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    Voilà, nous repartons demain matin, c'était un beau moment que cette lecture à huit voix des extraits des textes de chacun... L'occasion de faire entendre à quel point la résidence était collective, à quel point chacun était finalement familier de l'écriture des autres. Une occasion de s'amuser aussi, à tester pour la première fois certains personnages en cours d'écriture.

    Et comme je n'aime pas dire aurevoir, je dis "à tout à l'heure", ou "à tantôt"...

     

    Résidence du CEAD à Québec

     

     

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    Aujourd'hui, nous terminons de choisir les extraits pour la lecture de demain. Organisation, photocopies, accélération du cours des choses, coup de concrets à l'intérieur des écritures même si les écritures se poursuivent, photographie instantanée d'un état des chantiers en cours.

    Mais de mon point de vue de "conseillère", le spectaculaire n'est pas seulement dans la lecture que nous préparons. Le véritable enjeu, le vrai centre, il est dans chaque rencontre qui s'est déroulée jusqu'à présent dans mon studio-bureau ou attablés au soleil.

    Je voudrais parler de cette relation-là, de l'émotion parfois palpable quand on a la sensation de toucher au coeur des choses, d'être connectée l'espace de quelques secondes au coeur du projet d'un auteur: revenir, parfois, pour débloquer les choses, au désir initial, formuler l'impulsion, dévoiler ce qui, sous la formulation du projet, touche à des choses plus essentielles. Alors plonger (et nous: accompagner le plongeon, rassurer sur la direction), oser. Je crois que je n'ai jamais autant utilisé le mot "plonger" que ces derniers jours. Mettre les mains dans les nécessités. Aider, comme on peut, à ce que le noyau dur ne se perdre pas en route. Tenir les caps.

    Je voudrais parler de ce plaisir incroyable de découvrir des territoires possibles entre les lignes du texte, lorsqu'au hasard de nos dialogues, quelque chose entre ma lecture du texte et la façon qu'a l'auteur d'en parler se met à faire écho. Se laisser surprendre par la raisonnance. Se laisser surprendre par les liens, que ma tête fait entre les différents projets: parfois, essayer l'outil d'un autre sur le texte de quelqu'un, voir quelle perspectives on peut créer.

    Les textes vont continuer d'avancer, à leur rythme, il y a encore des choses à préciser, des choix à faire (le mot "choix", aussi, m'est apparu très fortement, chacun s'est trouvé à un moment face à cette évidence: "écrire, c'est faire des choix". Une leçon importante pour les textes à venir. Pour aiguiser l'acuité.) Ils iront certainement très loin, ils raisonneront certainement très fort dans le monde. Et je retiendrai de cette étape de leur élaboration une grande sincérité chez chacun: se confronter à soi-même et se poser les bonnes questions, et cent fois sur le métier tu remettras ton ouvrage si quelque chose te trahit, si quelque chose se décale, si quelque chose est dans l'évitement de ce qui t'est nécessaire.

     

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    Francis et Ethienne, son Petit bonhomme...

     

     

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    Suite des vidéos de ces lectures à chaud...

    Sabine lit un extrait de Zoé (titre provisoire)

     

    Esther lit un extrait de Quand la mer reviendra

     

    Prochaines vidéos pour la lecture publique de samedi 18?

     


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    Ce soir, comme demain, l'objet de notre rendez-vous est de parler pour chacun de l'avancée du travail, mais aussi de faire entendre des bribes du texte en cours d'écriture, les passages retravaillés, les scènes en chantier, les nouveautés arrivées au cours de la résidence. Pour certains, un texte totalement nouveau, pour d'autres une version retravaillée à la lumière (et quelle lumière!) des rendez-vous avec Elizabeth et moi.

    Chacun se lance pour nous faire entendre un extrait tout chaud sorti de l'atelier.

    (Les vidéos sont mises en ligne brutes, sans montage, donc ça commence et ça finit un peu abruptement, et je n'étais pas toujours face aux auteurs pour filmer, mais il faut prendre ça comme des instants volés... avec leur autorisation...)

     

    Francis lit un extrait de Petit Bonhomme en papier carbonne.

     

    Aristide lit un extrait de Et si je les tuais madame

     

    Simon lit un extrait de Tout ce que vous n'avez pas vu à la télé

     

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    Dans notre grande fabrique d'écriture, la réflexion sur l'écriture vient nourrir la réflexion sur l'écriture. A mi-parcours de cette résidence, nous avions prévu avec Elizabeth d'amener un souffle nouveau avec un auteur invité pour évoquer avec nous des questions techniques, nous raconter son parcours et ses questionnements d'écrivain. C'est Carole Fréchette qui s'est prêtée au jeu ne nous parler d'où elle venait et de ses différentes pièces, à travers le prisme du dialogue et de la narration. La tension ou l'alliance parfois difficile des deux, un dosage qui en dit beaucoup...

