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    Impeccable mis en scène par François Rancillac

     

    Impeccable, c'est l'histoire de Viktor, qui ne se sent pas de racines aux pieds, et a plutôt l'envie de franchir des montagnes.

    C'est l'histoire d'un texte créé en 2016 dans les collèges du Jura et repris aujourd'hui par François Rancillac et sa compagnie dans les collèges des Hauts de France, avec la complicité du Bateau feu,  Scène nationale de Dunkerque.

    La pièce a pu se répéter en résidence dans un collège de Crochte, puis dans une salle du Bateau feu quand les collèges ont été fermés. 

    Les temps rendent difficile la possibilité de poser des dates fixes, mais la création devrait avoir lieu en mai à Dunkerque, avec une reprise à l'automne, notamment à Paris.

    Avec Eliott Lerner en impeccable Viktor, François Rancillac à la mise en scène assisté de Léo Reynaud, et Benoît Dattez à la magie.

     

    Impeccable mis en scène par François Rancillac

    (Affiche de Pascal Colrat pour le Théâtre sur paroles, compagnie de François Rancillac)

     

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    (Ceci n'est pas la couverture du livre. Ceci n'est pas une fiction. Ceci est le monde qui me fait un clin d'oeil quand j'essayais justement d'en sortir par la farce. Ceci pourrait être un extrait de mon texte. Ceci trouverait sa place entre une scène du Président et une autre des artistes essayant de s'en sortir eux aussi par la farce.

    Bon. Les désordres imaginaires (ou la destruction du pays par le jeune président à la mode) paraîtront réellement ces prochains jours aux fidèles éditions Quartett, quand les librairies auront rouvert. C'est une pièce à l'histoire sinueuse et empêchée, mais qui parvient quand même, obstinément à se faire son chemin.

    L'envie de ce texte, choral, empruntant à des affaires récentes tout ce qu'il y a de plus réelles tout en se donnant des allures burlesques, a été écrit d'abord pour les élèves du CNSAD. Pour diverses raisons, ce n'est pas la pièce qui a été présentée au public au mois de février comme prévu, mais des improvisations autour de la pièce.

    Un confinement plus tard, ce sont les élèves de l'ESCA d'Asnières, sous la houlette d'Etienne Pommeret, qui travaillent à leur spectacle de première année. Malheureusement, second confinement oblige, cela se fera dans un premier temps sans public, ce vendredi.

    Et le livre qui arrive trouvera-t-il quelque porte ouverte?

    Quand aux livres de théâtre en général et à leur devenir-spectacle, reparlons-en dans quelques confinements.

    Une petite présentation, peut-être, en attendant que ces Désordres cessent d'être trop fantôme?)

     

    Un texte gigogne autour de la surveillance des citoyens, des injonctions qui leur sont faites. Il y sera question de censure, d'auto-censure, de la difficulté à monter un projet collectif, d'émergence, de performance, de prudence, de confiance, d'un Président qui gouverne en s'immisçant dans l'imaginaire de la population, de caméras dans les arbres, de surveillants infiltrés, d'une rumeur persistante et d'une foule que personne ne comprend et dont personne ne sait quoi faire. Et d'un mystérieux document intitulé La destruction du pays par le jeune président à la mode. 

     

    PS: Ceci est la couverture du livre à venir...

    Persistance des désordres

     

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    On me signale ici ou là le lamentable abandon de ce blog, ou plutôt beaucoup plus gentiment on s'inquiète de ce silence. Aucune inquiétude à avoir: ce délaissement n'est pas le signe que ça ne va pas, pure paresse de ma part, et difficulté à garder ce petit temps de loisir, mon petit joujou d'écrire ici.

    Mais il est temps que je fasse part de quelques actualités, même si je n'ai pas envie de ne me connecter ici que pour la communication, ne pas relayer quelques informations importantes serait un peu idiot (tout de même).

     

    - Par exemple que demain, mercredi 9 septembre, vous pouvez aller écouter et voir SCOREUSES, dans la mise en scène d'Hélène Soulié et avec Lymia Vitte, à la Faïencerie de Creil.

    - Que le samedi 19 septembre il y aura Bal Littéraire au théâtre Jean-Vilar de Vitry et que je ferai de mon mieux pour que les mots se trémoussent avec ceux de Julie Aminthe, Métie Navajo, Rémi De Vos et Eddy Pallaro.

    https://www.theatrejeanvilar.com/2605-20222/la-saison/detail-d-un-spectacle/fiche/le-bal-litteraire.htm

    - Que si vous êtes à Lyon, il y a en ce moment à la Bibliothèque Municipale une exposition consacrée aux quarante ans de Cheyne.

    Que si vous êtes près d'une librairie il y a une très belle collection anniversaire, commandes de textes sur le thème "grandir", signés par Ito Naga, Albane Gellé, Loïc Demey, Clara Molloy, Jean-Marie Barnaud et Tania Tchénio.

    - Que le 27 novembre, toujours à Lyon et toujours dans le cadre de l'exposition autour des quarante ans de Cheyne, Denis Lavant reprendra la lecture d'Alors Carcasse.

