• Tirer les lignes

     

    Dans une semaine, nous présenterons ce "mouvement", première étape de travail autour de Maladie de la Jeunesse de Ferdinand Bruckner, au Théâtre de l'Elysée de Lyon. Je les suis malheureusement en pointillés, mais les répétitions se poursuivent assidûment depuis le début du mois, les scènes se dessinent et révèlent, mises bout à bout, une architecture de la pièce constuite sur les désirs et les pulsions des personnages, sur leurs attirances, leurs peurs.

    Malgré toutes les choses complexes que se disent ces personnages éclairés, le fil de l'action doit être net. La présence des uns déstabilise les autres. Les désirs des uns révèle et réveille celui des autres. La lucidité des uns fait tomber les masques des autres. Le personnage de Marie voit ses certitudes et sa conception du monde se transformer scène après scène sous ses yeux. Jusqu'à la fin, elle est déstabilisée dans tout. La jeunesse brilliante et prometteuse ne tient plus sur ses jambes. 

    Après avoir vu l'enchaînement de quelques scènes, même si je connais très bien la pièce et avais travaillé sur les coupes avec Mathieu, des lignes à tirer me sautent aux yeux, acte par acte. J'ai l'impression que le reste, tout le reste de l'action vient pour renforcer la ligne, accélérer le mouvement. Acte I: Le petit monde de Marie (sa chambre, son diplôme, son amoureux) vole en éclat. L'arrivée de Freder révèle les lignes de faille et accentue l'explosion. Acte II: Désirée veut Marie, elle le lui dit dans la première scène, elle l'obtient dans la dernière, elle n'a qu'à attendre, entre temps, que la rage de Marie éclate contre Petrell et Irène, que Marie soit prête à être à elle. Acte III: Marie perd aussi Désirée et se retrouve, in fine, seule avec Freder.

    J'ai l'impression que la pièce se construit comme un enchâssement de désirs dont Marie est le centre, l'objet. Au niveau de l'ensemble de la pièce, c'est Freder qui commence à déstabiliser Marie et qui l'obtient à la fin. Dans l'acte central, Désirée produit exactement le même mouvement. Comme si l'acte II était la reproduction miniature des enjeux de la pièce, mais entre Désirée et Marie. Un jeu de miroir...

    Ce qui est troublant dans cette pièce, c'est qu'on ne sait jamais quel est le degré de conscience de la manipulation, le degré de sincérité, mais je repense à ce stade aux Liaisons dangereuses évoquées au début du projet. Un microcosme en spirale, qui se fabrique, entre instinct et lucidité, une initiation à un monde sans but et sans idéal.

     

    Maladie de la jeunesse

     

    [Louise Roch dans le rôle de Marie, et Mickaël Pinelli dans celui de Freder]

     

     

     

     

     

    « Une touche de bleu...Visages et miroirs »
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