• Sur l'île aux marins: la possibilité de l'écart.

    Sur l'île aux marins: la possibilité de l'écart.

    (Arrivée aux abords de l'île aux marins depuis Saint-Pierre, mai 2014)

     

    Elle est omniprésente à la vue, quand on est à Saint-Pierre, et distante de moins d'un kilomètre, pourtant il n'est maintenant plus possible de s'y rendre qu'en bateau privé. Nous avons eu la chance que quelqu'un veuille bien nous faire monter dans son embarcation pour arpenter l'île le temps d'une après-midi.

    L'île aux marins. Qui a compté jusqu'à 600 habitants "à l'année longue", et qui n'en a plus aucun maintenant. Quelques maisons sont encore debout. L'église qu'on voit si bien depuis Saint-Pierre. L'école et le bâtiment qui accueillait jusqu'à il y a encore peu des colonies de vacances, l'été. De l'autre côté: le cimetière et l'épave spectaculaire du Transpacific.

    Si les portes s'ouvraient, il n'en sortirait sans doute que des fantômes. Des silhouettes d'un autre temps. Ou des jeunes gens prêts à s'inventer un nouveau départ.

    La plupart des maisons, laissées à l'abandon par les familles qui ne pouvaient plus les entretenir, sont tombées en ruines. Depuis peu, les ruines mêmes ont disparu. Il reste les graves, tas de pierres où séchait la morue à perte de vue.

    Les maisons qui restent tiennent bon dans leurs couleurs, et attendent leurs occupants pour les beaux jours. Et font rêver les écrivains à cet isolement absolu, la possibilité de l'île déserte si près et si loin en même temps. A la possibilité de l'écart et de la refondation. Une maison neuve est en cours de construction. L'odeur du bois et celle de la mer. Une promesse magnifique.

    On est suspendus entre deux temps. Celui des "pieds rouges" et d'une vie de pêche et de rigueur, pour passer à travers les mois de neige et de glace, pour avoir le courage de la traversée en "doris" (la barque traditionnelle d'ici) pour se rendre à la ville. Et celui d'un nouvel espace, où les arrière-petits enfants referont lieu commun sur ce morceau de terre, obligés d'inventer de nouvelles façons de s'organiser, de se réchauffer. Bâtir, nécessairement, de ses propres mains.

    On est juste, là, à la frontière de l'impossible. Un petit peu avant, dans cette zone qui permet le rêve. Quelques minutes de bateau et un monde s'ouvre. Un espace où le silence n'existe pas plus qu'ailleurs, entre le vent qui joue avec tout et chante dans les tuyaux, les mouettes omniprésentes. Mais pour les yeux, du moins, l'échappée est possible. Belle. La possibilité de la solitude et du retrait en soi. La possibilité de refonder quelque chose, de déposer l'agitation, de rêver au nouveau départ comme paradigme politique, au pas de côté.

    Refonder. Et le travail fou que ça demanderait. Pour se protéger du froid. Pour rendre la vie en communauté possible et prendre soin les uns des autres. Planche après planche. Amener de quoi bâtir quelque chose de neuf. Ne jamais cesser d'y croire.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 26 Mai 2014 à 18:21

    Mystérieux... Il y a quelques cas semblables, au Québec. Ces photos laissent transparaître l'abandon.


    Point de vue comparaison : deux films tournés au cours des années 50 par l'Office national du film du Canada et qui ne sont pas longs à regarder :


    https://www.onf.ca/film/saint_pierre_et_miquelon


    Le second film est dans les liens sous ce dernier et porte le titre de : La France sur un caillou.

    2
    Lundi 26 Mai 2014 à 19:21

    Merci beaucoup pour ces documents. D'autres photos à suivre de mon côté (la journée d'hier a été riche).

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