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    Extraits de texte dans la belle revue Divague - CdN d'Angers

     

    En écho à la création de Perdre par la Cie MAP, le Quai, CDN d'Angers qui accueille la création, m'a proposé de faire paraître quelques textes dans la revue Divague, très bel objet dont je vous recommande la lecture.

    Y figurent donc quatre pages d'extraits de ma pièce en cours d'achèvement Zone à Etendre, qui me semblaient faire particulièrement écho au travail de David Ropars, qui fait le lien entre mes textes (et mes obsessions!) à travers Les chemins contraires, ZAE, et Nous les vagues.

     

     

     

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  • Revue Frictions, n°26

     

    En parallèle des Etats singuliers de l'écriture dramatique, qui viennent de s'achever au théâtre de l'Echangeur, la revue Frictions, dirigée par Jean-Pierre Han, a proposé aux sept auteurs réunis dans cette affaire une carte blanche dans son dernier numéro. L'occasion de développer chacun un texte personnel, mais aussi de proposer un texte commun, né de nos discussions sur notre travail, un état des lieux de la place des écrivains de théâtre dans notre milieu professionnel (et non, surprise, ce n'est pas très à la mode d'écrire des textes de nos jours). Des pistes pour une réflexion à poursuivre, à élargir, à partager. Sans aigreur. Pour comprendre. De quoi le règne des images aujourd'hui est-il le nom?

    Extraits de ce texte, intitulé Ceux qui vont mourir vous saluent:

    " Les metteurs en scène, si frileux pour beaucoup à s'emparer des textes d'aujourd'hui, ne sont-ils pas en réalité les premières victimes d'une censure qui ne dit pas son nom? Ne leur a-t-on pas inculqué qu'ils doivent absolument imposer leur propre lecture, leur propre discours critique, afin de déployer leur style et leur intelligence. Combien de dossiers de présentation sont inutilement truffés de citations savantes pour bien faire comprendre que la lecture du metteur en scène dépasse l'oeuvre elle-même, autrement dit que le texte choisi, brandi, est tout simplement un prétexte. Qui oserait dire qu'il veut tout simplement faire entendre une pièce dans la complexité et la densité de ses strates? Qui oserait dire qu'il fait pleinement confiance au texte?"

    (Frictions n°26, p.50)

     

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    De manière générale, je t'encourage fortement à te découvrir Frictions si tu ne connais pas encore. C'est une revue très riche, avec toujours de très beaux dossiers photos, et à la fois profondément politique et littéraire (le dernier numéro était consacré à Hélène Bessette, c'est dire...). Moi, c'est toujours une lecture qui me remet en mouvement, me redonne des forces.

     

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    Le texte que j'y signe s'appelle Zones à étendre, j'y tricote quelques parallèles entre les Nuits debout et la nécessité de réinventer aussi quelque chose dans nos métiers de théâtre, dans nos écritures. Avec quelques extraits d'un travail en cours.

     

    Bonne lecture.

     

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    L'an 14 s'est terminée avec la publication d'un récit dans les cahier du TNP n°14, en écho au Graal théâtre. Voici donc une fiction contemporaine, inspirée du personnage de Perceval, dont j'ai fait un adolescent d'aujourd'hui, et auquel je me suis, je dois dire, pas mal attachée.

     

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    Il y a quelques mois, les organisateurs du concours Pierre-Jean Jouve et du Printemps des poètes ont fait appel à moi pour écrire un récit poétique qui servirait de base (parmi d'autres textes proposés) aux compositeurs candidats. Ce concours (toutes les infos ici) propose de composer une œuvre pour un ensemble instrumental et une voix parlée, sur un des textes proposés et commandés à des poètes.

    Du côté des auteurs, il s'agissait d'écrire un court récit s'inspirant du mélodrame du XIXème siècle, un texte pour voix parlée d'environ 8 minutes.

    Une fois n'est pas coutume, et parce qu'il est déjà accessible en ligne pour les candidats et les curieux, je reproduis ici l'intégralité du texte.

     

    Marcheuse bleue


    C’est un printemps qui ne dit pas encore son nom d’allié,
    De porteur le courage.
    Ce printemps-là n’annonce sa couleur qu’à demi-mots,
    Sait à peine comment fleurir,
    Timide il souffle quand même son odeur de terre mouillée et ça suffit,
    Ça lui suffit à elle pour y croire,
    Au temps qui passe et qui balaye,
    Même si la neige s’agrippe par endroits
    Obstinée à ne pas fondre,
    Parce que c’est la montagne, ici.

    La neige colle sous les semelles, les chaussures rafistolées résistent comme elles peuvent, à grand renfort de ficelles
    Et prennent l’eau.
    Voilà que le froid mord comme ces chiens qu’on lui lâchait aux trousses, plus bas dans les villages qui gardent les sentiers :
    Le froid est le chien de garde du pays.
    Mais elle, elle avance et, aux chiens, elle leur parle.
    Elle tourne le dos au pays et continue sa marche.