    - Que les Lectures sous l'arbre annulées cet été se tiendront fin octobre et que j'y serai présente.

    - Que ma dernière pièce,  Les désordres imaginaires sortiront chez Quartett cet automne également.

     

    On ne va donc pas s'ennuyer dans les deux mois qui viennent, et peut-être même se voir, qui sait?

     

     

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    Journal des stupeurs et des étonnements 5

     

    56- Je bataille, entre l’idée que tout ce que j’écris ici est d’une grande banalité, je sais que j’enfonce les portes ouvertes du présent dans lequel nous sommes, et l’idée qu’il faut quand même l’écrire, parce que vu d’un autre temps (il y a deux mois, dans deux mois je l’espère) cela reste inconcevable. Sans doute, beaucoup de choses de ces jours-ci seront oubliés, édulcorés, refoulés dans quelques semaines. Ou (la version pessimiste), remplacés par des soucis plus profonds encore.

     

    57- ça veut dire quoi être mort? Demande ma fille pour la toute première fois, en se glissant dans mon lit ce matin. 

    Et, un peu plus tard: Je ne veux pas aller à l’hôpital sur un lit à roulettes. 

    Avoir trois ans au temps du Coronavirus.

     

    58- Une carte s’affiche sur l’écran. Des zones rouges, des zones vertes, une liberté à deux vitesses. Combien sommes-nous à désirer la zone bleue d’un bord de mer?

     

     59- Je pense toujours très fort que céder à la peur, c’est céder à autre chose, qu’il est toujours bon de rester éveiller, prêts à se dé-soumettre. 

    Un entretien avec Miguel Benasayag vient mettre les mots sur tout ce que j’essaye d’écrire ici depuis le début du confinement. Une trouée de lumière.

    https://www.youtube.com/watch?v=xrwTP3m61hM

     

    60- Lou ne retournera pas à la crèche, nous ne faisons pas partie des familles prioritaires et je le comprends très bien. Je ne sais pas dans quelles conditions elle pourra faire son entrée à l’école. C’est peut-être ce qui me rend le plus triste. Ce « passage » là ne sera pas une fête. Que d’autres fêtes s’inventent alors, pour cette génération qui assiste à l’effritement effectif de « la peinture vieille de notre monde ».

     

    61- Se souvenir (ou pas) du discours présidentiel sur la culture (mais pas sur l’Art, ne rêvons pas), de sa mise en scène débilisante, du Ministre fantôme (ou fantoche?), des métaphores ridicules. Ce seraient des bouffons dans un jeu télévisé quelconque, il suffirait de zapper ou de se passer de télé comme il est assez facile de le faire. Mais que cette mise en scène grotesque soient le fait de nos responsables politiques ne devra pas être oublié.(Je pensais qu'on avait touché le bout avec les "chamailleurs" (cf numéro 54), mais non: il y a le tigre à enfourcher et Robinson Crusoé dans la cale à la recherche de jambon et de fromage.Y a-t-il une équipe autour de cet homme?)

     

     62- Le dernier texte de théâtre que j’aie terminé, Les désordres imaginaires, met en scène un « jeune président à la mode » qui prétend régner sur les imaginaires et s’écoute beaucoup parler. Et des artistes qui répondent à une commande adressée aux « jeunes artistes de moins de trente ans».

     

    63-De ce temps de confinement, je voudrais pouvoir conserver la lenteur. La possibilité du silence.

     

    64- Trouées de lumière encore: échos sur des textes, mains tendues pour collaborations à venir, perspective d’édition. Un peu de retape pour la confiance en mon dernier texte qui était tombée bien bas peu avant le confinement. Une fête à retardement qu’on se prépare et qui n’a pas lieu. Une rencontre ratée. Puisse la suite faire oublier cette tristesse.

     

    65-Chaque soir aux informations de la télévision publique, témoignages de confinés: dans des châteaux, des hôtels de luxe, des îles ensoleillées qui ne sont pas Mayotte. Une fois en appartement: chacun des 4 enfants avait sa chambre et son ordinateur. 

    Pas une seule fois dans les cités. Quand les banlieues sont filmées pour cause de fait-divers, le caméraman ne descend même pas de sa voiture. Voilà où est la violence. Voilà où le service public est défaillant (entre autres).

    Je comprends que les théâtres puissent parfois donner la même impression. Lutter pied à pied contre cela.

     

    66- J’ai assez peu lu de romans depuis deux mois. (Beaucoup de manuscrits de théâtre, mais c’est là ma gymnastique habituelle). Pas vu de films ni de séries. C’est comme s’il n’y avait pas de place pour d’autres fictions que celles que nous sommes en train de vivre. J’en suis un personnage secondaire bien peu spectaculaire.

