littéraire, de regard intérieur et extérieur, d'accompagnement d'un projet théâtral de la conception aux répétitions, j'y ai pratiqué la rédaction autour des pièces en cours, la formulation et la reformulation à l'usage des équipes, et j'ai surtout découvert les autres métiers du spectacle, et le travail commun pour passer du texte à la scène.

    A ma sortie de l'école, j'ai donc travaillé d'abord comme dramaturge au sens où je l'avais appris, sur différents spectacles (notamment auprès de Dominique Pitoiset, Matthieu Roy), ainsi que sur des missions reliant écriture au théâtre: travaux rédactionnels, ateliers d'écriture, comités de lecture. On me sollicite également régulièrement pour du regard extérieur sur des spectacles ou des textes en cours.

    Mais petit à petit, c'est l'écriture qui prend le pas sur la dramaturgie. Qu'elle soit "écriture de  plateau", ou écriture prenant naissance de façon autonome, c'est vers la fonction d'autrice qu'a évolué ma place dans les théâtres.

    Depuis 2010, je fais partie du groupe de lecteurs du Théâtre national de la Colline.

    Depuis janvier 2014, je fais partie du collectif d'artistes de la Comédie de Béthune, CDN du Nord.

    Pendant la saison 15-16, j'ai été autrice de saison aux Scènes du Jura.

    Depuis 2016, je suis directrice avec Antonio Werli de la collection Grands Fonds des éditions Cheyne.

    Je suis en résidence au théâtre de l'Aquarium pour l'année 2018.

     

    Ecriture de spectacles

     

    Pour Caroline Guiela Nguyen et la Compagnie des Hommes Approximatifs, j'ai participé à l'écriture du Bal d'Emma (mai 2012) et de Elle brûle (novembre 2013), créés à la Comédie de Valence, et à la dramaturgie sur Le Chagrin (mars 2015).

    Pour Matthieu Roy et la Compagnie du Veilleur, j'ai écrit Prodiges® (octobre 2012).

    Pour Anne Courel et la Compagnie Ariadne j'ai écrit Les feux de poitrine (2014).

    Pour Marion Lévy et la Compagnie Didascalie j'ai écrit le texte du spectacle de danse Les Puissantes (création à Lons-le Saunier à l'automne 2015), puis Et Juliette (création au théâtre Paris Villette en 2016. J'écrirai le texte de son prochain spectacle, création à la MAC de Créteil en 2018).

    A la demande de la Comédie de Béthune, CDN des Hauts de France, j'ai co-écrit Une île avec Samuel Gallet. Le texte a été créé au printemps 2017 dans une mise en scène de Julien Fisera et Arnaud Anckaert.

    Entre 2014 et 2016, j'ai également écrit plusieurs petites formes jouées in situ.

    David Ropars, de la Compagnie Map à Angers, a créé Perdre, une adaptation de mon livre Les chemins contraires au Quai, CDN d'Angers, en février 2017.

    J'écris pour François Rancillac Les Hérétiques, pour une création au Théâtre de l'Aquarium à l'automne 2018.

    J'écrirai en 2019 pour les étudiants du Conservatoire national supérieur d'Art dramatique.

     

    Textes publiés 

     

     

    Biobiblio

    - Alors Carcasse ( Cheyne éditeur, collection Grands Fonds, 2011).

     

    Il a obtenu le prix Robert Walser du premier livre en 2012.

     

    Plusieurs projets d'adaptation scénique sont en cours. Il a notamment été lu à plusieurs reprises par Denis Lavant, et créé à la radio pour France Culture par Alexandre Plank.

     

     

     

    Biobiblio

    - Nous les vagues suivi des Célébrations ( Editions Quartett, 2011)

     

    Commencé à écrire en Algérie à l'occasion d'une commande d'écriture à l'initiative de la Cie Gertrude II, il a été créé en mars 2012 au Théâtre de la Tête Noire par Patrice Douchet.

     

    Il est actuellement traduit dans plusieurs langues grâce au soutien de l'Atelier Européen de traduction.

     

     

     

    Biobiblio

    - Prodiges® (Quartett, 2012)

     

    Commande de la Cie du Veilleur, pour du théâtre en appartement et pour trois comédiennes (Aurore Déon, Caroline Maydat et Johanna Silberstein) il a été créé en octobre 2012 dans une mise en scène de Matthieu Roy, au théâtre de Thouars.

     Il a été traduit en anglais par Katherine Mendelsohn et joué au festival Fringe d'Edimbourg  en août 2013, dans la même mise en scène.

     

    Il a également été monté par Muriel Roux (Cie Vous ici) et Jean-Jacques Mateu (Petit Bois Cie)

     

     

    Biobiblio- Les Feux de poitrine (Quartett, 2015)

     

    Initialement commandé par Anne Courel au théâtre Théo Argence, il a été joué par les comédiens amateurs et professionnels de La Fabrique en juin 2014.

     

    Il a été créé à la radio pour France Culture par Christophe Hocké en 2015.

     

     

     

    Biobiblio- Les Chambres, dans l'ouvrage collectif Paysages Nomades #2, Derrière la porte. (Editions Moire, 2015)

     

     

     

     

     

     

     

    Biobiblio- Les Chemins contraires (Cheyne éditeur, Grands Fonds, 2016)

     

    Adapté au théâtre par David Ropars sous le titre Perdre en 2017.

     

     

     

     

     

    - ZAE (Zone à Etendre), Quartett, 2018 Biobiblio

     

     

     

     

     

     

    Publications en revues

     

    - La Curiosité (nouvelle), paru dans le numéro 9 de la revue d'études spatiales du CNES.

    - Convoquer l'onde, paru dans Le vent des caraïbes, Autour d'Aimé Césaire, Etats provisoires du poème, n°XIII. (co-édition Cheyne-TNP de Villeurbanne)

    - Un matin d'adolescence, variation autour de Perceval parue dans les Cahiers du TNP numéro 14.

    - Partitions pour le temps présent, sur l'écriture de Michel Vinaver, dans Bettencourt Boulevard ou une histoire de France, Cahiers du TNP numéro 15, 2015.

    - Zones à étendre, dans Frictions, n°26, juin 2016

     

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