    Elle veut croire que c’est un printemps qui souffre
    Avec elle,
    Un printemps qui, comme elle, peine à trouver la bonne respiration,
    Un printemps blessé aux pieds,
    Aux joues brûlées, aux larmes sèches,
    Mais un printemps qui sait qu’avant avril ce sera son heure,
    Ce sera sa fête
    Pluie tiède et bouquets en bordure des champs
    Et pour faire chorale, la compagnie des oiseaux.

    Elle veut croire que c’est un printemps qui lui donnera raison,
    A elle et à ceux qui sont partis devant.
    Elle aurait préféré marcher avec eux, et d’autres encore, et se dire qu’à eux tous ils étaient peut-être assez nombreux pour rester finalement
    Au pays qui les chasse
    Assez nombreux pour remettre ce monde en ordre,
    Et pour rajouter une couleur à son drapeau.

    Mais sur le sentier la solitude est son alliée
    Elle le sait et l’a compris dès le premier avion
    Dès la première patrouille vrombissant, rasant
    Passant si près de son chemin
    Elle se colle contre le tronc d’un arbre
    Et, comme elle parle aux chiens, elle lui parle :
    Elle le remercie pour son odeur et cette aimable façon de lui faire un toit tant qu’il n’y a pas d’orage,
    Merci tu sais je n’ai besoin de rien d’autre pour l’instant
    La faim s’oublie un peu dans le quignon qui me reste
    Le pain ramolli par l’humidité des nuits,
    Moi qui faisais la fine bouche et aimais manger du poisson…
    Elle dialogue avec tout, et se fait des rencontres pour garder le sourire
    Et se fait des témoins de l’avancée de sa marche
    Pour le jour où elle n’y croira plus, que c’était elle, cette ombre,
    Transparente,
    Jambes fines et manteau
    Qui tenait tête au froid.

    Un des matins de sa marche,
    Après la lutte avec la nuit, le corps à corps,
    L’insomnie glacée sous la maigre couverture,
    Un matin elle veut se laver dans une retenue d’eau
    S’enlever toute aigreur et toute fatigue au visage,
    Elle se penche au-dessus de l’eau et se voit :
    Vieille.
    Les longs cheveux ont adopté la couleur de la neige
    Tous, d’un coup.
    Est-ce que quelqu’un la reconnaîtra quand elle arrivera de l’autre côté ?
    Est-ce qu’il ne sera pas trop tard pour commencer cette nouvelle vie, elle qui croyait l’avoir devant, plus prometteuse à chaque pas ?

    Vieille dame de trente ans marchant dans la montagne
    Elle parle encore aux choses et ses jambes maigres ne fléchissent pas,
    Et la peau de partout gercée fait mal mais la maintient,
    Et les mains usées par le froid ont encore la force d’entourer son torse,
    De la bercer comme elle marche et désespère d’atteindre le bon endroit.
    Est-ce que le chemin n’est pas plus long que ce qu’on m’avait dit, ou bien ce sont les jours qui s’entrecoupent de mille petites nuits pour me faire perdre mes repères
    Ou cette fatigue
    Cette longue
    Vieille
    Fatigue ?

    Elle chante une chanson de son enfance,
    Une histoire de marin,
    Elle pense à ce marin-là des histoires, qui mit tant d’années à revenir au port
    Elle qui met toutes ses forces à s’en éloigner
    Pour ne plus être qu’une étrangère, dont on ne comprend pas la langue ni le chagrin,
    Quelle histoire quand même,
    C’est le moment d’être cette femme extraordinaire qu’elle a toujours voulu être
    Si sûre d’elle quand elle regardait la mer,
    Quand dans l’odeur de poisson elle marchait sur ses talons hauts et rêvait d’une vie à sa mesure,
    Quand dans l’odeur de friture elle mettait des fleurs à ses cheveux et écoutait ce qui se dit dans les ruelles,
    Ces choses qui se vivent entre les hommes et les femmes et font vibrer tout dans l’air, encore longtemps après qu’ils soient passés.

    Elle voulait déjà parler sans arrêt à cette époque-là
    Mais elle parlait trop et sa liberté ne plaisait pas
    Et les temps n’étaient pas aux jeunes filles libres.

    Quand le soleil arrive elle remercie en pleurant et donne son dos à réchauffer
    Et chacun de ses muscles de vieille
    Elle les tend et espère revivre,
    Avec la même force qu’elle espère la passer, la frontière, juste en bas.
    (Quand il fera tout à fait jour elle la verra enfin, trouvera le repère).
    Alors elle tremble, une fois pour toutes.
    Parce qu’il ne faudra plus trembler, quand on lui demandera son nom, quand on lui donnera un travail.
    Parce qu’il ne faudra plus jamais trembler pour redevenir jeune.