     

    67- Il y a celles et ceux qui ont angoissé pendant le confinement, celles et ceux qui angoissent à l’idée de la reprise, de la sortie de la bulle. Et les angoissés perpétuels, qui doivent peut-être se sentir moins seuls? 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Journal des stupeurs et des étonnements 4

     

    38-  Je sortirai de là sans avoir pris de décision définitive, sans avoir eu d'illumination, sans avoir trouvé le sens de ma vie, sans avoir fait de tri radical entre ce dont je veux et ce dont je ne veux plus, sans avoir écrit, sans avoir lu tous les livres que je me suis toujours promis de lire, sans avoir terrassé aucun démon intime.

     

    39- Je travaille par vidéo interposée. Retrouvailles plutôt agréables, mais tout change de nature: les silences, les pauses, les acquiescements. A certains moments, il y a soudain quelque chose d'un peu étrange et impudique à se faire rencontrer deux mondes, celui de la maison et celui qui, d'habitude, relève pour moi du "déplacement". Si pour moi c'est vécu plutôt légèrement, j'imagine l'intrusion que doit représenter le télé-travail dans d'autres situations. Intrusion dans le temps de la maison, caméra sur les recoins d'une intimité. Injonction à être disponible et présentable partout, tout le temps.

     

    40- En deux mois à peine nous avons, tous ensemble, et volontairement pour la plupart, modélisé le parfait cauchemar, chacun sous contrôle, flic de l'autre et privé de tout ce qui pourrait déborder: embrassades, morves et larmes, empoignades et sueurs. Et le sexe, réservé, donc, aux couples confinés ensemble. La morale est sauve.

     

    41- La possibilité de l'effusion me manque.

     

    42- La possibilité de la foule me manque.

     

    43- Qui pèsera le plus lourd dans la balance? La possibilité d'une embrassade, d'une soirée entre amis, d'un premier baiser ou la peur de la contagion?

     

    44- Se souvenir: cafouillage autour des respirateurs commandés par l'état: ce n'étaient pas les bons. Enorme opération de communication puis silence radio.

     

    45- Se souvenir: cafouillage autour des masques: les grands distributeurs annoncent qu'ils ont fait des stocks, les soignants n'ont toujours rien.

     

    46- Se souvenir: (mais là, le mot de stupeur est faible) des déclarations de Donald Trump lors d'une conférence de presse, affirmant qu'on devrait essayer d'injecter de la Javel dans les poumons des malades. Peut-être pourrait-il donner de sa personne pour les tests? ça résoudrait quelques problèmes politiques de surcroît... On peut aussi lui suggérer l'immolation par le feu, le suicide par pendaison, qui, à terme, auront aussi sans doute raison de la maladie.

     

    47- Se souvenir que ce genre de nouvelles nous arrivent quotidiennement, tandis que nous ne savons rien de ce que nous aurons le droit de faire ou non dans les semaines qui viennent. Se souvenir que cette époque, c'était cela.

     

    48- Se souvenir de l'infantilisation constante, que jamais dans cette affaire les citoyens n'ont été traités comme des adultes, qu'à dix jours du déconfinement annoncé on nous rabâche "si vous êtes sages", "s'il n'y a pas de relâchement". 

     

    49- Se souvenir qu'après s'être faits sermonner collectivement de n'être pas assez bien confinés, nous nous sommes faits sermonner collectivement de n'être pas assez immunisés.

     

    50- Je réfléchis aussi aux spécificités de mon travail. Et à l’envie, que nous serons sans doute nombreux à avoir, de recentrer sur la mise en présence, sur ce que ça signifie vraiment, par-delà les conventions et les usages purement sociaux de la sortie au spectacle. Envie de retrouver  le risque que ça implique, risque de la rencontre réussie ou ratée, risque de l'échauffement ou de la triste tiédeur, risque que quelque chose ne tourne pas comme prévu, risque de l’accident, risque aussi de ressortir dérangé, déplacé: le risque, en somme, de vivre quelque chose ensemble.

     

    51- A quoi ressemblera le théâtre, dans le temps des retrouvailles? (Sans doute, exactement, à ce qu’il est déjà et dont nous retrouverons facilement le chemin). Mais dans un moment où les clivages seront plus grands que jamais, comment faire du théâtre un lieu qui rassemble et remet en mouvement, dans que ça sonne faux, sans que ce soit condescendant?

     

    52- J’ai du mal à croire au théâtre avec des masques, des distances et des Plexiglas. Est-ce la seule condition pour ne pas disparaître?

     

    53- Premier Mai mondialement annulé. Et quand Macron parle des « chamailleurs » devant les flashs et entre deux bouquets de muguet, pense-t-il à Benalla écrasant à coups de bottes la tête des manifestants? Nous n’oublierons pas.

     

    54- Au détour de ce genre d'allocutions, je n'arrive pas à savoir si c'est de la bêtise, de l'ignorance ou un cynisme poussé à son dernier degré, celui d'un pouvoir jouant ses dernières cartes, bien décidé à tout balayer sur son passage, à commencer par le sens des mots.

     

    55- Certains jours, "ce qui viendrait naturellement serait: se rouler en boule et attendre que la porte nous porte, s'il y a une pente..."

     

     


     

     

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