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    21 août

    On dit mettre en boîte. Pour commencer ils sont écrasés par une ombre, une boîte bleue de plusieurs tonnes soulevée dans les airs, c’est une pince délicate, un jeu de construction. Ils avancent un œil au bout de chaque bras, les yeux ne suffisent pas, ils cherchent leurs lunettes, ils mettent en boîte image par image la découverte, le nouvel environnement. Il n’est pas concevable de ne pas filmer, cadrer, enregistrer, mettre en ligne. Ils ont chacun quelques prothèses pour voir et pour entendre. Ils téléphonent.

     

    Pour commencer ça n’a pas la forme d’un bateau à inscrire dans le cadre, ça déborde de partout, c’est la première échelle, plan serré, pas de grand angle dans les yeux. Pour commencer les micros saturent, même le son ne se laisse pas saisir.

     

    Ils sont les premiers hommes sur Mars, on dirait qu’ils n’ont pas vu grand chose, ils ne s’inscrivent pas dans ces gestes de travail, ils ne savent pas où se mettre dans le paysage. Ils cohabiteront avec des machines plus grandes et plus souples qu’eux. Ils font leur travail d’éberlués, d’écrivains. Ils gravent l’instant dans les mémoires numériques, ils attestent de la date et de l’heure, synchronisation universelle, leurs témoignages iront dans la même direction, ils ont senti, ils ont vu, du moins ils ont photographié.

     

    Ils alternent : lunettes de soleil, lunettes de vue, ils sont dans le vent. Ils sont tout en haut, on dit « le château », ils savent que quelque chose commence, ils voient les quais s’éloigner, plan lent, générique, ils aperçoivent l’Angleterre, ils habitent dans un mouchoir de poche. Ils captent puis ne captent plus. Ils cartographient la couverture de leur opérateur téléphonique.

     

    Soudain ils sont dans une aventure, un hélicoptère, un homme qui s’envole comme on reprend le bus pour rentrer chez soi, salue de la main, leur offre de la fiction. La vitre de la passerelle est un écran géant. Quelqu’un filme.

     

    EPISODE 1 : DUNKERQUE EPISODE 1 : DUNKERQUE

     

     

     

     

     

     

     

    EPISODE 1 : DUNKERQUE

     

     

     

     

    EPISODE 1 : DUNKERQUE          

    EPISODE 1 : DUNKERQUE

     

     

     

     

     

     

    EPISODE 1 : DUNKERQUE

     

    (Premières images du bateau)

     

     

     

     

     

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    Nous avons posé un premier pied sur le bateau le 21 août 2012. Nous en sommes descendus tout à l’heure, en début d’après-midi. Coupés de toute connexion téléphonique et d’internet, nous avons vécu un voyage difficilement racontable, bouleversant, un déplacement profond, dans tous les sens du terme. Quelque chose comme une rencontre.

    Alors que je mets les pieds à Pointe-à-Pitre, je vous propose, en attendant mon retour en métropole, une sorte de « feuilleton rétrospectif », textes, photos et vidéos à l’appui, des principaux événements de ce voyage.

    Pendant toute la traversée, nous, les 6 auteurs embarqués, avons tenu un journal de bord collectif mêlant chaque jour nos six voix et envoyé par satellite au CNT, qui a mis, au fur et à mesure, nos textes sur son blog. Voici le lien, pour ceux qui n’en avaient pas eu connaissance : http://replique.cnt.asso.fr/

    J’en reproduirai quelques extraits, jour après jour. Je me fixe comme objectif de vous livrer deux épisodes par jour, environ, ou trois si vous êtes très impatients.

    Bonne lecture, et à très bientôt.

     

    CARGO, le feuilleton

    (Vue de mon hublot, Dunkerque, 21 août 2012)

     

     

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    Je l'avais annoncé aux destinataires de mes "nouvelles fraîches", j'avais commencé à en parler autour de moi, voilà maintenant que le départ approche: le 20 août prochain, nous serons 6 auteurs de théâtre à embarquer à Dunkerque à bord d'un cargo de marchandise, le Fort Saint-Pierre (voir son petit minois ci-dessous) pour deux semaines à travers l'océan Atlantique, coupés de tout et à travers les flots, en direction de la Guadeloupe, où nous resterons une semaine, accueillis par l'Archipel, scène nationale. Cette résidence nous est proposée par le Centre national du Théâtre (de plus amples informations sur le projet "Le cargo des auteurs" ici).

     

    Le cargo des auteurs, départ proche

     

    La première semaine, le cargo longera les côtes françaises pour charger la marchandise (escale le 22 août à Rouen, le 24 août au Havre, le 25 août à Montoir-de-Bretagne), puis une semaine de traversée pour arriver aux alentours du 3 septembre à Pointe-à-Pitre.

    Les six auteurs (Eric Pessan, Claudine Galea, Magali Mougel, Sabine Revillet, Michel Sodoroff et moi) seront les seuls passagers parmi l'équipage de la Marine Marchande. Pas vraiment une croisière, donc, bien que nous ayons chacun une cabine, et la possibilité de flâner et de chercher l'inspiration des heures entières face à l'horizon.

     

    Le cargo des auteurs, départ proche

     

    Parce que ce qui nous est offert dans une résidence, et dans celle-ci en particulier, c'est avant tout du temps, un espace déconnecté de toutes les contraintes qui nous grignotent tout le reste de l'année. Une parenthèse de temps vrai, hors agenda, hors horaires, alors que, pour la plupart des artistes, le plus gros du temps est d'ordinaire occupé à répondre aux demandes et aux désirs des autres, à se déplacer, à reprendre ses marques, à passer d'un projet à l'autre, d'une urgence à l'autre. Sans compter la complexité administrative de statuts parfois inexistants, ou les mini-batailles pour être payés, tenus au courant des choses. Quand on est "sur Terre" il faut avancer dans les contraintes tracées par d'autres, il faut gagner jusqu'à sa vie. C'est qu'il faut donner des gages, c'est qu'il faut la justifier socialement, notre liberté.

    Et puis il y a le temps du quotidien, et de la vie sociale, familiale, amoureuse, théâtrale, amicale. En lutte constante avec l'écriture: un monstre qui n'a que faire de tout ça et qui exige l'exclusivité. Cette chose terrible qui restera le point irréductible quand tout s'écroulera autour, la seule certitude. Je reparlerai de ce monstre, autour duquel ma vie telle que je suis en train de la construire pivote désormais. Je ne parle bien évidemment qu'en mon nom, mais je connais d'autres personnes qui abritent de tels géants au fond de leur ventre.

    Pendant deux semaines, au moins, nous pourrons offrir à nos monstres l'horizon le plus vaste: pendant deux semaines, au moins, nous n'aurons pas les pieds sur terre.

     

     

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