    Et attention, elle explique au chemin d’herbes et de boue :
    Ce n’est pas ce qu’elle voulait, quitter, fuir,
    Et ce n’était inscrit nulle part, cette poussée vagabonde,
    Rien de tout ça ne la faisait rêver la nuit au fond des draps,
    Rien de romantique quand elle tombait de fatigue après l’usine,
    Saltimbanque ce n’était pas prévu, pas souhaité,
    Pas même envisagé non plus, les voyages de riche à prendre des photos,
    A goûter dans chaque endroit ce qu’il y a de mieux.

    Et attention, qu’on ne s’y trompe pas,
    Son avancée, ce n’est pas une histoire de conquête ni de territoire gagné,
    Puisque cela c’est pour les rois et pas pour les gens comme elle qui ne possède rien que cette couverture,
    Il n’y aura pas d’autre traité de paix que les mains qu’on voudra bien lui tendre,
    Et désormais elle aura la poitrine déchirée en deux par un éclair, maladie de tristesse et de respiration.

    Vieille au souffle sifflant,
    C’est la moitié du chemin seulement, et de sa vie le tout début à peine
    (elle voudrait)
    Elle qui a tant de choses à voir, à apprendre,
    Vieille aux poumons de feu
    Elle parle et parle encore,
    Pour ne pas que la nuit lui rejoue décembre et la glace,
    Pour ne pas se faire avaler par une crevasse si près du but.

    De temps en temps pour reprendre des forces elle se roule sur la terre mouillée et rêve qu’elle glisse et que c’en est fini
    Le froid lui donne les pieds bleus
    Comme les enfants de sa famille à la naissance.

    Vieille aux chevilles enflées
    Elle est cette créature qui boite,
    De toute la montagne la moins agile et la plus vulnérable :
    Qu’une bête surgisse et ce sera fini.

    Mais en guise de bête voilà que paraît l’homme,
    Hagard et surpris lui aussi,
    Et d’abord plus apeuré qu’elle : il a vu un fantôme derrière les cheveux blancs.
    Uniforme de garde, casquette de douanier et fusil au bout des gants, il transpire
    Comme il n’a jamais transpiré.
    Il a une fonction, une responsabilité, pour le maintien de l’équilibre entre un côté et l’autre de la montagne,
    Et enfin l’occasion de l’exercer,
    De se couvrir de médailles,
    (Il ose penser parfois).

    Mais cette maigreur, là, qui pourrait s’écrouler d’elle-même,
    Ce n’est pas ce qu’on lui avait dit,
    Ce qu’on lui avait raconté des ennemis et de la guerre.
    Cette femme qui le regarde maintenant droit dans les yeux parce qu’elle n’a plus le choix, et pas la possibilité de la fuite,
    Cette femme le met au défi et s’apprête à parler mais ne dit rien et plutôt
    Le regarde.
    Attend.

    Et il transpire, le douanier, et pense à ce monde qu’il aurait aimé simple et rangé
    Les bons d’un côté, et de l’autre, la mauvaise engeance dont il faut protéger les siens,
    Pas des femmes, au milieu, qui défient sans rien dire,
    Pas ces yeux bleus de femme, ces mains petites, violettes, enroulées sur la laine d’une couverture.

    Pour lui le douanier droit, qui n’a jamais rien eu à se reprocher,
    Voilà que c’est parti pour la torture de toute une vie sous la forme de cette femme,
    Et d’une décision,
    Pour faire quelque chose il lève son fusil et tous les deux se regardent et il fait le choix qui le définira,
    Le temps d’une petite éternité.

    Février 2014.

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     « Et voici soudain que force et vie m’assaillent comme un taureau et l’onde de vie circonvient la papille du morne, et voilà toutes les veines et veinules qui s’affairent au sang neuf et l’énorme poumon des cyclones qui respire et le feu thésaurisé des volcans et le gigantesque pouls sismique qui bat maintenant la mesure d’un corps vivant en mon ferme embrasement ». (Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal)

    Parution ce mois-ci du XIIIème numéro des Etats provisoires du poème, revue co-éditée par Cheyne et le TNP de Villeurbanne. C'est d'un numéro-hommage à Aimé Césaire, où, dans des contributions très personnelles, nous explorons ce qui, de la force de ce grand poète travaille en nous, ce que nous lui devons et là où nous nous rejoignons, en pays de tempête et de liberté. J'ai quant à moi passé plusieurs semaines à relire sa poésie, son théâtre, à m'y reprendre à plusieurs fois quand c'était trop dense, à apprivoiser petit à petit les mille couches de sens, à explorer la façon dont les forces cosmiques dialoguent avec les forces politiques, et le poème, dans sa spécificité de cri, avec le plateau de théâtre.

     

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