• Saint-Pierre, septembre (semaine 1)

     

    Saint-Pierre, septembre

     

    17 septembre.

    Je crois que j'aime bien ces temps d'aéroport, errance obligatoire, temps suspendu, lectures, rêveries, fatigues, léger stress et grande liberté pourtant, celle de se perdre dans une foule à la fois décidée et perdue elle aussi, une foule qu'on ne voit que là.

    La première chose qui me saisit en arrivant à Saint-Pierre, près de 23 heures après être partie de chez moi, c'est l'odeur de l'iode. Moi qui ne suis ni îlienne, ni d'aucun littoral, je me dis à chaque fois: comment fait-on pour vivre sans? L'air est doux, on dirait que la météo me réserve un accueil moins rude que la première fois (il y a un an et demi), que septembre est une saison qui va bien à Saint-Pierre.

    3 ateliers avec des collégiens le lendemain: pendant ces deux semaines, nous rencontrerons tous les élèves qui viendront voir le spectacle Days of Nothing, de Fabrice Melquiot, mis en scène par Matthieu Roy. Cercles et interventions croisées entre les comédiens  (Hélène Chevallier et Philippe Canales) et moi. Découverte en lecture de la première scène, et jeux d'écriture pour voir comment on fait, pour décoller en imagination. Mais le véritable objectif: impulser un peu d'assurance, un peu de liberté. Et les ados (ils sont en 4ème et en troisième) ont de la répartie, et ils rient et ils s'émeuvent, et je les trouve beaux et courageux, de nous laisser comme ça leur ouvrir le visage le temps d'une heure ou deux.

     

    18 septembre

     

    Saint-Pierre, septembre

     

    Nous continuons à rencontrer collégiens et lycéens, et ces rencontres se tricotent avec le projet de la Cie du Veilleur "Visages de notre jeunesse", dans lequel s'inscrit la création de ce spectacle. Visages ouverts, fermés, volontaires et émerveillés, des voix, des corps qui prennent conscience d'eux-mêmes. Et l'écriture de Fabrice Melquiot qui les amuse, les électrise, les fait rire ou rougir, les invite à des premiers éléments d'enquête dramaturgique.

    L'après-midi, c'est avec des adultes (enseignants), que ça se poursuit, passer par les différentes consignes, en parler. Retrouver certains visages de 2014, continuer à en découvrir les écoles, les endroits de la jeunesse.

     

    19 septembre

     

    Saint-Pierre, septembre

     

    Saint-Pierre, septembre

     

    Saint-Pierre, septembre

     

    J'ai du temps pour moi et du travail à faire. Mais je n'ai pas envie de m'occuper d'autre chose que le fait d'être ici et maintenant, me laisser faire par l'archipel, son temps et ses paysages. Il me reste à peine plus d'une semaine ici, je ne veux pas passer à côté du caillou.

    La brume est revenue. Je sors marcher sur le front de mer, prendre quelques photos. Et puis quand même, oui, avant d'aller retrouver l'équipe qui a repris les répétitions au centre culturel, je me rentre au chaud et me remets à mon travail.

    Saint-Pierre, septembre

     

     21 septembre

     

    En parallèle du spectacle et des ateliers, nous préparons une exposition qui tournera avec la pièce la saison prochaine en métropole: nous allons rencontrer les ados qui le souhaitent, ceux qui vivent, grandissent à Saint-Pierre, ceux qui y sont nés et ceux qui arrivent juste. Portraits photographiques, portraits sonores, et portraits écrits par eux. Je prépare le petit protocole pour qu'ils racontent avec confiance "l'ailleurs" dont ils rêvent, lointain ou très proche, un endroit du monde où un endroit hors du monde, inventé, où ils aimeraient se retrouver.

    Important aussi, pour faire connaître en Métropole cet archipel qu'on peine pour la plupart à situer sur une carte, un bout de France tout près du Canada.

     

    Saint-Pierre, septembre (semaine 1)

     

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