• Sphex, de Bruce Bégout

     

     

    Sphex, de Bruce Bégout

     

    Certes, c'était il y a plus d'un an, mais je t'avais promis, lecteur, de revenir à Bruce Bégout, dont Le Park m'avait tant marquée. Je m'étais alors lancée dans la lecture de Sphex, mais n'avais pas eu le temps d'aller au bout des trente-sept nouvelles cruelles qui composent ce recueil. C'est donc à la fois avec plaisir, horreur et frissons que me revoilà dans l'univers de ce philosophe et romancier, champion d'une anticipation presque pas anticipée et des situations décalées, terribles ou juste terriblement étranges.

    Je revendique encore mon appelation "trésors" pour parler de ce genre de livres, parce qu'il s'agit vraiment d'orfèvrerie, pas un mot de trop dans chacun de ces micro-univers si proches de nous, et des rouages parfaitement maîtrisés, que ce soient ceux de la narration, du suspense, de la chute (car, rappelons le, c'est de nouvelles cruelles dont il s'agit, avec leur lot de déconfitures cauchemardesques ou de gouffres métaphysiques pour les personnages de ce livre, chacun désigné par une seule initiale qui permet de le caractériser et d'y projeter à l'envi quelques unes de nos connaissances.)

    C'est cruel, certes, mais sans jamais de cynisme ni de jugement sur les personnages et les situations. Je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec ce qui m'avait touché chez Eric Chauvier, sans doute parce que les deux auteurs ont un éditeur en commun: l'impression d'une écriture qui se place à la juste distance, une analyse toujours dans la douceur et le respect, même si, ici, nous sommes totalement dans la fiction.

    Il est certain que je ne vais pas me mettre à te raconter des nouvelles qui pour la plupart tiennent en quelques pages, et reposent, comme le veut le genre, toutes entières sur leurs dernières lignes. Mais à chaque fois quelque chose d'assez frappant pour s'en souvenir longtemps après: un homme supersticieux anticipant tous les malheurs possibles, un milliardaire décidant d'éradiquer Marx de la mémoire collective, un "roi des emmerdeurs", un homme caressant en public sa mélancolie, un universitaire se mettant à douter des mots, une petite fille dans une morgue, un homme dans une piscine face à un serpent, un rêve prémonitoire, quelques meurtres gratuits.

    Des situations extrêmes, donc, souvent sombres voire morbides, comme le veut le genre (et le sous-titre de "fantaisies malsaines") mais aussi des réflexions plus larges sur le temps, les paysages de notre époque (là encore, j'ai pensé à Chauvier, même si ici, la description du "péri-urbain" est plus noire, moins empathique), avec cet "Hôtel Discount" où encore la très belle description d'un homme qui chaque jour photographie une parcelle de son chemin quotidien entre le domicile et le travail pour le redérouler chez lui et en "voir" enfin les détails. Et puis on retrouve bien l'auteur du ParK dans une nouvelle sur les destinations touristiques extrêmes (le réel ici aussi rejoint ou dépasse la fiction) dans des pays en guerre, des prisons, des espaces détruits par des catastrophes naturelles.

    Ultime tour de force, la troublante conclusion du recueil qui fait sortir le trouble du domaine de la fiction: l'auteur nous confie avoir retrouvé un feuillet de travail, bien de son écriture, dont il ne parvient plus à se souvenir l'avoir écrit, ni à en déchiffrer tout à fait le sens. Vrai épilogue ou fausse dernière nouvelle, nous voilà pas loin des contes fantastiques, à guetter si le mystère ne serait pas finalement là, sous notre lit, ou à notre table de travail.

     

    PS: Le Sphex est par ailleurs un gentil petit insecte qui paralyse ses proies avant de les faire manger par ses larves. Charmant, non?

    PS2: Tu peux aller lire une chronique sur Zéropolis, un autre livre de Bruce Bégout, chez Allia, sur le blog Racines. Et j'oublais, Sphex est publié chez L'Arbre Vengeur, qui publie aussi l'Autofictif de Chevillard.

     

     

     

     

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    1
    Vanessa
    Jeudi 18 Juin 2015 à 01:50

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