    L'occasion pour chacun de nous de regretter de ne pas avoir plus de moments dans la "vraie vie" pour partager des considérations techniques, des réflexions purement "mécaniques", des outils, tout autant que des grands questionnements sur notre place dans le monde. Alors ce soir: prendre le temps de s'arrêter, de se pencher sur une façon de faire, un regard sur l'écriture théâtrale qui s'est structuré ces dernières années, et qui a rejoint, il me semble, les questions de chacun, car que fait-on en résidence sinon se questionner, du matin au soir et du soir au matin?

    Je ne vais pas faire un compte rendu complet de la rencontre, je n'ai pour outil que ma mémoire et quelques notes, mais une petite traversée des questions d'écriture soulevées par Carole...

    J'ai aimé ce que toute cette traversée avouait: que la forme d'un texte est autant révélateur du sens que l'auteur veut donner à son oeuvre, que de l'écriture en train de se fabriquer: ce avec quoi on lutte, ce contre quoi on se heurte, les penchants, les facilités qu'on a, et ce qu'ils révèlent. Pour Carole l'envie de revenir au dialogue, ce "choc de la rencontre entre les êtres", est né du constat que dans ses pièces les personnages étaient souvent seuls, qu'ils avaient leurs mots comme seuls outils pour nous donner à voir le monde, la grande ville comme la dimension la plus intime. Que souvent cela se traduisait par des soliloques, ou bien des dialogues sans réponses. Jean et Béatrice était peut-être une réaction à ça: un huis-clos pour être sûre que les personnages n'avaient pas d'autre échapatoire que de se parler. La structure narrative comme un piège que se tend l'auteur pour ne pas s'échapper. Pour plonger. J'aime cette idée, aussi.

     

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    Et puis la grande liberté qu'offre le récit: faire exister par les mots des univers entiers, ne pas s'embarrasser de ce qu'on peut représenter ou non. Avec le revers de la médaille: est-ce que fournir trop d'image dans la parole des personnages n'est pas trop "bloquant" pour la mise en scène? Comment mettre en scène un récit sans être trop redondant? Que fait l'acteur quand il parle? Si le texte se charge lui-même de faire exister tous les invisibles, à quoi sert le spectacle? Bien sûr on peut faire du théâtre avec presque rien, un plateau nu, un acteur-passeur. Bien sûr on peut faire du théâtre comme on fait de la musique. Mais en être conscient en écrivant, trouver le bon dosage, être sûr que c'est ça qu'on veut, c'est autre chose...

    Et puis la façon de travailler, que l'on partageait plus ou moins autour de la table: d'abord entrevoir une architecture, une forme géométrique (ça me rappelle le travail effectué cet après-midi avec Esther et ses post-its), la façon dont la pièce va être plus ou moins linéaire, plus ou moins morcellée, ou sinueuse, ses lignes de force, son principe de fonctionnement... Poser les bases, les fondations de la maison et puis avancer petit à petit en refermant progressivement les choix...

    Et puis la question la plus difficile selon Carole: qu'est-ce qui se passe? Qu'est-ce qui va se nouer et de dénouer sur scène pendant une heure trente? Une fois les premières idées en place, il faut que tout cela s'anime, se résolve...

    Et puis d'autres questions, celle de la langue chère à Simon: québecois ou français normatif ("langue élégante", dit-il)? Est-ce qu'on choisit vraiment sa langue d'écriture? Même si cela dépend du propos, du projet, il y a sans doute quand même pour chacun une langue qui est la sienne et avec laquelle il faut travailler en priorité. Sa langue de théâtre, qui n'est certainement pas la même que la langue qu'on parle...

    Vaste parcours, rencontre-miroir où chacun a pu projeter ses questions, ses propres impasses, ses propres méthodes, ses propres bricolages.

    Et puis toutes les questions qui touchent à la place de l'auteur dans le processus de création, consulté pour les toutes premières étapes et ensuite plus rien, rendez-vous au pot de première, et encore, comme le fait remarquer Emanuelle, ici les auteurs sont conviés, ce qui n'est même pas toujours le cas outre-atlantique... Pour ces questions-là je vous renvois aux contributions de Carole sur le blog (blogue en québecois) du CEAD.

    Et je vais me coucher avec toutes ces questions qui ouvrent des pistes sur la façon d'aborder les projets, présents et à venir...

     

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