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    29 août

     

    Je note que ça bat pavillon bleu blanc rouille, et tranquille ralentissant pour vivre ensemble encore quelques journées de 25 heures. Que la lune se met en scène à bâbord, clair grandiloquent, quel cinéma. Que je me tiens trop haut, trop loin des vagues pour sentir leur odeur, que la suie, que le fuel bien plutôt me rappelleront les journées Atlantiques.

     

    Je note que la baignade invite à la baignade, comme l’écriture à l’écriture, qu’en allant vers le chaud on va aussi vers la moiteur des nuages, qu’un peu plus loin dans l’axe un cyclone est en formation, qu’il faudrait avoir la politesse de le laisser passer, de se maintenir à distance.

     

    Je note que ce sont nos dernières nuits sans moustiques, perdus dans l’océan à la lumière d’un ordinateur portable, que la terre est ronde pour la première fois, qu’il est facile de prendre un banc de poissons pour un nuage, un nuage pour une île, une vague noire pour un cétacé, et que la vie entre nous s’organise dans le sens de la joie.

     

    Je note que sur nos flancs des méduses bleues se forment, que des algues mortes annoncent aussi l’automne, que l’océan peut être à taches et à rayures, que les pistons sont fabriqués pour beaucoup plus de puissance, mais comme on s’aime on traîne un peu, et avec ce petit peu j’ai l’impression de tout savoir.

     

    EPISODE 20 / NOTES

     

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    EPISODE 19 / CHERCHE LE POISSON

    Alors tu l'as trouvé, le poisson volant, l'exocet?

     

     

     

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    EPISODE 18 /

     

    Il y a beaucoup de vérité dans leurs caprices. Peu importe qu’ils en rient. Dans leur plan de détournement, de mutinerie, de prises d’otage, dans la connivence qui se met en place avec les officiers, au conditionnel puis au présent vrai – fasse, grammaire, que notre vœu se réalise -, il y a l’impossibilité profonde de débarquer maintenant, d’arrêter le voyage, d’être rendus à la terre qui écorche les genoux.

    Par la fiction ils se soulèvent contre la perspective d’une séparation. Ils se défont des bras qui les rattrapent. Ils se débattent : ils ont muté, qu’on les comprenne, ils ont perdu toute compatibilité avec un sol inerte qui ne soit ni ventre ni vaisseau.

     Ils ont trouvé leur espace dans cette carte vierge de tout, eux qui à Terre se cognent à chaque mur, et doivent justifier de chacun de leurs pas. Territoire d’écrivains, sans doute, cette page blanche, ce temps sans emploi, ce sillage obstiné. 

     

    EPISODE 18 / ENSEMBLE

     

     

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    EPISODE 17 / SINON ON POURRAIT ARRETER LES MOTEURS?

     

    Alors,  ils arrêteraient les moteurs. Ils écouteraient longtemps le silence retrouvé, le clapotis des vagues sur la coque. Ils noteraient l’absence d’oiseau. Ils attendraient que le dernier avion ait traversé le ciel, que se soit évanoui le dernier nuage. Dans ce silence nouveau où chacun de leurs pas ferait grincer les marches du château, ils descendraient les étages jusqu’aux derniers, jusqu’à l’échelle par laquelle d’habitude se hissent les pilotes. Ils se tiendraient tout près les uns des autres, sans rien se dire ils se rapprocheraient encore, d’un regard s’encourageraient.

     

    Puis un par un, ou tous ensemble, ils plongeraient dans l’eau plus profonde que jamais. Lentement, nageant comme on s’étire, renaissant aux mouvements, ils feraient leur baptême païen et interdit d’océan, ce grand cercle bleu ils lui enlèveraient appellation trop connue, sa connotation  d’école, de plage et de région terrestre, pour lui donner, solennellement, un nom à mi-chemin entre panique et liberté.

     

    Quand ils remonteraient à bord, épuisés, heureux et libérés de tout, ils auraient découvert leurs propres Amériques, ils auraient nagé sur la voie de leurs propres résolutions.

     

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    EPISODE 16 / CARTE BLANCHE

     

    Quelque part dans l'hémisphère nôtre, mais bien loin de toute terre, nous traçons notre route. Dans quelques jours, pour contourner un cyclone en formation, nous dévierons, nous préférerons la courbe à la ligne, nous ralentirons les montres, nous retarderons de quelques heures le moment d'arriver.

    Il faut dire que nous vivons un temps spécial qui remet toutes pendules à l'heure, et, depuis le début de la traversée des journées de 25 heures. Nous étudions des stratagèmes pour ne jamais avoir à rendre les heures ici volées.

     

    EPISODE 16 / CARTE BLANCHE

     

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